Quand les X prennent le DD à bras le corps. Entretien avec Victor François

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Suite de nos échos à Réflexions, le colloque scientifique international sur le développement durable organisé le 7 juin dernier par l’École polytechnique, à l’occasion de son 225e anniversaire, à travers le témoigne du président de l’association DDX.

- Si vous deviez pitcher « Développement Durable à l’X » ?

DDX – on dit Binet DDX dans le jargon des polytechniciens – est une des associations du bureau des élèves (la Kès). Elle a été créée il y a près de trois ans. J’en représente la 3e promotion. Jusqu’alors la mobilisation des élèves de Polytechnique en faveur du développement durable se limitait pour l’essentiel à la Semaine qui lui est dédiée, tous les ans, à la fin septembre. Ils organisaient des conférences, des ateliers et des actions de sensibilisation, le tout se concluant dans un grand repas festif. Il y a trois ans, donc, des élèves ont considéré qu’il était dommage de ne pas œuvrer durant toute l’année en faveur du développement durable. Après tout, cela touche à des enjeux qui nous concernent au quotidien. Nous autres élèves de Polytechnique avons la chance de vivre ensemble sur un campus. Autant en profiter pour réfléchir collectivement, échanger sur nos visions du monde. Nous organisons donc pour cela des conférences, des groupes de réflexion ; nous publions aussi des articles, etc.

- A quoi correspond ce besoin d’échanger ? Signifie-t-il qu’il faut encore convaincre de jeunes élèves ingénieurs aux vertus du développement durable et ce qu’il implique en terme d’interdisciplinarité ? Est-ce d’ailleurs cela qui fait débat entre vous ?

Non, heureusement, nous n’en sommes plus là. Pour être des ingénieurs en formation, nous n’en sommes pas moins ouverts à toutes les sciences. Polytechnique nous y incite d’ailleurs avec au plan pédagogique une ouverture sur les humanités et les sciences humaines et sociales. Disons que nous nous efforçons d’échanger sur des préoccupations concrètes, de prendre part aux débats autour du développement durable et de ses enjeux.

- Un mot sur le cycle de conférences que vous proposez et dont vos deux camarades intervenus en introduction de la journée ont indiqué qu’elles rencontraient un succès qui pouvait dépasser celui de cours officiels…

C’est en effet le cas. Certaines attirent jusqu’à 300 élèves.

- Ce n’est pas très politically correct que de dire cela… Persistez-vous ?

(Rire) Oui, bien sûr. Et dire cela n’est pas gratuit. Pour les besoins de ces conférences, appelées « Ingénieur de demain », nous faisons venir des experts reconnus. Bien plus, des orateurs sachant capter l’attention de l’auditoire. De là la réputation que nos conférences ont acquise, certaines d’entre elles drainant plus de monde que des cours officiels. Sans compter toute l’énergie que nous y mettons et qui incite nos camarades à venir y assister. Ils doivent se dire que si nous nous investissons autant, c’est que cela en mérite la peine…

- Quels sont vos rapports avec les élèves des autres établissements d’enseignement supérieur situés dans les environs immédiats…

Le campus de Polytechnique étant suffisamment grand et encore perdu au milieu de nulle part, le risque serait de ne se parler qu’entre polytechniciens… En réalité, cela se passe très bien. Nous échangeons avec des élèves d’autres écoles, qu’elles relèvent de l’Institut Polytechnique de Paris ou de l’Université Paris-Saclay – je pense en particulier à CentraleSupélec, à l’ENSTA ParisTech ou encore à l’ENSAE. DDX est en relation avec leurs associations, qui œuvrent comme nous en faveur du développement durable. Nous partageons nos informations, nous les invitons à nos événements et elles nous invitent aux leurs.

- Qu’est-ce qui vous a personnellement incité à vous investir dans cette association au point de la présider ?

C’était le moment où jamais. Il faut savoir que sur les quatre années du cursus d’un polytechnicien, il n’y en a en réalité qu’une seule au cours de laquelle il peut réellement s’investir dans la vie associative de l’école. Durant les six premiers mois, on en est plutôt à chercher ses repères mais aussi, reconnaissons-le, à profiter d’un peu de répit après les années passées en classes prépa, et de la vie sur le campus. Durant les six derniers mois, on prépare son départ. Avant ces deux périodes, nous sommes en stage de formation humaine et militaire et après la promotion se quitte pour la dernière année du cursus dans d’autres écoles partout en France et dans le monde. Tant et si bien que nous ne disposons que d’une année pour un engagement plein et entier dans la vie associative. Nous y sommes justement en plein pour ce qui me concerne !

- Que faites-vous pour faire évoluer le campus dans le sens d’un développement durable ?

Parmi nos réalisations les plus concrètes, il y a un Jardin Agricole et Botanique, le JAB, créé par les promotions 2016 et 2017 – il s’agit d’un lopin de terre qui nous a été réservé et sur lequel on a construit une grande terrasse en bois avec autour de quoi cultiver des fruits et des légumes. On y a ajouté au début du printemps un poulailler avec huit poules – leurs œufs sont vendus à l’épicerie solidaire présente sur le campus, et qui travaille avec des fermes locales pour approvisionner les étudiants en produits de qualité. Nous avons l’ambition de travailler avec d’autres acteurs du milieu associatif. Récemment, nous nous sommes rapprochés de Terre et Cité…

- Un mot sur le Manifeste étudiant pour un  réveil écologique* auquel ont pris part de nombreux Polytechniciens…

J’allais y venir… L’initiative en revient à mon prédécesseur, Corentin Bisot et à quelques autres étudiants engagés dans d’autres grandes écoles. Elle a été portée par plus de 600 élèves de l’école aux côtés d’élèves de Sciences Po, d’HEC, d’AgroParisTech, etc. Au total, ce ne sont pas moins de 30 000 étudiants qui l’ont signé. Ce manifeste exprime notre refus de travailler pour de grandes entreprises qui n’assumeraient pas leur responsabilité écologique et n’œuvreraient pas à la préservation de conditions environnementales permettant la vie sur Terre.
Certes, il s’agit en grande partie d’élèves de grandes écoles. Mais la volonté était de provoquer une prise de conscience chez les dirigeants de grandes entreprises, mais aussi de responsables de ces écoles du fait que, nous autres élèves, avons beau être promis à un bel avenir au plan professionnel, nous ne nous sentons pas moins concernés par les problématiques du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité.

- Avez-vous le sentiment d’être entendus par la direction de votre propre école ?

Oui, absolument. Nous avons pris une part active au projet Rénov X, qui a pour objectif de penser la rénovation du bâtiment principal de l’école, de façon à en réduire les émissions de C02 . Les annonces faites à ce sujet par le président, M. Labaye, dans son discours d’introduction de la journée, sont le fruit de longues discussions que notre association a menées aux côtés du bureau des élèves et des laboratoires de recherche. L’administration nous a pleinement reconnus comme une partie prenante. Autres preuves de notre reconnaissance, cette invitation à participer à cette journée au travers d’un stand, mais également la réalisation de la vidéo de promotion de l’événement et le  discours que deux de nos membres ont pu prononcer en début de colloque. Indépendamment de cela, je trouve bien que l’X donne à voir, au cours d’une journée comme celle-ci, ce qu’elle fait en interne comme à l’extérieur.

- Combien de membres compte DDX ?

L’association a débuté avec deux personnes. L’année dernière, elle comptait jusqu’à une dizaine de membres. Aujourd’hui, nous en sommes à une trentaine.

- Le développement durable est une vieille notion à laquelle je me suis personnellement intéressé il y a plus de 20 ans – mon premier article sur le sujet remonte à 1997 – vous n’étiez donc pas né…

Si si, je venais tout juste de naître !

- Quoiqu’il en soit, je suis épaté de voir que des jeunes comme vous continuent à croire en une notion vieille de plus de 20 ans…

Depuis tout petit, j’entends parler du développement durable. Si problème il y a, il ne tient pas à la notion en elle-même, mais au fait que tout le monde en parle sans toujours passer aux actes. Le développement actuel n’est clairement pas durable. Trop souvent, on s’en tient à une dimension, l’économique en l’occurrence, et à des gestes symboliques comme pour avoir la conscience tranquille – je pense à ces entreprises qui s’en tiennent à leur rapport RSE. Mon engagement en faveur de ce développement durable est donc né de ce constat mais aussi de ma volonté de ne pas m’en tenir à cela, d’agir pour changer les comportements et les mentalités. Au prétexte qu’il concernerait toutes les dimensions (sociale, économique, environnementale), on considère que le développement durable, c’est compliqué sinon complexe. En réalité, c’est juste une question de bon sens. Répondre aux besoins des générations présentes sans hypothéquer les chances de survie des générations futures : comment être contre cela ?

A lire aussi le compte rendu que nous avons fait de « Réflexions. Chercher, former et agir pour le développement durable », le colloque scientifique international organisé par l’École polytechnique, le 7 juin 2019 (pour y accéder, cliquer ici).

Crédit photo : École polytechnique – J. Barande.

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