Quand l’Entreprise Adaptée se sent pousser des ailes. Rencontre avec Yves de La Porte

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Aider à la (ré)insertion de personnes en situation de handicap, telle est la vocation de Cidad’Ailes, une Entreprise Adaptée, qui s’emploie à prendre son propre envol dans l’écosystème de Paris-Saclay. Son directeur-fondateur nous dit comment, non sans manifester une ténacité à presque toute épreuve.

- Si vous deviez pitcher Citad’Ailes ?

Citad’Ailes est une Entreprise Adaptée, autrement dit une entreprise qui permet à des travailleurs handicapés d’exercer une activité professionnelle salariée dans des conditions adaptées à leurs besoins. Son cœur de métier est la numérisation de documents – nous disposons pour cela de scanners à haute vitesse, qui permettent d’avaler des km de linéaires de documents et de les traduire en format numérique. Un processus qui repose sur un important travail préalable de préparation des documents consistant à les trier par catégories (documents officiels, documents personnels, post-it…), à repérer les éventuels doublons, sans oublier la suppression des moindres agrafes et trombones. Ce qui suppose une attention particulière en même temps qu’une compréhension du métier de l’entreprise qui nous les confie, pour juger de la pertinence des documents. Ce n’est pas tout : après ce traitement en amont et le scannage, il y a un traitement en aval, consistant à nommer les documents et à les indexer, de façon à ce qu’on puisse les retrouver facilement. Car rien ne sert de numériser un document si, ensuite, on n’est pas en mesure de le retrouver.

Citadaille20181214_171904- Un travail que vous assumez de bout en bout ?

Cela dépend de la volumétrie des documents à traiter. Quand elle reste modeste, nous prenons le travail directement en charge. Sinon, nous recourons à de grands faiseurs (c’est le cas, par exemple, pour traiter le courrier que pourrait nous confier une banque). Mais l’activité de Citad’Ailes ne se limite pas à cela. Elle propose d’autres prestations comme répondre aux besoins d’une entreprise en quête de personnel (d’un/une assistant-e, d’un/une cadre en RH,…), le temps d’un remplacement pour cause de congé de maternité ou de paternité, par exemple (je ne parle pas pour autant de mise à disposition car cela renverrait à un autre type de contrat). Dans ce cas, nous nous chargeons de recruter la ou les personnes, en faisant cependant bien plus que le travail d’une agence d’intérim. Notre vocation est davantage de jeter une passerelle entre le secteur adapté protégé dont nous relevons, et le secteur ordinaire dont nous relevons aussi.

- En n’hésitant donc pas à couvrir des champs d’activité très divers…

En effet, et cela reflète une évolution récente. Les premières Entreprises Adaptées intervenaient dans des domaines spécifiques : les VRD (voiries et réseaux-divers), les espaces verts, l’ensachage… Elles réalisaient une prestation pour le compte essentiellement de collectivités et d’entreprises du secteur. Depuis maintenant au moins cinq ans, le spectre des activités tend à s’élargir pour répondre aux besoins de bien d’autres entreprises. Des Entreprises Adaptées investissent ainsi de nouveaux domaines qu’on n’associait pas spontanément au monde du handicap : la communication, la vidéo, la traduction, l’informatique… Une tendance qui doit autant aux Entreprises Adaptées, qui n’hésitent plus à se diversifier, qu’aux entreprises clientes, qui sont de plus en plus nombreuses à faire appel à elles, pour des prestations variées. Les personnes que nous recrutons sont toutes en situation de handicap, titulaires d’une carte dite RQTH (pour Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé). Beaucoup n’en ont pas moins des niveaux de formation élevés.

- Qu’entendez-vous au juste par handicap ?

Tout type de handicap, étant entendu que, dans 90% des cas, une personne handicapée l’est après avoir été victime d’un accident de la vie. Les handicapés de naissance ne représentent qu’une faible proportion. Eux-mêmes peuvent au demeurant prétendre à un emploi. Cela étant dit, une Entreprise Adaptée s’adresse à des personnes relativement moins abimées par la vie qu’un Etablissement et service d’aide par le travail (ESAT). Tandis que celui-ci dépend du ministère de la Santé, l’Entreprise Adaptée relève du ministère du Travail. Elle est soumise à la même réglementation que des entreprises ordinaires, la seule différence résidant dans l’accueil de personnes handicapées en nombre beaucoup plus élevé et en capacité d’exercer une activité professionnelle moyennant un minimum d’adaptation des conditions de travail.

- Comment faites-vous concrètement pour procéder aux recrutements dont vous avez besoin ?

Nous avons la chance, en France, de pouvoir nous appuyer sur des services publics bien organisés, sachant accompagner efficacement les travailleurs handicapés en quête d’un emploi. Naturellement, je pense à Pôle emploi. Mais il existe aussi une structure dédiée, Cap emploi, particulièrement efficace. Présentes dans chaque département, ses antennes sont animées par des personnes dynamiques et impliquées. J’échange régulièrement avec elles.

- Quand avez-vous investi ce champ de l’Entreprise Adaptée ?

J’ai conçu l’idée de Citad’Ailes en 2013 et l’ai créée en octobre 2015, mais l’entreprise n’a reçu un agrément de la Direccte que l’année suivante, en octobre 2016…

- Comment expliquer un tel laps de temps ?

La Dirrecte ne lance ses appels à candidature pour un agrément que tous les deux ans…

- Pourquoi seulement tous les deux ans ?

(Il réfléchit). Rappelons qu’un agrément représente un coût pour l’Etat et en particulier le ministère du Travail dont relève la Dirrecte, dans la mesure où il se traduit par l’allocation de subventions sous formes d’aides à la création de postes de travail. Cela étant dit, on peut discuter de ce qu’il faut entendre par « coût ». Globalement, faire travailler une personne en situation de handicap revient moins chère à la collectivité que lui verser une allocation d’assurance chômage. Cela a été clairement démontré par diverses études. Or, le taux de chômage de la population en situation de handicap est nettement plus élevé que celui de l’ensemble de la population active (de l’ordre de 22%). Qu’elle soit jeune ou senior, une personne en situation de handicap a deux fois plus de chance d’être au chômage qu’une personne non handicapée. La probabilité est encore plus forte si elle est jeune ou senior. C’est dire le potentiel d’économie que les Entreprises Adaptées permettraient de faire est élevé. Toujours est-il que les agréments sont accordés avec parcimonie. Ce qui peut se concevoir compte tenu de précédents malheureux : des Entreprises Adaptées ont pu manquer de rigueur dans la gestion des aides publiques… Il nous faut donc faire nos preuves et, après tout, l’Etat est en droit d’exiger un accompagnement aussi professionnel que possible compte tenu de l’enjeu qu’il représente pour les bénéficiaires.

- Comment êtes-vous parvenu à obtenir l’agrément ?

J’ose espérer que cela tient au sérieux inspiré par notre projet. Cela étant dit, j’ai pu mesurer à quel point le travail de conviction auprès des pouvoirs publics est important. Pour le dire autrement, il faut prendre le temps de rencontrer les gens, de se faire connaître. Il y a une dimension relationnelle, réseau, à ne pas négliger. Pour accélérer la procédure, je n’ai pas hésité à remonter jusqu’au niveau ministériel : j’ai sollicité pas moins de deux ministres différents… Du lobbying, en somme !

- Plus d’une personne aurait été découragée à l’idée de devoir attendre au moins deux ans. Qu’est-ce qui vous a rendu aussi tenace ?

C’est vrai que de la ténacité, il en a fallu. Au début de nos échanges, mes interlocuteurs de la Direccte m’avaient dissuadé en toute bonne foi, de m’installer en Île-de-France, considérant que le marché y était saturé. Ils m’ont encouragé à m’installer plutôt en province, en pensant que ce serait plus facile pour moi. N’ayant pas de raison de remettre en cause leur expertise, je me suis rendu à Chartres, pour évaluer les besoins. Le département de l’Eure-et-Loir m’avait ouvert grand les portes, en se disant prêt à m’agréer dans les plus brefs délais.

- Qu’est-ce qui vous a décidé à rester dans l’écosystème de Paris-Saclay ?

Nous étions en 2014-15. J’habitais déjà dans le Nord-Ouest de l’Essonne, le secteur directement concerné par le projet de Paris-Saclay, dont on percevait déjà les effets sur le dynamisme économique du territoire. Il ne faisait aucun doute pour moi qu’une installation à Chartres ne m’offrirait pas un environnement économique aussi favorable. Certes, j’y aurais été agréé plus tôt, mais à quoi cela m’aurait-il servi si les opportunités étaient moindres ? Dès lors, j’ai préféré tenter ma chance à Paris-Saclay, tout proche d’autres gros pôles d’activité – je pense au secteur de Vélizy et à la plateforme aéroportuaire d’Orly. Bref, être ici, c’était le gage de se retrouver au cœur d’une dynamique économique particulièrement puissante et attractive. Certes, je ne m’étais pas engagé dans la voie la plus facile, mais au moins l’environnement y était-il plus porteur. Dès 2015, ma persévérance était récompensée : cette année-là, Citad’Ailes était lauréate du Prix de l’innovation sociale en Essonne.

- L’entretien se déroule dans vos bureaux de la pépinière WIPSE de Palaiseau… Comment s’est fait le choix de cette localisation ?

Avant d’intégrer WIPSE, j’ai commencé, comme souvent, quand on crée sa petite entreprise, à travailler depuis chez moi, ne serait-ce que pour réduire le poids des frais fixes. Je me suis installé ici, en septembre 2018, et j’en suis très heureux. Les locaux sont fonctionnels en plus d’être au cœur d’un parc d’activités. Le bail est souple : en cas de besoin, je peux rapidement disposer de cellules de travail supplémentaires. Un avantage indéniable.

- Autre avantage de cette pépinière : elle participe à un réseau qui en compte trois autres au sein de la Communauté Paris-Saclay…

C’est vrai, même si, à mon sens, l’effet réseau devrait être davantage valorisé. Il me faut encore prendre ni plus ni moins mon bâton de pèlerin et aller moi-même à la rencontre des contacts qui pourraient m’être utiles.

- Et l’écosystème de Paris-Saclay, vous donne-t-il satisfaction ?

Il est clair que cet écosystème continue à monter en puissance. Après, un entrepreneur ne peut s’empêcher de faire preuve d’un excès d’optimisme. Il a envie de grandir vite et pense pouvoir le faire. Alors, forcément, tout ou presque lui paraît parfois aller trop lentement !

- En quoi le fait que l’écosystème ait une forte composante entrepreneuriale dans le numérique constitue un atout pour vous, dont le cœur de métier s’inscrit dans ce domaine ?

En théorie, cette dominante numérique ne peut que nous être favorable. Reconnaissons cependant qu’en pratique, cela ne se traduit pas encore par autant d’opportunités que nous le souhaitions. Cela étant dit, nous sommes engagés dans un mouvement profond de digitalisation de la société, des entreprises aussi bien que des établissements publics et des collectivités locales. Ce qui se traduit notamment par un fort besoin de numérisation de documents et ce, dans de très nombreux secteurs d’activités. Certes, le secteur est concurrentiel, mais nous avons une carte à jouer : cette combinaison d’une expertise dans la numérisation et de l’insertion de personnes en situation de handicap.

- Où en êtes-vous en termes de croissance ?

La croissance est bien au rendez-vous. Entre 2017 et 2018, le chiffre d’affaires a crû de 80% pour atteindre quelque 400 000 euros. Parmi nos clients, nous comptons : Docaposte, mon ancien employeur, filiale de La Poste, ainsi que de grands faiseurs, comme Archiveco, ou Xerox, qui nous sollicitent pour réaliser des prestations pour le compte de ses clients, qui demandent à ce qu’elles soient réalisées avec tant de % de travailleurs handicapés. Nous nous engageons à trouver les personnes, qui, ensuite, seront affectées chez eux.

- Le contexte est-il favorable au développement d’entreprises comme la vôtre ?

Oui. Au 1er janvier de cette année, une nouvelle réglementation est entrée en vigueur, qui vise à remettre au travail le maximum de personnes en situation de handicap. 40 000 places supplémentaires seront créées d’ici 2022. Dans ce contexte, les Entreprises Adaptées sont l’objet d’une forte sollicitation des entreprises ordinaires. Cela étant dit, si la demande est forte, elle ne vient pas directement à nous ! Il nous vous faut aller à sa rencontre, se faire connaître petit à petit, faire du réseau, du démarchage commercial… Bref, le lot de tout chef de TPE-PME…

- Combien de personnes en situation de handicap ont-elles bénéficié de l’accompagnement de Citad’Ailes ?

Depuis sa création, une vingtaine de personnes, sachant que parmi elles, au moins cinq ont fini par être recrutées par nos clients – ce qui n’est pas si fréquent que cela. Nous avons ainsi eu la confirmation de notre utilité, du rôle de passerelle que nous pouvons jouer entre le monde du handicap et celui de l’entreprise. L’objectif est de nous diversifier et de répondre à d’autres demandes. Après notre premier agrément, nous en avons obtenu un second, deux ans tard, en octobre 2018, qui nous permet de proposer des CDD Tremplin, lesquels visent à garantir une expérience professionnelle à des personnes éloignées du marché de l’emploi. Je suis actuellement en train d’en recruter une qui n’a pas travaillé depuis cinq ans. Nous ne comptons pas nous arrêter-là. Déjà, nous envisageons d’obtenir un 3e agrément, celui d’Entreprise Adaptée de travail temporaire. Il s’agit ni plus ni moins d’une entreprise de Travail Temporaire, de création toute récente. Pour les entreprises encore réticentes à l’idée de recruter des travailleurs handicapés (au point de préférer de s’acquitter de contributions AGEFIPH plus lourdes), c’est une opportunité d’en tester in situ les compétences.

- Comment parvenez-vous à recruter les bonnes personnes ?

Votre question est l’occasion pour moi de préciser que lors des entretiens d’embauche, je n’ai pas le droit de poser au candidat des questions relatives à son handicap. Seul le candidat est libre de l’indiquer ou pas – dans 90 % des cas, il ne le fait pas. Pour savoir s’il sera opérationnel ou pas, je dois donc m’en remettre à mon intuition sinon à mon expérience…

- Au final, il vous faut être un mouton à cinq pattes : savoir vous adresser à des clients, à des administrations, à des élus, sans oublier les travailleurs handicapés que vous recrutez…

(Rire) Il y a un peu de cela ! Il faut savoir gérer son entreprise, tout en sachant travailler avec des administrations exigeantes – ce qui est la moindre des choses. Deux fois par an, nous faisons un point avec la Direccte sur ce que nous avons fait de concret pour accompagner les personnes, les formations dont elles ont bénéficié, les chances qu’elles auront de se rapprocher d’un emploi pérenne, etc.

- Combien de personnes avez-vous recruté par ailleurs pour vous accompagner ?

Pour l’heure, nous ne sommes encore que deux, sachant que nous serons amenés à nous développer petit à petit. En générale, une Entreprise Aidée compte 35 personnes. C’est l’objectif que nous visons.

- Qu’est-ce qui vous a prédisposé à vous lancer dans ce secteur ?

Avant de créer Citad’Ailes, j’avais une trentaine d’années d’expérience professionnelle dans le commercial, d’abord, puis au cours des dix-quinze dernières années, dans des métiers liés à la gestion documentaire, au point d’avoir fait de celle-ci ma spécialité. J’occupais des postes enviables de direction commerciale, notamment, au sein de grands groupes. Je gagnais donc plutôt bien ma vie, mais une question a fini par me tarauder : celle du sens que je donnais à ma vie professionnelle. Et ce d’autant plus que dans de grands groupes, la tendance est à prendre des décisions sans que vous en saisissiez le bien-fondé ni l’intérêt. Au bout d’un moment, vous vous interrogez sur le sens votre travail au quotidien. Pour ce qui me concerne, je n’étais plus certain de participer au bien commun. L’idée de créer ma propre entreprise a fini par s’imposer à moi. Au plan familial, je disposais de plus de latitude (j’ai cinq enfants, qui sont désormais tous adultes). Je pouvais de nouveau prendre un peu de risque

Citadailes20181214_171216- Comment en êtes-vous venu à faire le choix d’une Entreprise Adaptée ?

J’en avais découvert une avec laquelle j’ai été amené à travailler. Ce fut le déclic : j’avais la sensation de redonner du sens à mon travail et pour tout dire à ma vie. Désormais, je savais pourquoi je me levais : j’avais le sentiment de rendre réellement service et ce, d’au moins cinq façons différentes : en aidant à l’insertion ou à la ré-insertion sur le marché du travail de personnes en situation de handicap ; en offrant un service de qualité (dans la numérisation de documents et plus généralement dans la mise en lien entre des entreprises ordinaires et des travailleurs handicapés) ; en aidant ces mêmes entreprises à répondre à leur obligation d’emplois vis-à-vis du handicap (pour mémoire, celles occupant au moins 20 salariés ont l’obligation d’employer des travailleurs handicapés à auteur de 6% de l’effectif total), en leur permettant du même coup de réduire leurs contributions AGEFIPH (soit un gain de l’ordre de 30% sur le montant de la facture finale) ; enfin, en les aidant à valoriser notre partenariat, à communiquer dessus, dans le cadre de leur politique de RSE – un plus quant on sait l’aspiration de plus en plus de jeunes à travailler dans des entreprises responsables. Utiles, nous le sommes aussi à l’égard des personnes en situation de handicap, dont on ne mesure pas toujours à quel point elles souffrent d’être tenues à l’écart du marché de l’emploi, de ne pas pouvoir exercer une activité professionnelle, en subissant en somme une double peine pour ne pas dire une double exclusion de la société. A fortiori si elles sont d’un certain âge. Pour ma part, je n’ai aucune réticence à l’idée d’embaucher une personne de 55 ans et plus. Ainsi que je le disais, nous sommes actuellement en train d’en recruter une de 59 ans.

- Des entreprises en sont encore à appréhender le recrutement de personnes handicapées ?

Oui. Il y a de la part de certaines d’entre elles une véritable peur à l’idée de recruter des personnes en situation de handicap. Mais notre vocation est justement de les aider à surmonter cette peur. A cet égard, le 3e agrément nous sera bien utile.

- Qu’en est-il des éventuels échecs ?

Des échecs, nous mentirions si nous disions que nous n’en rencontrions jamais ! Une première clé de réussite, c’est le recrutement. Le fait de voir la personne peut avoir son importance, aider à sentir les choses. Si personnellement, j’ai le moindre doute, je ne la recrute pas. Dans l’intérêt de mon entreprise, mais surtout du sien. Naturellement, l’avis du client chez qui elle serait affectée compte aussi. S’il est défavorable, nous pouvons éventuellement contre argumenter, mais naturellement, nous n’insisterions pas, s’il persistait dans son appréciation. Une autre clé de la réussite réside dans l’accompagnement. Notre but est d’aider à l’insertion de travailleurs handicapés, en travaillant avec eux dans la durée. Ce n’est donc pas parce que quelqu’un ne réussit pas les premiers jours que nous remettrons en cause son recrutement. Le travailleur handicapé a aussi le droit d’apprendre de ses erreurs. Si maintenant, nous n’y arrivions toujours pas au bout d’un à deux mois, forcément, il nous faudrait reconsidérer notre décision. Car, on se doit d’être aussi efficace, professionnel, qu’une entreprise ordinaire. Gardons aussi à l’esprit que c’est pour ses compétences professionnelles que nous recrutons une personne en situation de handicap et que cette reconnaissance est déterminante dans la réussite de son insertion professionnelle. Nous ne lui rendrions pas service à ne pas la considérer sous ce rapport, au seul prétexte qu’elle est en situation de handicap.

- Quels sont les retours des entreprises qui accueillent les travailleurs handicapés ?

Leur présence dans une entreprise ordinaire a le plus souvent des effets positifs sur le reste du personnel. Il arrive même qu’elle atténue des tensions internes. Là où les salariés ont tendance à se marcher les uns sur les autres, la présence d’une personne en situation manifeste de faiblesse tend à changer l’ambiance. A son égard, les collègues sont plus enclins à faire preuve d’altruisme, ce qui finit par rejaillir sur le reste du personnel. Toutes les tensions ne disparaîtront pas forcément, mais le climat général s’en trouvera plus apaisé. A fortiori quand la personne en état de faiblesse travaille bien (ce qui est souvent le cas quand elle est déterminée à réussir son insertion). Elle devient alors un exemple, qui entretient l’émulation collective. Si elle arrive à faire aussi bien, ses collègues se disent qu’ils peuvent en faire autant si ce n’est mieux. Certes, ce n’est pas un résultat garanti en toutes circonstances, néanmoins, j’ai plusieurs retours positifs en ce sens.

- Rappelons que nous avons fait connaissance lors de la soirée de lancement de la Communauté French Tech – Paris Saclay. Qu’est-ce qui vous a motivé à y participer ?

Comme je l’expliquais, il me faut faire connaître Citad’Ailes et, donc, entrer dans les réseaux. Ma participation à cette soirée rentrait dans cette logique. C’était une nouvelle opportunité de rencontrer des chefs d’entreprises et des décideurs. C’est dans le même esprit que j’ai participé à la journée organisée par la CCI d’Ile-de-France et l’EPA Paris-Saclay sur le thème des marchés publics. Plus on participe à ce genre d’événement, plus on rencontre de gens et plus on se fait connaître. Un cercle vertueux que je m’emploie à entretenir. Paris-Saclay et l’Ile-de-France en général sont riches de très nombreux clubs d’entreprises, qui sont forts utiles pour rencontrer des clients ou partenaires potentiels. Dans mon domaine, il y en a que j’apprécie tout particulièrement : je pense en particulier au Club Face, porté par PLIE Nord Ouest 91. Il réunit aussi bien des structures impliquées dans l’insertion, y compris dans le handicap, que de grands donneurs d’ordre. Tout cela forme un écosystème dynamique, riche d’opportunités.

- Au fait, pourquoi Citad’Ailes ?

D’abord, parce que c’est une entreprise locale (quoique nous nous projetions à l’échelle de l’Ile-de-France, nous sommes ancrés dans le territoire du nord-ouest Essonne). De là, l’allusion à la cité. Ensuite, nous aidons des personnes en situation de handicap à reprendre leur envol (d’où la référence aux ailes), sachant que l’envol concerne aussi les entreprises clientes que nous aidons à respecter leurs obligations légales (les 6% que j’évoquais). Enfin, une citadelle connote quelque chose de solide, d’assis sur des fondations. Qui ne cherche pas tant à être inaccessible, imprenable, qu’à protéger.

Pour en savoir plus : www.citadailes.fr

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