Retour sur la 5e Rencontre du Collège de sciences de l’ingénierie et des systèmes (CSIS)

Manipulations au Laboratoire physique des gaz et des plasmas (LPGP, CNRS/Paris-Sud)
CSIS
Le 17 avril dernier, le Collège de Sciences de l’Ingénierie et des Systèmes (CSIS) organisait sa 5e journée portes ouvertes sur le campus de l’Université Paris-Sud 11. L’occasion pour des équipes de recherche de faire plus ample connaissance en prévision de leur intégration au sein de l’Université Paris-Saclay, mais aussi d'approfondir le rapprochement entre les enseignants et le monde de l’entreprise.

Favoriser les échanges entre les laboratoires des sciences de l’ingénierie et des systèmes tant sur le plan de la recherche que des partenariats avec les entreprises, y compris en matière d’enseignement, telle est la double vocation de la journée Portes Ouvertes de l’université Paris-Sud, organisée chaque année par le Collège des Sciences de l’Ingénierie et des Systèmes (CSIS).

Unir les forces

Pour mémoire, ce dernier a été créé en 1999, conjointement par l’Ecole Centrale Paris, Supélec, l’ENS Cachan et l’Université Paris-Sud 11. Déjà partenaires dans le cadre du Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) UniverSud, ils entendaient ainsi unir leurs forces dans le domaine des Sciences pour l’Ingénieur et des Sciences et Technologies de l’Information.

Tout en revendiquant depuis un rôle de premier plan « en se plaçant d’emblée dans les 3 meilleures institutions Européennes en ingénierie et STIC, en termes de nombre de publications et de taux de citations, et dans le top 50 du classement de Shanghai “ Engineering / Technology and Computer Science ” » (d’après la présentation qui en est faite sur le site), il s’impose comme un levier de développement des liens dans la perspective de l’Idex Paris Saclay.

Au programme de cette Ve édition qui s’est déroulée le 17 avril dernier, la visite de pas moins de 9 programmes de recherche, portés par l’un ou l’autre des trois laboratoires suivants : le Laboratoire Imagerie par Résonance magnétique, médicales et multi-modalités (IR4M), situé à l’interface de la physique et de la médecine par le truchement des nouvelles technologies de l’imagerie ; l’Institut d’Electronique Fondamentale (IEF), enfin, le Laboratoire physique des gaz et des plasmas (LPGP), du CNRS et de Paris-Sud.

Par delà les spécificités de leurs thèmes de recherche respectifs, ces trois laboratoires ont acquis une expérience dans la recherche partenariale, la valorisation scientifique à travers, le cas échéant, la création de start-up. Tous s’emploient à passer de la modélisation sinon de l’ingénierie à l’application. Engagés dans des Labex ou d’autres projets financés par les Investissements d’avenir, ils cultivent une logique de mutualisation et d’interface entre des domaines qui s’ignoraient, comme la biologie et la physique, l’informatique, l’électronique… en repoussant encore un peu plus les frontières de champs nouveaux : l’imagerie, la photonique, la biooptique…

L’IEF en particulier s’est déjà imposé comme le 1er laboratoire de l’Université Paris-Sud en termes de collaborations scientifique, dans les domaines de la physique et des mathématiques. Ce même laboratoire, qui a fêté ses 50 ans en 2012, compte aller plus loin  en fusionnant avec le Laboratoire de Photonique et de Nanostructures (LPN) d’ici janvier 2016 pour constituer le Centre de nanosciences et de nanotechnologies (C2N), lequel occupera un nouveau bâtiment entre NanoInnov et Horiba.

Une journée Portes Ouvertes propice à des échanges informels

A en juger par l’affluence, le principe de cette journée Portes Ouvertes du CSIS est apprécié : pas moins de 70 personnes avaient répondu présent dès 9 h du matin au bâtiment 220 du campus d’Orsay : des chercheurs et des doctorants, pour visiter 3 heures durant et au pas de charge, 3 programmes parmi les 9 proposés. « Nous n’avons pas l’occasion de nous côtoyer aussi souvent que cela », argue un participant qui poursuit en constatant « combien l’hyperspécialisation, au demeurant nécessaire, tend à cloisonner le monde de la recherche, y compris au sein d’une même discipline. Tant et si bien qu’il n’est pas toujours facile d’échanger entre nous. D’où l’intérêt de cette journée, même si la qualité et le niveau des d’échanges sont conditionnés par la composition des sous-groupes constitués pour les visites itinérantes. »

Cette année, les organisateurs ont manifestement bien fait les choses en constituant des groupes homogènes. A chaque visite, un duo de chercheurs était là pour présenter le programme et répondre aux questions. Malgré la très haute technicité et le degré d’abstraction de leurs explications, ils sont parvenus à capter l’attention.  Si les visiteurs ne saisissaient pas tout ce qu’ils disaient, l’aisance avec laquelle ils explicitaient des équations, jonglaient avec des unités de mesure très largement méconnues du grand public, ne pouvait que forcer l’admiration. Et puis, manifestement, ce sont des passionnés. Certains ponctuaient leur démonstration de « C’est génial » ou de «  C’est étonnant» communicatifs. Les questions ont fusé et des souvenirs de notions sont revenus en mémoire. « Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas replongé dans une équation de Maxwell » confie un participant.

L’enjeu de la journée n’est pas tant de vulgariser un savoir que de rendre compte des nouvelles frontières de l’interdisciplinarité et des équipements utilisés. Un chercheur : « A défaut de saisir tout l’enjeu des programmes, ces visites sont l’occasion de faire le point sur les ressources disponibles sur le Campus, comme des salles blanches, des IRM, etc.  »

Du partenariat entre université et entreprises

Le projet de Paris-Saclay ne vise pas seulement à favoriser la collaboration entre laboratoires, il cherche  aussi à favoriser le rapprochement de la recherche, mais aussi de l’enseignement supérieur du monde de l’entreprise. Si les grandes écoles ont une grande expérience en la matière, beaucoup reste encore à faire du côté des universités, Paris-Sud compris.

L’après midi de cette 5e édition était donc consacrée à cet enjeu à travers une table ronde intégralement féminine réunissant Sylvie Retailleau, doyen de l’UFR de Sciences, Hamida Muller, directrice du Service d’Insertion Professionnelle (SIP) et deux de leurs collègues, Caroline Broisin et Claire Cottreaux.

En plus de diverses actions menées, comme l’aide à la préparation d’entretiens, de rédaction de CV et de lettre de motivation, pour les licences et master professionnels, le SIP a pris des initiatives pour jeter des passerelles entre les entreprises et les étudiants. « Car les entreprises sont aussi désireuses de venir au contact de nos étudiants comme de nos enseignants » a tenu à souligner Hamida Muller. « Seulement , précise-t-elle, elles disent manquer d’interlocuteurs clairement identifiés. »

Originale, la démarche l’est d’autant plus qu’elle repose sur un partenariat avec l’Ecole Centrale Paris, qui, comme toute grandes écoles d’ingénieurs, a une longue expérience d’échanges avec les industriels. Signe d’un changement profond des mentalités, le président de l’ECP, Hervé Biausser, a accepté de jouer pleinement le jeu en ouvrant le carnet d’adresses de sa prestigieuse école.

Une première journée de rencontres a été organisée entre entreprises et étudiants en informatique et électronique. Comme le précise encore Hamida Muller, « L’enjeu était de prendre la mesure des attentes des responsables de formation et des entreprises et d’identifier les formations dans lesquelles celles-ci pourraient intervenir pour y présenter des métiers ou y faire intervenir des opérationnels. »  Une expérience pilote est menée dans le cadre du Master IST co-habilité par l’ENS Cachan. Aussi curieux que cela puisse être, la question censée fâcher (le financement), ne s’est guère posée : « Les entreprises acceptent d’elles-même de sponsoriser la formation ou le séminaire. En contrepartie, elles auront la priorité sur les candidatures de stage. » Dans la salle, des enseignants s’interrogent sur les risques de dérive. Ce dont Sylvie Retailleau se dit consciente en rappelant le cas de formations mises en place par des entreprises qui s’en sont ensuite désintéressées. Résultat : « Des universités se sont retrouvées avec des formations qu’elles ne pouvaient pas remettre en cause, quand bien même les débouchés n’étaient plus garantie. » Elle tient donc à rassurer quant à la vigilance avec laquelle l’Université Paris-Sud examinera les propositions. « Le SIP assumera un rôle de filtre. Nous n’accepterons pas toutes les propositions. » Et puis l’Université Paris-Sud ne part pas de rien : des chaires ont déjà été mises en place (la chaire PSA, par exemple), qui ont démontré leur efficacité.

Sylvie Retailleau et l’équipe du SIP se disent cependant conscientes du chemin à parcourir comparé aux écoles d’ingénieurs qui savent renforcer les liens avec les entreprises, à travers leurs réseaux d’anciens. C’est pourquoi, un effort est consenti en parallèle pour inventorier les anciens de l’Université Paris-Sud, qui ont intégré le monde de l’entreprise.

En termes de valorisation de la recherche, l’Université Paris-Sud entend aller plus loin. Toujours en s’inspirant de l’expérience de l’ECP, elle a pris l’initiative avec le concours du CSIS (dont Sylvie Retailleau est membre du comité de pilotage) de démarcher un panel d’entreprises pour leur donner à voir les ressources existantes, à travers un autre panel, cette fois de laboratoires de l’Université. « Qui dit qu’une entreprise comme Danone ne pourrait pas être  intéressée par les travaux du LPGP ? » interroge Sylvie Retailleau. Dans cette perspective, un patient inventaire des plateformes partenariales de la Faculté des sciences a été confié à deux doctorants.

A terme, Sylvie Retailleau espère que cette évolution permettra de modifier la perception des doctorants par les entreprises qui, trop souvent, ont tendance à privilégier le recrutement d’ingénieurs.

 A venir, une rencontre avec Laurent Michard, le Directeur exécutif du CSIS.

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