Retour sur la 6e édition du TEDx Saclay. Entretien avec Christian Van Gysel

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Le 24 juin avait lieu la 6e édition du TEDx Saclay sur le thème « Terre, notre vaisseau » avec cette année, en guise de camp de base, le Paris-Saclay Hardware Accelerator. Malgré le choix du 100% digital, pour cause de Covi-19, la magie a encore opéré et rendez-vous est d’ores et déjà donné l’année prochaine pour la 7e édition sur le thème de la « Cohérence ». En attendant, voici un premier écho de l’édition 2021 à travers le témoignage recueilli à chaud de Christian Van Gysel.

- Quelles sont vos premières impressions à l’issue de cette 6e édition ?

Je suis à l’image du temps qui règne en cette fin de journée, un temps ensoleillé, qui tranche avec toutes les intempéries que nous avons pu connaître au cours de cette semaine entre les orages, des pluies torrentielles pour ne pas dire équatoriales, et une matinée glaciale. Voilà notre patience récompensée avec ce soleil dans un ciel bleu…

- Faut-il voir dans cette métaphore un résumé de ce qu’aura été la préparation de cette 6e édition intervenue non pas douze mais dix-huit mois après la précédente, pour cause de Covid-19 ?

C’est vrai que cette édition ne fut pas simple à organiser ! Comme vous le savez, elle était initialement prévue en novembre 2020. A l’approche de la nouvelle échéance, ce 24 juin, donc, la question s’est posée de savoir si nous devions la reporter de nouveau. Ce n’était pas évident car, faut-il le rappeler, TEDx Saclay, ce sont d’abord des bénévoles et le propre des bénévoles, c’est quand même de vivre l’événement auquel il se consacre sans compter leur temps et leur énergie. Naturellement, ils avaient bien compris la nécessité de le reporter, mais le faire une seconde fois, non, ce n’était pas simple. De là, la décision que nous avons prise avec Assya de maintenir l’événement, quitte à devoir opter pour une version 100% digitale.
Non seulement, l’équipe est restée mobilisée, mais encore elle a su faire des contraintes des opportunités, en suggérant des changements importants, le premier consistant à passer d’un événement en soirée à un événement organisé sur toute une journée ; l’organisation d’un Brainathon pour sélectionner trois candidats supplémentaires, sans oublier la rencontre avec pas moins de trois Nobel de Physique (Gérard Mourou, Donna Strickland et Art MacDonald) pour un dialogue autour de la contribution de leur discipline aux enjeux liés au réchauffement climatique.

- Sans oublier le choix du 100% digital. Quel bilan dressez vous à cet égard ?

Le digital nous rend bien des services, mais nous avons pu mesurer à quel point cela requiert beaucoup d’effort, beaucoup plus que pour l’organisation d’un événement en présentiel.

- Est-ce à dire que vous aspirez à renouer avec la formule antérieure, un événement dans une salle pouvant accueillir un large public ?

Pour les besoins de cet entretien, nous nous sommes installés sur les gradins aménagés de part et d’autre de la scène. Quelques heures avant, des happy few ont pu y suivre les talks. Tous m’ont dit combien ils avaient été impressionnés d’être là à un mètre et demi des intervenants – d’un Cédric Villani, d’un Gérard Mourou, d’un Thierry Marx, d’une Sylvie Retailleau… Ils étaient avec eux dans une proximité sans nulle autre pareille. Aussi, je m’interroge : faut-il forcément renouer avec le format d’avant la crise sanitaire ou au contraire recréer les conditions de cette proximité, quitte à réduire très fortement la jauge, avec maximum 30-40 personnes par session, soit une centaine de personnes sur la journée. Je n’ai pas la réponse, mais nul doute que c’est quelque chose dont nous rediscuterons avec le reste de l’équipe.

- Si cela ne tenait qu’à moi, je renouerais avec le principe du grand rassemblement, qui permet de rendre visible la communauté de Paris-Saclay. Certes, nous ne sommes pas dans la même proximité avec les intervenants, encore qu’il y a toujours la possibilité de les approcher à la fin de l’événement…

C’était effectivement notre intention. Initialement, la 6e édition devait être organisée au Grand Dôme [Villebon-sur-Yvette], qui peut accueillir jusqu’à 3 000 personnes, soit trois plus que dans les derniers lieux où a été organisé TEDx Saclay (CentraleSupélec, l’Opéra de Massy…). Les intervenants auraient paru bien petits depuis le fond de la salle ! La crise sanitaire en a décidé autrement. L’objectif reste cependant de faire découvrir de nouveaux lieux et si possible récents : ce fut le cas avec l’édition 2016 organisée à EDF Lab, qui venait d’être inauguré, ou celle de 2017, organisée à CentraleSupélec. Cette année, ce fut donc le Paris-Saclay Hardware Accelerator, un lieu qui a ouvert il y a un an et demi mais que nous n’avions pas eu l’occasion d’inaugurer.

- Une chose est sûre : vous êtes toujours à vous renouveler en faisant preuve d’agilité. L’esprit TEDx Saclay, n’est-ce pas d’ailleurs cela d’abord ?

Si, tout à fait. Encore une fois, les contraintes ne doivent pas nous empêcher d’agir. Au contraire, il faut y voir de nouvelles opportunités. Thierry Marx l’a dit encore ce soir et encore mieux que je ne saurais le faire : c’est lorsqu’on sort de sa zone de confort qu’on peut découvrir d’autres options et qu’on innove.

- À l’évidence, c’est quelque chose que toute l’équipe a fait sienne, à en juger par l’enthousiasme communicatif dont elle su faire preuve tout au long de la journée malgré toute la pression et les inévitables problèmes techniques…

Cette équipe est incroyable ! Elle dégage un sentiment de confiance, qui lui permet d’affronter le moindre aléa. Y’a un problème technique ? Pas d’affolement, elle sait qu’elle dispose des ressources, des compétences individuelles et collectives pour y faire face et le résoudre. Certes, dans l’instant, on ne sait pas forcément quelle sera la solution, mais on sait qu’on va la trouver. Forcément, cela vous maintient dans un esprit d’ouverture qui vous permet de ne pas vous braquer, la meilleure façon de se laisser envahir par la peur sans plus être en mesure de voir le champ des possibles, les solutions qui se présentent.
C’est finalement tout le sens de l’intervention de Sylvie Retailleau, qui a bien expliqué qu’elle n’était pas là pour proposer des formations clés en main à des étudiants, mais pour former des gens qui auront suffisamment confiance en eux pour être en mesure d’ « apprendre à apprendre ».

- Sylvie Retailleau qui a su aussi se jouer des règles en faisant un talk en duo avec une étudiante qu’elle a fait entrer sur le cercle rouge…

Nous avons une chance inouïe d’avoir une personnalité comme elle à la tête d’une université comme celle de Paris-Saclay : une personnalité qui se met d’abord au service des étudiants. Il suffit d’avoir entendu les applaudissements du public présent au PSHA, pour comprendre que son message a bien été reçu et qu’il a touché.
Quant au fait d’avoir enfreint la règle, ce n’est pas exact : si en principe, c’est une personne par talk, rien d’interdit d’intervenir à deux. En tout cas, cela correspondait à la volonté de Sylvie de mettre en avant les étudiants. Certes, une université, ce sont aussi des enseignants-chercheurs et des personnels administratifs, mais en une douzaine de minutes, difficile de traiter de tous les enjeux. Il y a déjà tant à dire sur les étudiants et ce qu’ils sont en droit d’attendre de l’université : une capacité à aborder la vie active dans les meilleures conditions, c’est à dire en sachant s’adapter aux évolutions qui sont très rapides et, donc, acquérir des aptitudes à apprendre – j’y reviens.
Nous en faisons d’ailleurs tous l’expérience. Dans mon cas, je prends la mesure des changements que nous connaissons à travers mes enfants et les questions qu’ils peuvent me poser. Par exemple, l’autre jour, ma fille m’a demandé quelle avait été la marque de mon premier smartphone quand j’étais au collège… [Rire]. Elle fut bien surprise d’apprendre qu’à mon époque, cela n’existait pas encore. Tout cela pour dire que nous connaissons des bouleversements dont on ne prend pas forcément la mesure et qui se produisent sur des laps de temps de plus en plus courts. Aussi la question se pose : comment prétendre former nos jeunes à des métiers appelés à disparaître ou à changer en profondeur ? Autant donc travailler sur leur potentiel, leur capacité à appréhender l’inconnu, au risque sinon de les incliner à s’en protéger en restant accrocher à des manières de faire, qui n’auront plus cours, et de scléroser petit à petit tout le système…

- Rendez-vous a été donné en juin prochain pour la 7e édition. Mais auparavant, il y aura la 2e édition du TEDxYouth@Saclay…

En effet. La première édition a été le seul événement que nous avons été en mesure d’organiser en 2020. C’était à la MJC de Bures-sur-Yvette. J’en profite pour renouveler mes remerciements au maire de cette commune, Jean-François Vigier, qui nous a beaucoup aidé pour l’organiser dans le respect des contraintes sanitaires. La préparation de la 2e édition a été lancée. Les jeunes qui l’organisent étaient là, aujourd’hui, pour nous donner un coup de main avec les Jeunes Apprentis d’Auteuil – une association partenaire. C’était extraordinaire de voir ainsi des jeunes de tous milieux, travailler ensemble, main dans la main, en côtoyant un Prix Nobel, un grand chef, une présidente d’université…

Crédit photo : Y. Appriou.

A lire aussi les entretiens avec Delphine Girard (pour y accéder, cliquer ici) ; Laurent Fullana (cliquer ici) ; Patricia Pâme (cliquer ici) et Carole Ping Yang (cliquer ici).

2 commentaires à cet article
  1. Ping : Pour une musique inclusive… Rencontre avec Delphine Girard | Paris-Saclay

  2. Ping : Pour une santé 3.0 à base d’Intelligence… accompagnée. Entretien avec Patricia Pâme | Paris-Saclay

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