Résonnons ensemble au service du vivant. Entretien avec Assya Van Gysel

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Le rendez-vous est pris : le 28 novembre se déroulera la 5e édition de TEDx Saclay, sur le thème de la résonance. Sans attendre, Assya Van Gysel revient sur les discussions qu’il a suscitées en amont, et sur la sélection des candidats, parmi lesquels figurent des scientifiques, mais une historienne de l’art, un humoriste, un psychologue social, etc. Une diversité de profils qui témoigne des milles et une occasion que l’on a de… résonner

- Un mot d’abord sur la résonance, le thème de cette édition 2019 de TEDx Saclay, sur laquelle l’équipe d’organisation a planché pendant près d’un an maintenant…

Assya Van Gysel : Souvenez-vous, l’idée est venue à l’occasion de l’entretien que nous avions fait peu avant la précédente édition. Vous m’aviez parlé du livre que vous étiez en train de lire (Résonance. Une sociologie de la relation au monde, du sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa, traduit en français aux éditions de La Découverte). Or, il se trouvait, que moi-même, j’avais en tête la notion de mouvement, ce dont il était d’ailleurs question dans certains des passages de l’ouvrage, que vous aviez lus. La manière dont l’auteur parlait de résonance correspondait bien à l’idée que je m’en faisais intuitivement au regard de l’individu dans la société : ce qu’il fait produit un résultat, qui impacte autrui, lequel l’impacte en retour, positivement ou négativement, et ainsi de suite. C’est en tout cas l’idée maîtresse que j’ai retenue dans l’instant. Et c’est précisément ce qui me passionne chez l’être humain : où qu’il soit, dans la société, dans une organisation, une entreprise, etc., il agit, fait des choses, mais il reçoit en retour des réactions d’autres êtres humains, par rapport auxquelles il conserve la liberté de réagir à son tour, de faire de nouveaux choix, qui entraîneront d’autres incidences…

- Des « mouvements » allers et retours, en somme…

Assya Van Gysel : Oui, parfaitement. Je ne me l’étais pas représenté ainsi, mais au final, c’est effectivement comme cela que l’on peut décrire l’individu dans ses relations avec autrui. C’est en tout cas ce dont la référence à la notion de résonance m’a fait prendre conscience, en provoquant comme un déclic.

- Etant entendu que l’on peut, en suivant Hartmut Rosa, distinguer jusqu’à trois axes de résonance : l’axe horizontal, celui que vous décriviez à l’instant, à propos des relations humaines ; l’axe diagonal : la résonance avec l’environnement, la nature ; enfin, l’axe vertical : la résonance avec un « au-delà », qui peut être spirituel, religieux, métaphysique ou cosmique…

Assya Van Gysel : Je me permettrais d’en ajouter un 4e : l’axe de résonance non plus tant entre des individus, mais entre des entités : des entreprises, des territoires, des organisations, des pays…

- Des collectifs en somme ?

Assya Van Gysel : Oui, des collectifs. Prenez le TEDx Saclay : c’est à la fois ce à quoi je participe individuellement en interagissant avec d’autres personnes impliquées dans son organisation. Mais TEDx Saclay, c’est bien plus que la somme de tous ces individus. C’est une entité qui interagit elle-même avec son environnement, l’écosystème de Paris-Saclay, ses partenaires, ses différents publics… On peut apprécier TEDx Saclay, résonner avec lui, sans connaître les personnes qui contribuent à l’organiser….

- Comment le choix du thème a-t-il été reçu aussi bien en interne, au sein de l’équipe, que par vos partenaires ? Vous a-t-elle fait entrer en résonance si je puis dire ? Ou y a–t-il eu besoin de faire un travail d’explicitation, voire de pédagogie ?

Assya Van Gysel : D’emblée, la résonance s’est imposée comme un cap. Restait cependant à savoir ce qu’elle pouvait recouvrir exactement. Avec les bénévoles, nous avons donc pris le temps, durant tout un week-end, de nous livrer à un brainstorming, au travers d’un exercice de design thinking. Chacun était invité à indiquer sur des post-it ce à quoi lui faisait penser cette notion. Pour les uns, elle faisait spontanément penser au son, à la musique, à d’autres, aux émotions, à d’autres encore, à l’architecture… En regroupant les post-it par affinités, nous avons pu ainsi identifier jusqu’à sept sous-thématiques, à savoir : le son, l’harmonie, l’écho, le lien, le miroir, l’amplification et l’équilibre.

- Quel a été le retour des partenaires ?

Assya Van Gysel : Le choix du terme n’a pas fait débat. Il était bien dans l’esprit de ces notions que nous mettons en avant depuis le début de TEDx Saclay. Cela dit, je me souviens de la réaction de Charles Cosson, le directeur de la Terrasse Discovery +x, qui accueillait notre concours à idées, en juin dernier. Pour les besoins de son mot accueil, il s’est d’abord enquis auprès de moi, de ce que j’entendais au juste pas ce mot de résonance ! En règle générale, il provoque deux réactions différentes : soit les gens l’associent spontanément au son, à la musique, soit, ils s’interrogent sur ce qu’elle peut bien recouvrir.
Pour ma part, je l’associe de plus en plus au fait d’agir ensemble. La résonance, c’est ce qui amplifie l’effet d’une action bien au-delà de ce qu’on obtiendrait en agissant seul. D’ailleurs, le mot « ensemble » est peut-être le plus important dans la base line de TEDx Saclay – « Innovons ensemble au service du vivant ». J’en suis désormais si convaincue que pour inaugurer la sélection de l’appel à idées, j’ai invité le public à se livrer pour commencer à un petit exercice collectif, qui consistait d’abord, pour chacun, à se déplacer dans la salle, puis à être attentif les uns aux autres. Le résultat, c’est que le plus naturellement du monde, les participants se sont mis à marcher au pas ensemble !

- Aviez-vous proposé à Hartmut Rosa d’intervenir pour un talk ?

Assya Van Gysel : Oui, naturellement, comme vous nous aviez d’ailleurs suggéré de le faire. Malheureusement, il n’était pas disponible. Mais je ne lui en suis pas moins reconnaissante d’avoir inspiré le thème général de notre édition 2019. Une contribution finalement bien plus forte que s’il était venu faire seulement une conférence !

- Reconnaissons qu’il a introduit une réflexion qui nous est fort utile pour comprendre les sociétés contemporaines, la crise du lien social dont on parle tant. Personnellement, je trouve qu’il éclaire les risques que fait peser l’abus du smartphone dans l’espace public : à force d’être rivés sur son écran ou à échanger par ce moyen, non seulement on prête une moindre attention aux autres, mais encore on a moins d’opportunités d’entrer en interaction, pour ne pas dire en résonance, avec eux. Il me semble qu’avant le smartphone, un échange même furtif de regards pouvait entraîner un sourire ou un bonjour. Mais peut-être enjolivé-je le passé…

Assya Van Gysel : Ce que vous dites-là me fait penser à un dessinateur qui croque par des caricatures des comportements de la vie quotidienne, à l’heure du mobile. Loin de moi de critiquer ce dernier, pas plus d’ailleurs que le numérique. Indéniablement, l’un comme l’autre offrent des moyens de communication extraordinaires quand on y pense. Mais le risque existe d’en devenir esclave. Il faut donc veiller à ce qu’ils ne deviennent pas les maîtres de nos existences.

Christian Van Gysel qui suit l’entretien penché sur son ordinateur lève le nez pour intervenir : Avant le mobile, bien d’autres choses pouvaient isoler les individus dans l’espace public : il y a vingt ans, c’était le walkman ; auparavant, c’était le journal ou le livre, dans lequel on se plongeait, dans le bus ou le métro, sans faire attention à ses voisins.

Assya Van Gysel : Le mobile est quand même plus intrusif !

Christian Van Gysel : soit. Toujours est-il que le manque d’attention aux autres ne date pas d’hier. Qui n’a pas été occupé à faire autre chose qu’à échanger avec son voisin ? Aujourd’hui, à défaut de lire le journal ou un livre, on regarde des vidéos sur son smartphone. Pas plus mais pas moins qu’hier, on ne cherche à entrer en interaction (en résonance ?) avec autrui.

- Objection reçue, même si le mobile apparaît effectivement plus intrusif. Venons-en au panel des intervenants à la prochaine édition de TEDx Saclay. Si vous deviez le caractériser ?

Assya Van Gysel : Sa première caractéristique, c’est sa grande diversité. Quelque chose à laquelle je suis très attachée. Naturellement, il importe qu’il y ait des scientifiques, mais pas que. En 2017, je trouvais bien d’avoir donné la parole à des personnes aux parcours aussi différents que Lê Nguyên Hoang, un diplômé de Polytechnique, docteur en mathématiques, et Sylvie Mombo, une conteuse. Cette diversité a moins été évidente l’an passé. Probablement que le thème même- le « Data bang » – avait attiré davantage d’experts des données numériques, quand bien même, dans mon esprit, l’enjeu était la révolution numérique et qu’à ce titre, des artistes y avaient a priori aussi toute leur place. Cette année, le panel se composera de douze personnes (contre dix l’an passé) : trois femmes et neuf hommes…

- Mais, Assya, comment avez-vous pu accepter ce manque de parité ?

Assya Van Gysel : L’an passé, il n’y eut qu’une femme ! Et puis je suis là, cela fait quatre ! (Rire). Hommes ou femmes, le parcours des intervenants de cette année est très différent, entre William Watkins, Ingénieur de recherche en nanotechnologie, à la découverte des résonances du monde nano ; Karim Duval, un ancien Centralien, devenu un humoriste très en vogue ; Estelle Lovi, une entrepreneuse également écrivaine, artiste ; Barthélémy Bourdon Barón Muñoz*, un psychologue social spécialisé dans les comportements de santé, par ailleurs startupper (il est CEO et Co-fondateur de Hajime AI) ; Mohammed Moudjou, ingénieur de recherche à l’Inra, qui fait dialoguer biologie et… musique ; Yann Brys, Chef Pâtissier, Meilleur Ouvrier de France ; Sofia Azzouz Ben-Mansour, Conservatrice du Patrimoine et historienne de l’art ; Samer Koudjuk, étudiant entrepreneur ; Sébastien Bigo, Directeur de Groupe de Recherche au Nokia Bell Labs, qui innove autour de la lumière ; Phil Waknell, cofondateur d’Ideas on Stage, qui a vocation à faire résonner les idées ; enfin, Elizabeth Theophille, Chief Technology & Digital Officer chez Novartis, qui encourage les gens à se préoccuper du pourquoi de leurs choix. Voilà, je pense n’avoir oublié personne !

- Bravo !

Assya Van Gysel : Par delà leurs spécificités, tous s’attachent à leur façon à jeter des ponts entre des univers disciplinaires, scientifiques et/ou artistiques ; à porter leur attention sur l’individu, dans son rapport à son environnement, que ce soit au plan du comportement ou des idées. Certes, d’autres profils auraient pu être retenus. Mais ce n’est pas faute d’avoir cherché. Un bénévole avait suggéré d’inviter un fabriquant de cloches. Malheureusement, nous n’en avons pas trouvé de disponible.
Cela étant dit, nous n’avons rencontré aucune difficulté à obtenir que les intervenants comme d’ailleurs les candidats entrent dans le thème. Les vingt qui s’étaient présentés à la pré-sélection étaient tous dans le sujet. Preuve que le choix de la notion respectait bien le cahier des charges, qui stipule notamment que le thème soit suffisamment large, générique, pour permettre de réunir des intervenants d’horizons variés.

- Avez-vous introduit des nouveautés cette année ?

Assya Van Gysel : Oui, nous avons ajouté une 5e catégorie, « artiste » (pour mémoire, les autres catégories sont chercheurs/doctorants, entrepreneurs, étudiants et passionnés). Histoire de rappeler que pour être techno et scientifique, le cluster de Paris-Saclay n’en doit pas moins faire toute leur place aux artistes. Nous programmons par ailleurs deux intermèdes artistiques – dont un musical. Cela me paraissait naturel dès lors que l’édition 2019 se déroulera dans un opéra, celui de Massy.

- Comment s’est fait le choix de ce dernier ? Est-ce le fruit d’un concours de circonstances ?

Assya Van Gysel : Naturellement, un opéra était un lieu approprié pour traiter de résonance, mais le choix de celui de Massy est effectivement le fruit d’un concours de circonstances. Comme vous le savez, chaque année, nous changeons de lieu, de façon à faire découvrir le territoire de Paris-Saclay dans sa diversité. Reste que les lieux pouvant accueillir un millier de personnes ne sont pas légion sur le territoire. L’opéra nous a été suggéré par le maire de Massy. L’idée m’a d’autant plus séduite que j’ai aussitôt fait le lien avec la résonance.

- Voire diapason… ?

Assya Van Gysel : Non, non, je dis bien résonance. Car il me semble que c’est bien plus qu’une histoire de diapason. Dans la résonance, il y a du mouvement en plus – on y revient. En tout cas, le lien m’apparaît avec plus d’évidence au moment où je vous parle. C’est une nouvelle illustration de la vertu d’un entretien, d’une conversation : cela fait émerger des idées qu’on avait peut-être en soi, mais qu’on n’avait pas trouvé le moyen d’énoncer clairement, jusqu’alors.

- Comment la direction de l’Opéra de Massy a-t-elle réagi à l’idée d’accueillir le TEDx Saclay ?

Assya van Gysel : Très favorablement. Son Directeur Général, Philippe Bellot, nous a très bien accueillis, Christian et moi. Les choses se sont décidées très vite. Il se trouve que nous connaissions la salle pour avoir assisté aux spectacles auxquels nos filles participaient dans le cadre de leurs activités musicales et de chants au Conservatoire d’Orsay. A la différence de bien des opéras, celui-ci est implanté en plein milieu de grands ensembles. Il n’en est pas moins desservi par le RER, ce qui ménage la possibilité d’attirer un public parisien. Au-delà de l’Opéra, c’est aussi la ville qui nous a séduits : c’est une ville jeune, en pleine transformation. Les jeunes qui n’ont pas les moyens de s’installer à Paris trouvent ici des logements bon marché. J’y sens beaucoup d’énergie. Plus rien à voir avec la ville que j’ai connue il y a quelques années. Elle va prochainement accueillir des œuvres du Centre Pompidou, ce qui va ajouter à son attractivité au plan culturel. Si TEDx Saclay pouvait apporter sa pierre à cette dynamique, contribuer à y planter de nouvelles graines, j’en serais heureuse !

- Concluons cet entretien en nous projetant au-delà de la prochaine édition de TEDx Saclay, avec ce TEDx « jeunes » que vous comptez mettre en place…

Assya Van Gysel : Il se tiendra en avril 2020. L’idée est de donner la parole à des jeunes de 12 à 20 ans. Deux réunions ont d’ores et déjà été organisées avec plusieurs d’entre eux. Le choix du thème leur reviendra, de même que l’organisation. Avec quelques membres de notre équipe, Christian et moi, nous nous bornerons pour notre part à en être les mentors. Au cours de cette année 2020, TEDx Saclay donnera ainsi pas moins de trois RDV entre cette déclinaison pour les jeunes, en avril, la sélection de juin, et le rendez-vous de fin novembre.

- Vous rendez-vous compte que nous avons réalisé cet entretien sans que vous ayez utilisé le mot de synchronicité… ?

Assya Van Gysel : (Rire). En réalité, elle est bien présente dans la notion même de résonance !

* Pour en savoir plus, voir l’entretien qu’il nous avait accordé à l’occasion de l’édition 2019 de Spring Paris-Saclay – pour y accéder, cliquer ici.

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