Retour de Katmandou et de Kpalimé. Rencontre avec Daniela Marquet et Baptiste Renault

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On a beau être engagé dans des études longues et exigeantes, on peut éprouver le besoin de prendre le temps d’aller à la rencontre des autres, dans le cadre d’un projet humanitaire. C’est le cas de deux étudiants de Paris-Sud, Daniela Marquet et Baptiste Renault – elle, en pharmacie, lui, en médecine -, partis plusieurs semaines, respectivement au Népal et au Togo. Témoignages.

Ils s’appellent Daniela et Baptiste et ont plusieurs points en commun : leur jeune âge, d’abord (21 ans), les longues et exigeantes études dans lesquelles ils se sont engagés, ensuite (elle est en 4e année de pharmacie à la faculté de Châtenay-Malabry, lui, en 3e année de médecine à celle de Kremlin-Bicêtre). L’un et l’autre ont mené un projet à caractère humanitaire : elle, à Katmandou, au Népal, lui, à Kpalimé, près de Lomé, la capitale du Togo. L’un et l’autre se sont connus au lycée avant de faire plus ample connaissance lors de leur première année à l’université (laquelle est commune aux études de santé), à la faveur d’un groupe de travail qu’ils ont formé ensemble. Malgré des orientations ultérieures différentes, Daniela et Baptiste ont continué à se côtoyer et à échanger autour des projets de voyage qui leur trottaient dans la tête. Lui : « La première année de médecine est particulièrement difficile. Elle n’offre pas même le temps de s’impliquer dans une cause humanitaire. Tant et si bien que, quand nous avons pu enfin, Daniela et moi, réfléchir à nos projets, nous ne savions pas par où commencer. Naturellement, Daniela et moi, nous nous sommes entraidés, en commençant par échanger les premières informations dont nous disposions. »

Destinations Katmandou et Kpalimé

Daniela est partie seule, comme volontaire, en intégrant une ONG implantée à Katmandou, qu’elle a connue par le truchement de l’association française Jeunesse et Reconstruction. danielabaptistepaysageDurant près d’un mois, elle a accompagné des enfants n’ayant pas eu accès à l’éducation, « soit parce qu’ils sont orphelins, soit parce qu’ils ont vécu dans une zone reculée ». « Je vivais avec eux au quotidien, du réveil au coucher, pour les aider à faire leur toilette, leur devoir, à prendre leur repas, etc. » Tout en les initiant au passage aux gestes de secourisme et aux mesures de prévention (photo). Elle a également profité de ce séjour pour apporter du matériel et des trousses médicales.
Son projet, Baptiste l’a, lui, mené avec six autres étudiants et le soutien d’une association de son université, la bien nommée Evadeh (pour Etudiants Volontaires pour l’Aide au Développement et aux Echanges Humains). Bon an mal an, une dizaine de projets humanitaires bénéficie de son accompagnement.
Daniela aurait tout aussi bien pu s’appuyer sur une association équivalente (il en existe une au sein de sa faculté), mais elle a tenu à mener seule son projet. Tout en bénéficiant cependant indirectement du soutien d’Evadeh… à travers les conseils prodigués par Baptiste avec lequel elle a partagé ses questionnements.
Le projet auquel a participé Baptiste visait à récolter des dons pour financer la construction d’un orphelinat (photo). baptisterenaultpaysageSur place, lui et son équipe se sont vu confier, par Friends International Togo (FIT) – le nom de l’association locale – la mission d’animer un camp d’accueil d’enfants de la capitale. Comme Daniela, ils en ont profité pour rapporter de France du matériel, mais aussi intervenir dans des villages reculés pour faire des campagnes d’information (sur les effets de l’abus d’alcool et du tabac, les risques liés au diabète) et des check-up médicaux.

Démarche humanitaire et… entrepreneuriale

Nous ne pouvons nous empêcher de leur faire observer le caractère entrepreneurial de leur démarche humanitaire. De fait, dans un cas comme dans l’autre, il leur a fallu trouver eux-mêmes de quoi financer leur projet. Pour les besoins du sien, Daniela a fait une demande de bourse auprès de sa ville de Châtenay-Malabry. Avec succès. L’aide des proches a juste permis de boucler son budget. Pour financer leur voyage, Baptiste et ses camarades se sont retroussés les manches. « Nous avons passé du temps à faire des emballages de cadeaux, pendant les fêtes, dans les magasins et à confectionner des gâteaux ! »
De là à se revendiquer eux-mêmes comment « entrepreneurs », il n’y a qu’un pas que l’un et l’autre franchissent sans rechigner. Elle : « Entrepreneur ? Pourquoi pas, au sens où, effectivement, partir en mission humanitaire suppose de trouver des financements ». Sans compter la prise de risques, réelle, malgré une préparation en amont.
Lui : « Nous avons du tout apprendre en marchant : remplir les dossiers de subventions, identifier les structures de collectes de dons. Certes, Evadeh ainsi que le groupe parti l’année précédente nous ont beaucoup aidés, notamment sur la marche à suivre. Ils nous ont expliqué comment bien préparer le projet, les subventions, comment faire un budget prévisionnel, nous ont alerté sur les échéances. Reste que c’était à nous de monter le projet. »
Aussi enthousiasmante que fut leur expérience, l’un et l’autre se montrent particulièrement posés. Elle : « C’est mon tempérament naturel. Je l’étais déjà avant de partir ! Même si cette expérience m’a sans doute ouverte un peu plus l’esprit, je ne me sens pas plus transformée que cela. Peut-être parce que cela me correspondait. J’ai juste mené à son terme un projet qui me tenait à cœur. » Et les enfants, comment ont-ils vécu la présence de cette jeune femme venue d’aussi loin ? « Ils ont l’habitude de voir passer des volontaires. Ils sont ouverts et accueillants, désireux de faire connaître leurs traditions et d’échanger avec des étrangers. Le contact était très facile. Je me suis sentie comme immergée. »

Avec ou sans internet

L’une et l’autre étant de la génération d’internet et des réseaux sociaux, nous ne résistons pas non plus à l’envie de les interroger sur l’usage qu’ils en ont fait pendant la durée du séjour, le degré de déconnection qu’ils se sont imposé. Dans le cas de Baptiste, le problème ne se posait pas : « Dans le village où nous étions, nous ne disposions d’internet qu’une heure par semaine et encore, en nous rendant dans un cybercafé et en y mettant le prix. Ce type de projet a d’ailleurs peut-être aussi pour mérite de nous rappeler ce que peut être la vie sans ce moyen de communication ! » Pour Daniela, ce fut tout le contraire : « Etant dans la capitale du Népal, je n’ai pas rencontré le moindre problème de connexion. A défaut de Wifi, je disposais, grâce à ma carte SIM, du système 4G. »
Que pensent, maintenant, nos deux jeunes, qui se sont engagés dans l’humanitaire, au contact de populations démunies, des perspectives offertes par le croisement de la santé et du numérique ? Baptiste : « J’ai l’impression que ce sont des univers très différents. Ici, en France, on parle beaucoup d’innovations technologiques. Là-bas, au Togo, une partie de la population n’a pas même accès à un médecin ou une pharmacie. Ses médicaments, elle en est parfois réduite à les acheter sur le bord des routes, qui plus est à des charlatans. » Sans nier l’intérêt du numérique dans le domaine de la santé, il invite à garder le sens des priorités : « Dans bien des pays, c’est d’abord de dispensaires et de médecins dont on a besoin. »
Daniela abonde dans son sens : « Les innovations technologiques m’intéressent personnellement, mais je n’en vois pas l’intérêt pour les populations auxquelles nous avons eu affaire. » La même invite cependant à ne pas sous-estimer le niveau de développement ni les enseignements à tirer d’un pays aussi pauvre que le Népal. « Si dans les zones reculées, il manque de médecins et de pharmacies, en revanche, ce n’est pas le cas dans la vallée où on en trouve sans difficultés. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont initiés aux mesures de protection contre les parasites, les maladies bactériennes ou virales. Leur manuel scolaire consacre même un chapitre au sida, ce qui est loin d’être le cas des nôtres. »

Repartir vers d’autres horizons

Quelle suite entendent-ils donner à leur expérience ? Compte-elle retourner à Katmandou ? Lui, à Kpalimé ?
Daniela est restée en contact avec l’orphelinat où elle a séjourné. « Une amie est encore sur place et me donne des nouvelles. J’échange aussi de temps en temps avec le directeur de l’ONG. » A défaut de projeter d’y retourner dans l’immédiat, elle ne demande qu’à revivre cette expérience, dans un autre pays.
Dans le cas de Baptiste, c’est différent : les projets soutenus par Evadeh sont en principe reconduits d’une année sur l’autre, par des étudiants de la promotion suivante. « Le nôtre en est ainsi à sa 6e année d’existence. Nous souhaiterions qu’il soit repris. Et si tel est le cas, je ne demanderais qu’à en suivre l’évolution, avoir des retours, notamment sur l’état d’avancement de l’orphelinat en cours de construction. » Pour autant, s’il devait s’investir dans un autre projet humanitaire, Baptiste souhaiterait le vivre dans un autre pays. « Histoire de découvrir d’autres horizons. »

Vous avez dit Paris-Saclay ?

Naturellement, ni l’un ni l’autre n’ignoraient à quoi ils s’engageaient en faisant des études de médecine et de pharmacie. On s’enquiert donc de ce qui a bien pu les motiver dans leur choix. Elle : « Naturellement, il y a un intérêt pour les enjeux de santé de la population. Mais j’étais aussi intéressée par la perspective de faire tout à la fois de la chimie et de la biologie. » Nous nous enquérons encore de savoir s’il y avait des prédispositions familiales. Elle : « Non, je suis la première dans la famille à m’être lancée dans des études de pharmacie. » Lui prétend ne pas en avoir non plus en arguant que sa mère est avocate et que son père travaille… dans l’industrie pharmaceutique. On ne peut s’empêcher de faire observer les affinités de celle-ci avec la médecine. Soit, admet-il, mais à l’entendre, ce n’est pas cela qui lui aurait donné envie de devenir médecin. « La vocation s’est manifestée au moment d’entrer au Lycée. Une fois le bac en poche, je me suis inscrit en médecine, sans la moindre hésitation. » Au vu de ses résultats, le choix ne lui a pas trop mal réussi. « Je n’ai donc pas eu de raison d’y renoncer. »
L’un comme l’autre poursuivent leurs études, dans des facultés différentes, mais relevant de la même Université Paris-Sud, membre fondateur, faut-il le rappeler, de l’Université Paris-Saclay. Naturellement, nous ne manquons pas de leur poser la question : ce projet fait-il sens à leurs yeux ? Manifestement… non. Mais comment le leur reprocher ? Poursuivant ses études à Chatenay-Malabry, Daniela ne se sent pas directement concernée par ce qui se passe sur le Plateau de Saclay. « A part le fait d’avoir changé de logo, on n’en mesure pas encore les effets. » De Paris-Saclay, elle n’aura jusqu’à présent, pour les besoins de ses études, fréquenté que l’hôpital de la Martinière, où elle se rend en voiture en mettant à profit la desserte par la N118. Mais elle est la première surprise d’apprendre que cet hôpital se situe dans l’OIN de Paris-Saclay. En revanche, elle sait pertinemment qu’elle ne fréquentera pas les futurs locaux de l’UFR, appelée à rejoindre le Plateau de Saclay (elle n’a encore qu’une année à suivre à la faculté, avant de poursuivre sa formation au sein d’un hôpital).
Même scepticisme chez Baptiste : « Paris-Saclay ? J’en ai bien sûr entendu parler. Je n’ignore pas que le projet a vocation à réunir des universités et de grandes écoles, et qu’il avance. Mais Paris-Saclay est à dominante sciences exactes et de l’ingénieur. Nous autres, étudiants en médecine, de surcroît à Kremlin-Bicêtre, sommes donc naturellement plus enclins à suivre l’actualité des autres facultés de médecine d’Ile-de-France. » Des considérations dans lesquelles on invitera ceux qui s’en désoleraient de voir une raison supplémentaire d’encourager l’ouverture du campus Paris-Saclay aux sciences sociales et humaines, et le projet de construction d’un hôpital sur le Plateau de Saclay.

Une personne aura assisté à nos échanges avec Baptiste et Daniela : Bertrand, qui n’est autre que le père de celle-ci (oui, le fondateur du Garage de la Cité de l’Innovation de Nokia, que nous avons eu l’occasion d’interviewer – pour accéder à l’entretien, cliquer ici). C’est d’ailleurs lui qui est à l’initiative de cette rencontre. On lui réserve notre dernière interrogation : qu’est-ce donc qui l’a motivé à mettre en avant ces jeunes (manifestement, la fierté du papa n’explique pas tout). Voici sa réponse, en guise de conclusion : « D’abord, parce que je suis admiratif de ce qu’ils ont fait. Je ne pense pas qu’à notre âge, nous nous serions ainsi engagés dans un tel projet en nous donnant de surcroît les moyens de le mener à bien [Nous opinons du chef]. Voyez comme ils se sont démenés, seuls, pour trouver des financements, sans rien connaître des démarches, et en s’entraidant. Certes, la famille a donné un coup de main financier, mais c’était loin de couvrir les besoins. Rien n’obligeait Daniela, pas plus que Baptiste, à mener un projet humanitaire. Et pourtant ils l’ont fait. De ce point de vue, ils reflètent une tendance des jeunes à s’engager dans des projets à caractère entrepreneurial, qu’on peut observer à Paris-Saclay comme ailleurs et dont j’aimerais qu’on parle plus souvent. » Dont acte.

 

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