Un thèse au service de la médecine. Rencontre avec Amélé Florence Kouvahé

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Elle poursuit une thèse dans une unité mixte de recherche de l’Institut Télécom, qu’elle devrait soutenir avant la fin de l’année. Retour sur un parcours qui débute par une vocation à devenir médecin avant de bifurquer sur des études d’ingénieur puis de la recherche à l’interface de l’informatique et de la santé, en imagerie médicale.

En ce jour de juillet 2019, la canicule règne à Paris comme dans le reste de la France. Nous maintenons un rdv dont nous sommes convenus avec Amélé Florence Kouvahé, une doctorante de Télécom SudParis pour les besoins d’une interview. Nous voilà un peu à l’abri dans un parc parisien. L’entretien peut commencer. Notre première question porte sur l’objet de sa thèse. « Il s’agit d’étudier la structure de l’arbre vasculaire, principalement dans les poumons, pour identifier des marqueurs propres à différentes maladies, pour lesquelles on dispose de données. » Et la même de préciser : « Aujourd’hui encore, la caractérisation est faite à un stade avancé de la maladie. Il s’agit donc de voir s’il est possible de proposer des diagnostics plus précoces. » C’est dire l’enjeu de cette thèse et l’originalité du positionnement qu’elle implique : à l’interface de la santé et de l’informatique, en imagerie médicale. « En pratique, ma thèse consiste en beaucoup de temps de code, de recherche algorithmique et de tests. Mes principaux outils de travail sont une feuille de papier et un ordinateur ! »

L’étude du remodelage vasculaire…

Si Amélé Florence maîtrise de toute évidence son sujet, en revanche, et à notre grand étonnement, elle n’est en mesure que d’en rappeler le début de l’intitulé. « L’étude du remodelage vasculaire… » C’est juste un trou de mémoire… La fatigue sans doute – nous sommes en fin de journée – décuplée par cette canicule qu’elle a bravée pour venir spécialement d’Evry à Nation par les transports en commun. Ses esprits retrouvés, elle nous le donne in extenso : l’« étude du remodelage vasculaire pathologique : de la caractérisation macroscopique en imagerie pulmonaire à l’angiogenèse tumorale en microscopie numérique 3D »… On salue la performance.
D’autant que cet intitulé n’est pas de son fait… Nouveau motif d’étonnement : n’est-ce pas au doctorant de le choisir, fût-ce en concertation avec son ou sa directeur/trice de thèse ? En réalité, tout dépend du domaine de recherche : dans celui de la santé, les sujets de thèse peuvent être proposés dans le cadre d’appel d’offres émanant de laboratoires.
C’est donc le cas de celui d’Amélé Florence, proposé par Samovar, une unité mixe de recherche de l’Institut Télécom, réunissant des équipes de chercheurs spécialisés dans le domaine des services, des réseaux et des télécommunications (Samovar étant un acronyme pour « Services réparti, Architectures, Modélisation, Validation, Administrations des Réseaux »). La procédure de sélection se déroule alors comme un entretien d’embauche, sur la base d’une fiche de poste et d’un dossier de candidature. Recrutée, Amélé Florence devait ensuite intégrer une équipe spécialisée dans l’imagerie médicale. Est-ce à dire que la thèse a été menée de manière collégiale ? Non, et si elle a un regret, ce serait celui-là. « Les chercheurs participent d’une même équipe, mais ont tendance à travailler en solitaire. Naturellement, on échange entre nous, mais pas autant que je l’aurais souhaité. »

Un détour par une école d’ingénieur

Pas l’once d’un regret en revanche d’avoir fait une thèse. « Le choix d’en faire une avait été murement réfléchi. C’est une expérience que je voulais vivre. » Quitte à emprunter un détour par une toute nouvelle école d’ingénieur, en l’occurrence l’ECE Paris-Lyon , accessible à partir du bac, mais qu’elle a intégrée en 2011 après deux années de classe prépa.
Pourquoi cette école-ci ? « Elle proposait un parcours de formation en santé/technologie, ce que précisément je voulais faire. Ce parcours était en outre suffisamment généraliste pour me permettre d’en découvrir tous les aspects dont celui de l’imagerie médicale, un domaine qui m’a tout particulièrement intéressée. » Pour autant, il ne permettait pas d’intégrer directement le monde de l’imagerie. Trois ans plus tard, au sortir de sa formation, elle décide donc de parfaire sa formation en s’inscrivant à un master recherche en traitement d’image, proposé conjointement par l’Université Pierre et Marie Curie et Télécom SudParis.

Au service d’une médecine performante

Mais au fait, pourquoi ce choix de travailler dans le domaine médical ? « Parce qu’initialement, je voulais faire médecine. » La même, dans un éclat de rire : « Je n’avais probablement pas réglé mon complexe d’Œdipe : mon père était médecin et longtemps, j’ai eu envie de faire comme lui ! ».
Le destin en décide autrement : durant ses années de lycée, des problèmes de santé l’expédient à l’hôpital. Un mal pour un bien : « J’ai découvert à cette occasion combien le milieu hospitalier n’était pas aussi avancé que je le pensais. Cela m’a donné envie d’aider, mais autrement. Etant passionnée par la technologie, je me suis dit qu’en développer dans le domaine médical était un bon moyen de me mettre au service de la médecine, fût-ce sans être médecin. » Elle se donne alors les moyens de sa nouvelle vocation : après un bac scientifique, elle opte pour la classe prépa. On connaît la suite.

Labellisée Université Paris-Saclay ?

En poursuivant son Master de recherche, elle intégrait de fait la nouvelle Université de Paris-Saclay (à l’époque, pas si lointaine, Télécom SudParis en faisait partie). En suivait-elle pour autant l’actualité ? En toute franchise, elle reconnaît que non. « On en entendait parler, mais le projet n’ayant pas d’incidence sur nos conditions de travail, on ne s’en préoccupait pas plus que cela. » Elle sait aussi qu’elle achèvera ses études sur le campus d’Evry. « Je ne me préoccupais donc pas des conséquences du projet de transfert de Télécom SudParis sur le Plateau de Saclay. »
La même dit cependant avoir apprécié les retombées de la création de l’école doctorale de l’Université Paris-Saclay : « Les formations qui y sont proposées à la carte m’ont permis de rencontrer d’autres doctorants, d’autres disciplines ou domaines de recherche et d’avoir ainsi de beaux échanges sur la vie de doctorant. C’est important quand on sait combien le travail de thèse peut confiner l’étudiant dans une certaine solitude. »
Depuis, Télécom SudParis ne fait plus partie de l’Université Paris-Saclay (l’école relève désormais de l’autre pôle, l’Institut Polytechnique de Paris). Amélé Florence dit n’en continuer pas moins d’être informée de l’actualité des recherches doctorales par l’Université Paris-Saclay. « La distinction entre les deux pôles n’est semble-t-il pas encore effective. »
Soit, mais qu’en sera-t-il de la labellisation de sa thèse ? Au moment de l’entretien (effectué au mois de juillet, donc), elle reconnaît ne pas le savoir avec certitude. « Les thèses déposées avant septembre seront d’office labellisées Université Paris-Saclay.» S’agissant de sa propre thèse, Amélé Florence a encore un petit doute. Une chose est sûre en revanche : si elle avait le choix, elle opterait pour l’Université Paris-Saclay. « Après tout, c’est sous la bannière de cette université que j’ai fait l’essentiel de ma thèse. »

En attendant la soutenance

Laquelle sera soutenue en novembre-décembre (moyennant le dépôt d’un mémoire en septembre). Comparé à ceux des thèses en SHS, la sienne ne comptera « que » 200 pages. On sent poindre cependant une certaine fébrilité. « Ces trois années seront passées vite [il faut entendre « trop vite »]. Il a fallu d’abord m’approprier le sujet, ce qui m’a bien pris un an. La deuxième année, j’ai pu commencer à mettre les mains dedans, à formuler des hypothèses. Mais ce n’est qu’en 3e année que j’ai pu recueillir les résultats de mes tests et entamer la rédaction. » Si c’était à refaire ? « Je m’y prendrais autrement, une fois la thèse commencée. J’ai peut-être pris trop de temps à m’approprier le sujet. » Et la même d’insister : « Je n’ai peut-être pas assez pris le temps d’aller à la rencontre de mes collègues, d’échanger avec eux, et d’autres chercheurs en dehors du laboratoire. Cela m’aurait été sans doute bénéfique ».

Et l’entrepreneuriat innovant ?

Malgré les échéances à court terme, nous la questionnons sur la suite (une fois la thèse soutenue) ? Est-elle en particulier tentée par la création d’une start-up ? Naturellement, elle n’ignore rien du mouvement de fond en faveur de l’entrepreneuriat innovant, qu’elle a pu constater dès ses années d’études à l’ECE Paris-Lyon, et confirme l’engouement qu’il suscite auprès des doctorants. « Ils sont de plus en plus nombreux à s’y intéresser spontanément ou à y être incités. » Pour autant, elle ne se dit pas personnellement attirée. « En tout cas, pas pour l’instant. »
Pour l’heure, la priorité est, comme on s’en doute, à l’achèvement de la thèse et à sa soutenance. En attendant d’en connaître l’issue, que pensent ses parents de son parcours ? « Naturellement, mon père en est fier, même s’il ne peut s’empêcher de m’interroger sur la suite car il est plus porté sur l’après que sur les résultats présents. » Et la mère ? « Elle est littéraire de formation. Depuis le début de ma thèse, elle a cherché à comprendre le sujet. Enfin, pas plus tard que dimanche dernier, elle m’a dit l’avoir enfin compris. » Plutôt de bonne augure !

Merci à Adama pour la mise en lien avec Amélé Florence Kouvahé.

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