Regards croisés d’enseignants et d’entreprises sur le travail de demain

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Les 25 et 26 août prochains, l’Institut de l’entreprise organise ses Entretiens Enseignants-Entreprises, université d’été du monde de l’enseignement et de l’entreprise, à l’École polytechnique. Le thème de cette année : « Le travail demain ». Béatrice Couairon, directrice du Programme Enseignants-Entreprises au sein de cet institut et professeur de sciences économiques et sociales, nous en dit plus sur cette manifestation et par là même occasion sur ce think tank ayant vocation à favoriser le dialogue entre deux mondes qui gagnent à mieux se connaître.

- Si vous deviez présenter l’Institut de l’entreprise ?

C’est une association loi 1901 sans but lucratif, qui a été créée sur le modèle du think tank, il y a quarante ans, en 1975, dans le but de mieux faire connaître et comprendre l’entreprise en l’appréhendant à travers ses enjeux et son écosystème : ses parties prenantes, l’environnement dans lequel elle se développe et se transforme. A cette fin, l’Institut de l’entreprise est un lieu de réflexion, de rencontre et de formation à l’attention notamment des enseignants. Il compte 130 adhérents (aussi bien de grandes entreprises privées et publiques, que des fédérations professionnelles, des organismes consulaires, des institutions académiques, des associations…).

- Pourquoi l’usage du mot « entreprise » au singulier ? L’entreprise n’est-elle pas plurielle ?

Si, bien sûr. Il y a une diversité de formes d’entreprises, et c’est aussi la vocation de l’Institut que d’en rendre compte. Cela étant dit, d’un type d’entreprise à l’autre, on retrouve des problématiques similaires, à commencer par celles de la formation ou encore le travail.

- Avez-vous le sentiment que les efforts de l’Institut de l’entreprise portent leurs fruits, que la vision de l’entreprise évolue positivement en France ?

Oui, j’ai le sentiment qu’au regard des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, l’entreprise est davantage considérée comme un lieu possible d’innovations pour d’autres manières de produire, de travailler, mais aussi de vivre au quotidien. On le voit, notamment, au travers des solutions proposées en matière de mobilité, par exemple, dans le cadre de Plans de Déplacements Inter-Entreprises. L’entreprise se révèle être également un partenaire pertinent pour des associations, des collectivités locales, des ONG dans la gestion de projets de long terme, utiles à la société. On peut aussi évoquer les projets qui naissent de démarches intra-entrepreneuriales. Face aux enjeux de l’insertion des jeunes sur le marché du travail, je ressens aussi un élan de mobilisation des entreprises.
Dire que l’entreprise est un lieu de solutions, ce n’est oublier pour autant qu’elle peut être un lieu de conflictualité, de rapports de force. Mais on peut au moins s’accorder sur le fait qu’elle est une réalité complexe et qui doit s’envisager comme telle. Il n’y a donc guère de sens à se dire « pour » ou « contre » l’entreprise.

- Venons-en au Programme Enseignants-Entreprises dont vous avez la charge. Comment a-t-il vu le jour et en quoi consiste-t-il ?

Il a été lancé en 2003 avec pour vocation de créer des espaces d’échanges privilégiés entre le monde de l’enseignement et celui de l’entreprise. Il s’organise autour de trois axes principaux.
D’abord, les Entretiens Enseignants-Entreprises : il s’agit d’une université d’été, organisée sur deux jours chaque année à la fin août, réunissant des enseignants, des dirigeants d’entreprises et des universitaires autour de différents temps d’échanges sur des sujets d’actualité inscrits dans les programmes scolaires. Cette année, nous avons choisi le thème du « travail demain », au cœur des préoccupations des enseignants. Leur permettre d’entendre le point de vue des entreprises et des chercheurs sur ce sujet nous semble utile car ils ont un véritable rôle d’information et d’orientation des jeunes sur le marché du travail. Ainsi, plus de 80 intervenants participeront à des conférences, des ateliers, animés et préparés en amont par une équipe de 20 professeurs du secondaire. Au-delà des conférences et ateliers, nous proposons des cycles « Rencontres avec », destinés à permettre aux professeurs de nouer contact avec des professionnels de l’entreprise susceptibles d’intervenir dans leurs classes tout au long de l’année.
Ces Entretiens visent donc à rapprocher le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement, mais aussi les enseignants eux-mêmes, ceux du secondaire et ceux du supérieur, afin de favoriser la transition post-baccalauréat des élèves qui nous sont confiés. Cette année, ce rapprochement secondaire-supérieur est parfaitement illustré par l’accueil des Entretiens Enseignants-Enseignants à l’École polytechnique.
Le Programme Enseignants-Entreprises, c’est aussi Melchior, un site de ressources pédagogiques. Animé par une équipe d’une dizaine de professeurs de sciences économiques et sociales, avec le concours d’un inspecteur d’académie – inspecteur pédagogie régional (IA-IPR), il propose des cours en ligne, des exercices corrigés, des vidéos d’économistes de renom (comme, par exemple, Philippe Aghion, professeur au Collège de France, Patrick Artus, professeur à l’Université Paris I, par ailleurs Chef économiste de Natixis, etc.).
Conçu comme un complément des manuels scolaires, Melchior a pour objectif de mettre à disposition des enseignants des ressources innovantes pour préparer leurs cours comme, par exemple, des études de cas et des vidéos, utilisables en classe. En accès libre et gratuit depuis 2000, il a véritablement rencontré son public, depuis trois ans. Le nombre d’utilisateurs est passé de 200 000 entre juin 2011-2012 à plus de 755 000 entre juin 2014-2015, soit environ 2,3 millions de pages vues.

- Et le 3e axe ?

Il s’agit des Journées Enseignants en Entreprise : des stages en entreprises dédiés aux professeurs, organisés sur un à cinq jours. Ces Journées visent à éclairer une partie de nos programme d’enseignement par la réalité de l’entreprise avec, notamment, la présentation d’un ou plusieurs cas, des rencontres avec des dirigeants et des visites de sites. Au printemps dernier, par exemple, des Journées Enseignants en Entreprises ont été organisées en partenariat avec les IA-IPR de sciences économiques et sociales des Académie de Paris, Versailles et Créteil sur le thème de « l’impact des innovations et des inégalités sur la croissance économique ». Nous avons été accueillis pendant une journée sur un site de recherche de Sanofi pour illustrer l’innovation dans le secteur pharmaceutique, mais aussi aborder la question de l’égalité dans l’accès aux médicaments. Veolia nous a également accueillis pour aborder la stratégie d’innovation du groupe. Dans le cadre de cette action, Philippe Aghion a passé un après-midi à l’Institut de l’entreprise pour offrir à la cinquantaine de professeurs présents, une conférence passionnante au cours de laquelle il nous a fait partager ses derniers travaux de recherche montrant que l’innovation est une source de mobilité sociale.

- Avez-vous pris part au débat autour des manuels de sciences économiques et sociales qui, de l’avis de certains, feraient la part trop belle à une certaine conception de l’économie ?

J’ai bien sûr suivi ces débats, mais, selon moi, ce n’est plus un sujet ! Et je dis cela aussi bien en tant qu’enseignante qu’en tant que directrice du Programme Enseignants-Entreprises. Les approches de l’économie sont évidemment diverses et il est important que cette diversité soit représentée dans les manuels comme dans les débats.
Les économistes qui participent à nos actions, notamment au travers de Melchior, ont des visions différentes de l’économie. Si cette diversité répond à un souci de représentativité, elle est d’abord le fruit de rencontres humaines. Les économistes qui s’impliquent pleinement dans le programme Enseignants-Entreprises ont pour préoccupation commune de faire profiter de leurs travaux de recherche aux enseignants et, ce faisant, d’œuvrer à une meilleure compréhension des enjeux économiques et sociaux du pays.

- Et la rencontre avec Paris-Saclay, où se déroulera votre prochaine université d’été, comment s’est-elle faite ?

Quand je suis arrivée à l’Institut de l’entreprise, j’ai eu carte blanche pour développer les Entretiens Enseignants-Entreprises qui avaient alors besoin de connaître un second souffle. Nous étions en 2011. En prospectant pour identifier un nouveau lieu où les organiser, j’ai tout de suite pensé à Paris-Saclay, engagé dans une double dynamique de cluster et de fédération d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche sous la bannière d’une seule université. Sauf que ce double projet était encore trop à l’état embryonnaire pour justifier d’y organiser notre manifestation. Il nous fallait aussi disposer d’hébergements, les participants venant des quatre coins de France. Nous avons donc, dans un premier temps, choisi de localiser les Entretiens sur le campus de Veolia, à Jouy-le-Moutier (dans le Val d’Oise). Au bout de trois ans, nous avons fini par être victimes de notre succès. Nous nous sentions de plus en plus à l’étroit : des collègues enseignants en étaient réduits à assister debout aux ateliers ! Entre-temps, Paris-Saclay émergeait bel et bien. Les premières grues sont apparues, un signe plus qu’encourageant. Les freins liés aux capacités d’hébergement ont pu être levés grâce aux personnels de l’École Polytechnique et de l’ENSTA ParisTech, qui se sont mobilisés pour que cette édition 2015 puisse être organisée dans les meilleures conditions. L’École polytechnique s’est pleinement investie à nos côtés en devenant partenaire des Entretiens Enseignants-Entreprises tandis que l’ENSTA ParisTech a mis à notre disposition les chambres de leur très beau campus pour loger les professeurs venus de toute la France !
Et, évidemment, je ne cache pas mon enthousiasme à l’idée d’être au cœur de Paris-Saclay et d’œuvrer au dialogue entre enseignants et entreprises au sein de cet écosystème de l’innovation ! J’insiste encore sur ce point : quand je dis « enseignants », je veux parler de tous les enseignants, y compris ceux du secondaire, auxquels on ne pense pas forcément dans la perspective d’un cluster alors qu’ils jouent un rôle essentiel, ne serait-ce qu’en aidant à l’orientation des élèves.

- Comment définissez-vous le thème de vos Entretiens ?

Chaque année, le thème est défini avec le comité stratégique du Programme Enseignants-Entreprises présidé par Patrick Artus, que je tiens à remercier très sincèrement pour son engagement de tous les instants à mes côtés, malgré un emploi du temps très chargé. Nous bénéficions aussi des avis de personnalités à même de cerner les besoins des enseignants : des recteurs ainsi que du doyen du groupe de SES, Marc Montoussé, et des inspecteurs d’académie-inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) de sciences économiques et sociales de toute la France.
Nous sommes à chaque fois très attentifs, dans la composition des ateliers et des conférences, à croiser les regards de professionnels, de praticiens et d’enseignants, sans rien nous interdire.

- Combien de personnes attendez-vous ?

Plus de 400 personnes de l’Education nationale se sont déjà inscrites (essentiellement des professeurs de SES, d’économie-gestion, d’histoire géographie, des inspecteurs,…), auxquelles s’ajoutent les 80 intervenants déjà évoqués.

- Pourquoi le choix du « travail demain » ?

Parce que c’est, comme je l’ai dit, une thématique au cœur de nos programmes d’enseignement. J’ajoute que c’est aussi et surtout un enjeu de société majeur pour les jeunes dans la perspective de leur insertion professionnelle. Un professeur principal ne manque pas de s’interroger sur la nature des emplois de demain et comment il peut préparer au mieux ses élèves. Cette édition vise à l’aider à y voir plus clair. Pour autant, la thématique n’intéresse pas que jeunes et enseignants. Elle concerne, est-il besoin de le dire, les adultes déjà engagés sur le marché de l’emploi. Les Entretiens ont également vocation à nourrir la réflexion interne des entreprises.

- Aborder ce thème à Paris-Saclay a-t-il une signification supplémentaire ?

Oui. Paris-Saclay est un cluster technologique. Il incite donc naturellement à réfléchir à l’impact des nouvelles technologies. Plusieurs ateliers seront consacrés à ces dernières : l’un portera sur les robots (« Remplacer les hommes par des robots : jusqu’où ira-ton ? »), un autre sur les Moocs (« Vont-ils révolutionner le travail des enseignants ?), un autre encore sur le numérique (« Producteur de nouvelles inégalités ? »).
Mais tout orienté qu’il soit vers l’innovation technologique, ce cluster n’en est pas moins confronté aux mêmes questions que d’autres territoires sur l’évolution du travail tant au plan des métiers que de l’organisation des entreprises. Les Entretiens seront donc aussi l’occasion d’aborder d’autres problématiques comme, par exemple, le rôle des établissements de taille intermédiaire (ETI) dans les mutations du travail, les leviers de l’insertion sur le marché du travail, le stress versus bien-être, etc.

- Récemment, s’y est justement tenu un séminaire sur Paris-Saclay comme « laboratoire du bien-être au travail », imaginé par des acteurs du territoire…

C’est effectivement une initiative intéressante, qui témoigne de la volonté des acteurs de prendre part à la dynamique du territoire, mais aussi de leur besoin d’espaces d’échange pour avancer ensemble. C’est le paradoxe d’internet : à force de recevoir des emails, on éprouve davantage besoin de se voir en vrai. C’est aussi à ce besoin que répondent nos Entretiens !

- Etant entendu que l’entreprise n’est pas si étrangère au monde de l’enseignement si l’on songe ne serait-ce qu’à sa contributions à l’élaboration des formations des filières plus professionnelles…

C’est important de le souligner car on a tendance à l’oublier alors même que cette implication va croissant si j’en juge par les témoignages de recteurs et d’inspecteurs d’académie. Il y a manifestement une prise de conscience de la nécessité de gagner en finesse dans l’élaboration des programmes de formation professionnelle, en tenant compte des spécificités des bassins d’emploi. Rappelons que les entreprises ont également l’habitude d’accueillir des jeunes le temps de stages.

- Et puis, pour être chef d’entreprise, on n’en est pas moins parent d’élève, avec de surcroît sa propre expérience de l’Education nationale…

(sourire) Vous faites bien de faire cette remarque que je considère pour ma part comme tout sauf anodine. De fait, les chefs d’entreprises peuvent avoir de l’Education nationale, une représentation de parents, mais dans un monde qui est parfois éloigné de la réalité de nos classes ! Nous en venons ainsi à la problématique de l’égalité des chances, qui est, pour tout vous dire, mon vrai combat, celui qui me tient le plus à cœur. J’ai en effet la conviction qu’au delà de ce rapprochement entre entreprises et enseignants, c’est aux professeurs d’apporter les ressources utiles à leurs élèves pour les accompagner dans leur choix d’orientation et, ainsi, contribuer à réduire le poids du capital social des parents dans la détermination des parcours professionnels.
Cela nécessite de mieux connaître les pratiques des entreprises en termes de ressources humaines, jusque et y compris la manière de faire un CV ou de passer un entretien pour décrocher un stage. Si on laisse cela à la charge des parents ou à des sociétés spécialisées, on ne peut que reculer dans la lutte pour l’égalité des chances.
C’est donc un combat que je porte depuis toujours dans la pratique d’enseignante. Le rapprochement entre enseignants et entreprises n’est pour moi que la face visible de l’iceberg. Tout aussi important à mes yeux est ce travail d’information auprès des jeunes.

- A force d’explorer le monde de l’entreprise, l’enseignante que vous êtes n’est-elle pas tentée de l’intégrer voire de créer son entreprise, a fortiori à l’issue de cette édition organisée à Paris-Saclay, propice à l’entrepreneuriat ?

(sourire) En fait, je connais déjà bien le monde de l’entreprise pour en être issue. Avant d’enseigner, j’ai débuté ma carrière professionnelle chez Danone comme cadre commerciale. Je suis arrivée à l’enseignement un peu par hasard. J’avais été chargée de travaux dirigés en Histoire de la pensée économique pour le professeur Claude Jessua pendant mes études universitaires, et j’avais adoré cette expérience. Un jour, j’ai décidé de renouer avec cette passion et j’ai passé l’agrégation de sciences économiques et sociales. C’était il y a près de dix-huit ans. Je suis donc passée « sans transition » des négociations entre fournisseurs et hypermarchés à une salle de professeurs ! Et c’est à ce moment que je me suis rendue compte à quel point les mondes de l’entreprise et de l’enseignement avaient tout à gagner à mieux se connaître. Au cours de ma carrière comme cadre commerciale, dans une entreprise, je n’avais jamais eu le moindre contact avec le monde de l’enseignement. Il a fallu que je devienne enseignante pour mieux saisir l’enjeu pour les jeunes de rapprocher ces deux mondes ! Avec Etienne Guyon, qui a notamment dirigé le Palais de la découverte et l’ENS, j’ai commencé par créer, au Lycée Jules Verne de Limours, une association, Oxygene, qui avait vocation à faire venir des intervenants extérieurs pour rencontrer les élèves et leurs enseignants. Par exemple, pour éclairer des notions du programme sur l’innovation et la croissance (déjà !), j’avais invité Albert Fert (le prix Nobel de Physique) et Jean-Pierre Mercurin, de Thales, à venir échanger avec les élèves de Terminale ES. Un grand moment de bonheur intellectuel et humain !

- Danone, Thales,… autant d’acteurs de Paris-Saclay…

C’est vrai ! Le choix de Paris-Saclay n’est pas anodin et doit aussi à ces liens noués au fil du temps. Preuve s’il en était besoin que les choses ont toujours du sens.

- Comment avez-vous rejoint l’Institut de l’entreprise ?

Après avoir intégré un groupe d’experts pour travailler sur le contenu des programmes, la Dgesco (Direction générale de l’enseignement scolaire) m’a demandé de travailler au bureau de la formation continue comme chargée de mission. C’est ainsi que j’ai noué contact avec l’Institut de l’entreprise, qui m’a ensuite proposé de prendre en charge le programme d’actions en direction des enseignants pour lui redonner une cohérence d’ensemble.

- Qu’est-ce qui vous a incitée à accepter ?

Le défi de mettre en œuvre des actions en parfaite cohérence avec les attentes et les besoins des professeurs tout en sachant les expliciter aux entreprises pour qu’elles se mobilisent à nos côtés ! J’ai l’habitude de dire que je suis en fait juste là pour « connecter les talents ». Et le véritable enjeu de ce rapprochement est, encore une fois, celui de l’égalité des chances !
Ceux qui me connaissent vous le diront : dès que je m’engage dans une cause, je n’abandonne jamais. Vous connaissez la phrase de Winston Churchill : « Never give in. Never give in. Never, never, never, never-in nothing,… great or small, large or petty… »

 Pour en savoir plus sur…

- l’Institut de l’entreprise, cliquer ici.

- les Entretiens Enseignants-Entreprises 2015, cliquer ici.

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