Quand un collégien interroge d’éminents chercheurs. Rencontre avec Aaron Genovesio

AaronPaysage
On peut être haut comme trois pommes, collégien, et suivre avec attention des conférences scientifiques de haut vol données par d’éminents chercheurs. Et même avoir l’audace d’intervenir en public pour leur poser des questions. Démonstration avec Aaron Genovesio qui a assisté aux conférences données par des chercheurs du Plateau de Saclay, ce dimanche 30 novembre, dans le cadre des journées de lancement de l’exposition « Paris-Saclay, le futur en chantier(s) ». Nous voulions en savoir plus sur ce jeune spectateur. Il a accepté de répondre à nos questions.

Dans le cadre des journées de lancement de l’exposition « Paris-Saclay, le futur en chantier(s) » qui se tient jusqu’au 20 décembre prochain à la Maison de l’architecture en Ile-de-France (pour en savoir plus, cliquer ici), trois conférences étaient programmées ce dimanche 30 novembre, avec des chercheurs du Plateau de Saclay, et non des moindres : Julien Bobroff (que nous avons eu l’occasion d’interviewer ; pour accéder à l’entretien, cliquer ici), professeur à l’Université Paris-Sud et chercheur au Laboratoire de Physique des Solides, qui s’impose, avec ses talents de « popularisateur » de la science (il a reçu en 2011 le prix Jean Perrin de popularisation scientifique) comme le « magicien » de la physique quantique ; Valérie Masson-Delmotte : paléoclimatologue, responsable de l’équipe Glaccios (Glaces et continents, Climat et isotopes stables) au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement), qui s’est livrée, elle, à une magistrale synthèse de l’état des recherches en matière de réchauffement climatique à la lumière des travaux du Giec dont elle est une membre très active ; enfin, Stanislas Dehaene (que nous avons également eu l’occasion d’interviewer ; pour accéder à l’entretien, cliquer ici) : professeur au Collège de France, directeur de l’unité de Neuroimagerie Cognitive installée dans le centre Neurospin de Paris-Saclay, c’est l’un des spécialistes mondiaux du cerveau, qui a, lui, fait un état des savoirs sur « Le code de la conscience » (objet de son dernier livre, publié aux éditions Odile Jacob).

Passionnants, ces conférenciers l’étaient d’autant plus que, par delà la spécificité de leurs champs de recherche, chacun questionnait à sa manière nos facultés à appréhender la réalité dans toutes ses dimensions en montrant comment la démarche scientifique parvenait à surmonter leurs limites en inventant des artefacts des plus sophistiqués pour voir ce qu’à l’œil nu ou même au moyen d’un microscope ou un télescope, l’homme ne peut percevoir.

Des questions à Valérie Masson-Delmotte…

Mais revenons à notre autre rencontre du jour… Avant même que Valérie Masson-Delmotte ne termine son exposé, un bras se lève au premier rang. C’est celui du benjamin de l’auditoire réuni ce jour-là (hormis une toute jeune fille installée dans son transat). « Madame, on voit sur la courbe, là, à la fin, que ça remonte aujourd’hui, mais comme avant, depuis des millénaires, et qu’à chaque fois, ça redescend. Alors, est-ce que là aussi ça va redescendre ? Pourquoi ça ne serait pas pareil ? » Surpris par cette intervention, on a eu à peine le temps de comprendre l’objet de la question. L’intervenante si, qui prend soin d’y répondre avec attention.

Mais qui est donc ce jeune homme haut comme trois pommes qui a ainsi l’audace d’interpeller un chercheur de renom ? Nous avons voulu en savoir plus, en profitant de la pause pour demander s’il accepterait de répondre à nos questions pour le site Média Paris Saclay. Accord donné, y compris de la mère installée à ses côtés (par chance, elle connaît ledit média).

Dénommé Aaron Genovesio, c’est un collégien de 10 ans (il est en 5e…). Est-il venu par intérêt pour les enjeux climatiques ? Non, en réalité, c’est la conférence sur le cerveau à laquelle il voulait assister, conférence annoncée plus tôt dans le programme, mais qui a dû être décalée en réponse à des contingences. Il n’en a pas moins été intéressé par les propos de Valérie Masson-Delmotte. Qu’en a-t-il retenu ? « Que la terre peut absorber du CO2 encore quelques années, mais qu’il faut réagir dès maintenant.» Le même : « Et puis on comprend bien que ce sont les activités humaines qui sont responsables du surplus de gaz à effet de serre, à l’origine du réchauffement climatique. Par le passé, il y a déjà eu des phases de réchauffement, mais elles étaient naturelles. » Cette situation l’inquiète-t-il ou est-il confiant dans la possibilité de trouver des solutions ? « Des solutions, je sais qu’il y en a, mais ce que j’ai compris aussi, c’est qu’il ne faut plus tarder pour les mettre en œuvre. On ne peut plus dire : “ On va essayer ”. Maintenant, il faut vraiment y aller. Beaucoup trop de personnes se disent : “ Pour le moment, tout va bien, je peux encore profiter de mon confort ”. Elles ne pensent pas aux générations suivantes, qui, elles, ne pourront pas vivre avec un minimum de confort, si, aujourd’hui, on ne fait rien. »

… et à Stanislas Dehaene

Et le cerveau ? Pourquoi s’y intéresse-t-il ? Cela correspond-il à un domaine où il aimerait étudier ou travailler plus tard ? «  Non, pas forcément. Je veux juste mieux comprendre le cerveau, car cela aide à mieux connaître son corps, savoir comment il fonctionne, le pourquoi de nos émotions. » Aaron s’est manifestement intéressé de longue date au sujet et aux retombées des connaissances sur le cerveau dans le domaine de la robotique. « Peut-être qu’un jour on pourra rendre les robots plus humains, mais avant d’y parvenir, il faut d’abord qu’on en sache plus sur le fonctionnement de notre cerveau. »

Du cerveau à Paris-Saclay, il n’y a qu’un pas, à la vue de la fresque disposée sur un des côtés de l’ancienne chapelle où se déroulent les conférences (la fresque mettant en évidence nombre des composantes du plateau comme autant de neurones voire de synapses d’un cluster en cours de gestation). A-t-il suivi l’actualité de ce projet ? Avec la même franchise, il admet que non. « J’habite Paris ! » On l’excuse bien évidemment. « En voyant la reconstitution d’une planisphère, je pensais que le reste représentait plusieurs lieux à travers le monde. » De lui-même, il a cependant fini par comprendre qu’il s’agit des composantes d’un même site. Parmi ces composantes, des centres de recherche dont celui de l’intervenant suivant, Jean-Luc Dehaene, qui s’apprête à intervenir.

Bis repetita placent : sans attendre la fin de cette conférence qui captive l’auditoire (Stanislas Dehaene se révèle à son tour le « magicien » de la conscience !), notre Aaron lève le bras. Le professeur au Collège n’en est guère offusqué, au contraire, plutôt agréablement surpris. Dans le public, la surprise se lit aussi sur les visages. La question : « En combien de temps une information parvient-elle jusqu’à notre cerveau ? » Réponse du professeur au Collège de France : « Très bonne question » dit-il. Mais encore ? « Il faut un tiers de seconde. Ce qui signifie que notre cerveau est toujours un peu en retard. Le phénomène s’est déjà produit quand il arrive à notre conscience. » Un décalage dans le temps qui n’est pas un mal en soi. « C’est précisément cette lenteur qui nous permet de réagir avec réflexion.»

Une réponse qui appellera une autre question de notre benjamin. En substance s’interroge-t-il, est-ce que le temps de réaction est aussi long que notre temps de réception ? Réponse : « Non, et c’est préférable. Car si nous devions réfléchir à chaque geste que nous devions faire, nous ne nous en sortirions jamais. » L’explication devait amorcer un débat avec le reste de la salle, notamment sur la capacité de notre cerveau à anticiper des actions, en se remémorant des gestes déjà accomplis par le passé. Stanislas Dehaene confirme : effectivement, notre cerveau a la faculté d’anticiper. « Sans quoi nous passerions notre temps à courir après le présent. »

Des questions, Aaron aurait manifestement voulu en poser bien d’autres, à en juger par le nombre de fois où son bras a manqué de peu de se lever. Mais notre chercheur en herbe sait aussi être attentif aux questions des autres. Qui a dit que le discours d’un scientifique n’était pas à même d’être compris d’un enfant, sauf à être vulgarisé ? Voilà qui apporte de l’eau au moulin de Julien Bobroff qui a engagé une réflexion sur la manière de renouveler les modalités de la vulgarisation de la physique en général, et quantique en particulier, auprès du grand public, de 77 à 7 ans…

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