Retour sur la finale 2020 Paris-Saclay de Ma thèse en 180 secondes. Entretien avec Tania Louis (2)

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Suite de notre rencontre avec cette médiatrice scientifique à travers le premier entretien qu'elle nous avait accordé, suite à la finale Paris-Saclay de Ma thèse en 180 secondes, qu'elle avait animée. C'était le 12 mars dernier, quelques jours avant que ne se soit décrété le confinement.... Malgré l'apparente éternité qui s'est écoulée depuis, son propos reste d'actualité quant à ce que recouvre la médiation scientifique et son rôle dans le rapprochement entre le monde de la recherche et le grand public.

- Si vous deviez pour commencer par vous présenter… en moins de 180 secondes ?

Comme les candidats de ce soir, j’ai fait des études doctorales pour devenir enseignante-chercheure. En 2015, j’ai soutenu une thèse en virologie fondamentale. C’est en parallèle à celle-ci, que j’ai découvert la médiation scientifique. Quelque chose qui m’a plu au point de me faire changer complètement de vocation : j’ai décidé de privilégier la vulgarisation scientifique sur la recherche, que j’ai arrêtée après mon doctorat. J’ai commencé à en faire au sein d’une association (le groupe Traces, qui gère l’ESPGG à Paris), organisé des actions avec des chercheurs à destination du grand public, créé une chaine YouTube et fait pas mal d’autres choses. Aujourd’hui j’interviens en free lance dans la conception de contenus pédagogiques et en animation.

- Très bien, mais n’est-ce pas une perte pour la recherche ?

Ne vous inquiétez pas, il y a de très nombreuses personnes tout aussi compétentes que moi si ce n’est plus pour en faire. Je n’ai aucun doute sur le fait que la recherche continuera à se porter très bien, même sans moi. Du moins si on continue à la financer…

- … et si elle peut compter sur des médiateurs comme vous ?

Je crois en effet que la médiation scientifique est plus que nécessaire, d’autant que la recherche est financée en grande partie par nos impôts et qu’il est donc essentiel qu’un lien soit fait entre elle et la société, que le grand public sache ce qui se passe au moins dans les laboratoires de la recherche publique.

- Je note que vous parlez indifféremment de médiation et de vulgarisation. Mais est-ce la même chose ?

Il n’y a pas de consensus sur la définition de ces termes. Quand, pour ma part, je parle de vulgarisation, c’est pour désigner tout ce qui consiste à rendre accessible du contenu scientifique à des non experts. Quant à la médiation, elle relève de la vulgarisation, mais en impliquant un échange direct avec le public.

- En prenant acte du fait que ce public peut être lui-même riche d’une expertise, fût-elle « profane » ?

Oui, parfaitement. Il s’agit donc d’aller à rebours de ce qu’on appelle « le modèle du déficit », consistant, pour le médiateur scientifique, à apporter de la connaissance à un public censé en être dépourvu. En réalité ce public vient avec des connaissances sinon des présuppositions, qui peuvent être vraies ou fausses. Le médiateur et les échanges sont forcément enrichis quand on considère ce public comme un interlocuteur à part entière.

- Venons-en à Ma thèse en 180 secondes : ne peut-on considérer que l’exercice revient à faire des doctorants, des chercheurs en même temps que des médiateurs ?

Disons que l’exercice est une première étape vers de la médiation scientifique. Dans le format de Ma thèse en 180 secondes, on reste encore dans un échange descendant : les candidats partagent le contenu de leurs travaux de recherche, mais sans échanger, si ce n’est avec moi, à l’issue de leur intervention. Or, personnellement, ce qui m’intéresse vraiment dans la médiation scientifique, c’est précisément l’échange avec le public. Cela étant dit, force est de constater le succès que la médiation comme la vulgarisation rencontrent auprès des doctorants et jeunes chercheurs. De plus en plus ont envie d’aller au contact du public pour parler de science sinon de leurs travaux de recherche. Une tendance à laquelle Ma thèse en 180 secondes a vraisemblablement contribué, en France. L’élan pour la vulgarisation/médiation dans les laboratoires s’est manifesté à peu près au même moment. Ma thèse en 180 secondes aura eu un autre effet positif : celui de rendre les directeurs de laboratoire moins réfractaires à la vulgarisation/médiation. Des chercheurs des générations précédentes avaient sans doute déjà beaucoup de volonté et d’appétence pour cela, mais ils n’y étaient pas forcément encouragés. Ce n’est plus le cas. La médiation est même perçue comme un moyen de communication pour le laboratoire. Même des chercheurs plus âgés s’y risquent désormais.

- Quel regard posez-vous sur ce millésime ?

J’ai trouvé cette finale particulièrement impressionnante. Le travail du jury [en cours de délibération au moment de l'entretien] ne sera pas simple. Manifestement les candidats ont été bien préparés. Ils ont évité l’écueil qu’on rencontre parfois dans d’autres déclinaisons de Ma thèse en 180 secondes : une tendance à reproduire le même format de présentation, en débutant et en concluant à peu près de la même façon. Ce n’a pas été le cas ici, chaque doctorant ayant su construire son discours, avec sa personnalité, sa sensibilité. Bref, je n’ai pas eu l’impression d’entendre treize fois la même structure appliquée à des thématiques différentes.

- Quelle autre particularité percevez-vous dans cette déclinaison Paris-saclaysienne de Ma thèse en 180 secondes ?

La possibilité qui est offerte aux candidats de préciser des points de leur exposé ou d’en aborder d’autres en réponse à mes questions. Un plus par rapport à ce qui se passe ailleurs où ils ne disposent que des 180 secondes. Car cela permet de découvrir leur personnalité en dehors d’un discours appris par cœur. Moi-même quand je me suis prêtée à l’exercice de Ma thèse en 180 secondes (car je suis une ancienne candidate !), je n’y avais pas eu droit. Ce qui m’avait un peu frustrée !

- Je salue au passage votre propre performance consistant à poser des questions à chaque fois pertinentes, quelle que soit la thématique traitée par le candidat…

Je m’étais renseignée en amont sur le sujet de la thèse de chacun pour savoir ce qu’il pourrait m’en dire de plus, qui ne soit pas redondant avec leur discours. Ça a demandé pas mal de préparation, mais c’était important pour moi que ces questions soient pertinentes pour ne pas déstabiliser les candidats, mais au contraire les mettre à l’aise et leur donner une deuxième occasion de s’exprimer, tout en permettant au public d’approfondir les sujets traités.

Pour…

… en savoir plus, consulter son site,  cliquer ici.

… accéder à l’entretien qu’elle nous a accordé à l’issue de la période de confinement, cliquer ici.

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