Retour sur la 7e édition de Paris-Saclay Invest. Entretien avec Bruno Duval

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Le 1er décembre dernier se déroulait la 2e édition 2016 de Paris-Saclay Invest (la 7e depuis sa création). Président de Finance & Technologie, cofondateur de cet événement dont le succès ne se dément pas, Bruno Duval a bien vouloir nous livrer ses impressions à chaud, à l’issue de la séance des pitchs.

- On vient d’entendre les pitchs d’une dizaine de start-up. Quelles sont vos impressions à chaud ?

C’est compliqué de distinguer une start-up parmi toutes celles qu’on vient d’entendre ! J’ai l’impression qu’il y a autant de candidats à la ligne d’arrivée qu’il y en avait sur la ligne de départ ! Déjà, il avait été difficile de les sélectionner parmi la soixantaine de candidatures reçues pour cette édition. Les candidats se montrent de plus en plus professionnels dans leur présentation et ils proposent des projets convaincants, y compris au regard de leur modèle économique, de surcroît dans des domaines divers – santé, internet, logiciels… S’ils se différencient, c’est sur des particularités techniques ou du fait des marchés qu’ils investissent.

- Quels autres enseignements tirez-vous ?

D’abord, le nombre croissant de projets en biotech ou en e-santé parmi la soixantaine de candidats – deux start-up en relevaient parmi les dix appelées à pitcher [Moona et Traaser]. Une tendance que l’on observe depuis deux-trois ans et que l’on n’avait pas vu venir, en tout cas dans le contexte de Paris-Saclay. Cet écosystème se révèle plus dynamique dans ces secteurs, ce qui est une bonne nouvelle. Les projets qui nous ont été proposés sont innovants en plus d’avoir le mérite d’être déjà prêts à se confronter au marché.

Et les lauréats sont...

Prix du jury : Traaser, dont la solution Diagen permet à un médecin fournissant les données génomiques de son patient, de recevoir un compte rendu médical présentant l’information requise pour prendre une décision médicale ». Prix coup de cœur : Boombox, qui développe « une technologie de synchronisation, qui permet de déclencher, au même instant, des fonctionnalités sur plusieurs appareils : application mobile/TV, site web, montre connectée ou encore box tv ».

De manière générale, Paris-Saclay n’a pas à rougir de la comparaison avec la Silicon Valley. Je peux en témoigner pour y avoir été de nouveau il y a deux mois : les projets que j’ai vu pitcher sont certainement bien présentés, mais sont très en deça de ce qu’on a pu entendre aujourd’hui au plan de la maturité et du défi technologique. Prenez un projet comme Citron [ qui permet de recommander des endroits où aller selon ses envies et la géolocalisation de l’utilisateur]. De prime abord, cela peut paraître anodin. Mais, technologiquement, c’est novateur (cela repose sur de l’intelligence conversationnelle intégrée dans Facebook Messenger), en plus d’avoir un vrai potentiel de développement.

- Arrêtons-nous justement sur cette solution, qui nous a laissé pour notre part un peu sceptique : n’a-t-elle pas tendance à nous conforter dans nos préférences ? Nous, nous rêverions plutôt d’un anti-Citron qui s’en remettrait plus à la sérendipité qu’à des algorithmes, pour nous faire trouver ce que nous n’avons pas cherché…

Je me demande si cette start-up ne saurait pas le proposer aussi. D’après ce que j’ai compris de la présentation et de ce que j’en ai vu lors de la présélection, les utilisateurs n’ont pas la même manière de caractériser le lieu ou l’endroit où ils souhaiteraient aller. Ce qui ménage la possibilité d’interprétation de la part de l’application et, donc, de proposer quelque chose qui sorte un peu de l’ordinaire. Maintenant, si cette solution permettait déjà d’identifier des cafés sur le Plateau de Saclay, elle me satisferait beaucoup !

- (Rire) Nous y revenons [lors de la précédente édition, Bruno Duval avait déjà fait part de son regret de ne pas voir assez de cafés sur le Plateau de Saclay]…

De fait, c’est un vrai enjeu. Je rêve de trouver à Paris-Saclay des cafés qui disposeraient de surcroît d’un espace de coworking où je pourrais faire escale entre deux rendez-vous…

- Revenons à notre panel qui avait aussi pour caractéristique de compter davantage encore de start-up made in Paris-Saclay…

Oui, effectivement, surtout si l’on considère toutes celles qui comptaient ne serait-ce qu’un associé issu d’un des établissements de Paris-Saclay, au titre d’une formation initiale ou complémentaire (je pense encore aux trois fondateurs de Citron, qui ont tous suivi la formation HEC entrepreneurs, après des études d’ingénieur ou commerciales poursuivies ailleurs qu’à Paris-Saclay). Pour autant, Paris-Saclay Invest, c’est important de le rappeler, n’est pas exclusif : toute start-up peut y participer quand bien même est-elle installée dans un autre écosystème. Paris-Saclay sera d’autant plus fort qu’il sera ouvert. Beaucoup de candidats de Paris-Saclay Invest viennent d’ailleurs du reste de l’Ile-de-France ou d’autres régions.
Je constate encore que beaucoup des projets sont portés par des jeunes, déjà rompus à l’exercice du pitch. Ce que je trouve particulièrement enthousiasmant. C’est magnifique de voir tous ces jeunes qui se lancent, avec des projets déjà bien ficelés, n’ayant rien à envier à ceux de serial entrepreneurs, y compris nord américains.

- S’il y avait encore des choses à améliorer, quelles seraient-elles ?

Si le bât blesse encore, ce n’est pas au plan de l’innovation – les projets proposés sont innovants – mais du financement. Il faut aider nos jeunes startuppers financièrement pour qu’ils aient les moyens de leur ambition. Des structures comme la nôtre, Finance et Technologie, sont là, justement, pour les aider à l’amorçage, leur ouvrir des portes, les accompagner dans la recherche d’autres financements. Le plus souvent, ils savent se débrouiller tout seuls, il faut juste leur montrer le chemin, c’est ce qu’on essaie de faire en organisant un événement comme Paris-Saclay Invest…

- Certains allant jusqu’à inventer des solutions de financement, comme Facile2soutenir, par exemple (un site web offrant un nouveau moyen de collecte de dons pour associations)…

Effectivement, des startuppers font preuve de beaucoup d’imagination, y compris en la matière. Ils savent identifier des marchés auxquels on ne pense pas a priori. Dans le cas de Facile2soutenir, il y en a manifestement un, à en juger par le nombre d’enseignes que cette start-up a déjà su convaincre.

- Un mot sur l’affluence enregistrée au cours de cette édition. Au début, vous pouviez avoir des motifs d’inquiétude : il y a avait peu de monde, avant que l’amphithéâtre ne se remplisse finalement. Des participants avaient été tout simplement victimes de problèmes de transport…

Décidément, nous jouons de malchance ! Souvenez-vous, l’an passé, comme lors de la précédente édition 2016 (organisée à l’ENSTA ParisTech), nous avions pâti de mouvements de grève dans les transports et du renforcement des mesures de sécurité suite aux attentats. Cette fois, nous avons pâti d’un accident de la circulation. Peut-être que le lieu – le campus d’HEC – est-il plus difficile d’accès. Mais, il est si prestigieux ! Et puis, l’accessibilité du Plateau de Saclay va en s’améliorant. Le bus en site propre est désormais en circulation. Certes, l’amphithéâtre a mis du temps à se remplir, mais il s’est rempli avec même des gens contraints à rester debout. Voyez comme ils ont aussi plaisir à échanger, lors des rencontres individuelles préprogrammées [en illustration de cet article] ou, tout simplement, dans le hall et pendant le cocktail. Il faut voir les choses dans la durée. Au fil du temps et des éditions, le réflexe sera pris de se rendre ici sans plus se poser de questions. Nous-mêmes, nous nous adaptons : les fois précédentes, les pitchs avaient été programmés en matinée. Cette fois, ils l’ont été en début d’après-midi. Manifestement, cela est mieux adapté à l’agenda des participants. Peut-être pourrions-nous envisager de les décaler encore un peu plus tard, en tirant profit du côté tonique de nos startuppers…

- Et d’Eve Chegarai…

Oui, notre animatrice de BFM Académie, toujours à 200% quand il s’agit de promouvoir les porteurs de projets, qu’elle prend le temps de coacher en amont, avec le résultat que l’on peut constater !

- Au final, on pourrait presque dire que Paris-Saclay Invest est en soi une école, quand on songe à la qualité des pitchs, qui progressent d’année en année. Est-ce d’ailleurs ainsi que vous l’aviez conçu ?

Non, autant le reconnaître, mais le fait est. C’est une école. C’est aussi un carrefour, un lieu de rendez-vous où les créateurs et innovateurs ont l’opportunité de porter leurs projets à la connaissance des financeurs et des investisseurs, mais aussi des collectivités et d’autres institutions (dont les CCI de l’Essonne et de Versailles-Yvelines), et de trouver, outre des financements, un portage ou encore des locaux voire des débouchés.
Il faut, donc, rendre hommage à tous ces partenaires qui soutiennent cette démarche dans la durée : outre les CCI, je pense à l’EPA Paris-Saclay, à Paris Aéroport et à KPMG, qui se sont investis de longue date et pas seulement à des fins communicationnelles, mais bien dans le but de contribuer au développement économique du territoire. Lequel passe par l’innovation et, donc, le soutien aux start-up et à tous ces acteurs, publics et privés, qui les accompagnent.

 

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