Qualisteo, une contribution à la transition énergétique. Rencontre avec Yann Andrieux

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Suite de notre découverte d'entreprises hébergées dans la pépinière de Palaiseau, avec, cette fois, Qualisteo qui propose une solution à même d’améliorer l’efficacité énergétique de bâtiments tertiaires ou industriels. Son directeur commercial, Yann Andrieux, nous en dit plus, y compris sur les motivations l’ayant conduit à rejoindre cette start-up après une longue expérience professionnelle dans de grandes sociétés.

Il a la poignée de main franche, l’affabilité qui sied à tout responsable commercial. Mais il a quelque chose de plus qui concourt à instaurer d’emblée de la cordialité dans l’échange : il ne cache pas son enthousiasme ! Notamment quand il s’agit d’évoquer le foisonnement d’initiatives et d’innovations auquel on assiste dans le domaine de l’efficacité énergétique. « Quand je vais dans les salons et autres rendez-vous professionnels – Innovative City, Smart Grid/SmartCity,… – je découvre à chaque fois une richesse insoupçonnée de sociétés et de start-up qui se créent chaque jour, avec, chacune, des solutions innovantes. C’est proprement incroyable. Il y a dans notre pays un réel potentiel pour réinventer nos modèles de production et de consommation dans la perspective de la transition énergétique. » Un enthousiasme qui laisse place à de la désolation quand on aborde cette fois le décalage avec l’actualité dont se font l’écho bien des médias. « Quand je regarde la TV ou que j’écoute la radio, j’ai l’impression qu’on me parle d’un monde qui existait il y a encore 20 ans ! Parfois, je me demande si c’est moi qui suis en décalage ! » Et le même de s’interroger aussi sur la capacité des politiques à prendre la mesure des dynamiques à l’œuvre sur les territoires. « Dans le seul domaine énergétique, des décisions sont prises, dont on a l’impression qu’elles sont déjà dépassées. Pourtant, il y a dans ce pays, une réelle créativité. Autant le faire savoir et l’encourager. »

Œuvrer à la transition énergétique

Il s’excuserait presque de répondre à nos questions à la place du fondateur de la société, actuellement en déplacement. Pour notre part, aucun regret, encore moins à l’issue de l’entretien, tant le parcours est original. A priori, rien ne prédisposait Yann Andrieux à rejoindre une start-up comme Qualisteo, si ce n’est une préoccupation croissante pour les enjeux environnementaux. « J’ai des enfants. Forcément, je me préoccupe de l’état de la planète qu’on va leur léguer. »
Diplômé de l’EBS Paris – une école de management qu’il a, dit-il, choisie pour « la vraie ouverture sur l’international qu’elle offrait, avec un cycle à Londres, un autre à Madrid », et la possibilité qu’elle lui donnait ainsi d’assouvir son goût pour les langues étrangères » – et titulaire d’un DESS de l’ESSEC en Management Immobilier, il entame une carrière au sein de grands groupes. Après quelques mois au sein de Volvo Véhicules Industriels, il rejoint Continental Uniroyal comme chef de marché puis responsable du développement des ventes. Il y restera trois ans avant de rejoindre le Groupe Total, en 1993. « Ma première excursion dans le monde de l’énergie », glisse-t-il, même si c’est au titre d’associé au sein d’une filiale qui assurait la gestion de points de vente autoroutiers. Cinq ans après, en 1998, il quitte le monde de la grande entreprise pour celui des entreprises de taille moyenne en prenant en charge la direction du développement puis la direction générale adjointe d’un promoteur immobilier familial, implanté en province. Il y restera jusqu’en 2012, ce qui en fait à ce jour sa plus longue expérience professionnelle. « Cela correspondait à ma fibre environnementale. » De fait, la société propose des constructions vertueuses. « Elle fut l’une des premières à réintégrer du bois et à organiser des chantiers propres avec recyclage des matériaux. » Yann Andrieux n’en éprouve pas moins une certaine frustration qui va croissant avec le temps. « Il y avait de réelles avancées au plan technique, mais nous nous heurtions à l’inertie des maîtres d’œuvre, qui, faute de personnels suffisamment bien formés, n’étaient pas toujours en mesure de mettre nos idées en pratique. Nous proposions des systèmes de récupération d’eau de pluie pour l’arrosage du jardin, ce qui était nouveau, mais cela n’allait guère au-delà. La taille de l’entreprise ne permettait pas non plus d’intégrer beaucoup d’ingénierie dans ses bâtiments. » Sans compter le retournement de la conjecture consécutif à la crise des subprimes de 2008, aggravée, quelques années plus tard, en 2011, par celle des dettes souveraines. « Comme vous le savez, le secteur de la construction ne fut pas épargné. Pas même celui qui proposait des bâtiments vertueux. »

Une même problématique : l’efficacité énergétique

Repéré par un cabinet de recrutement, Yann Andrieux rejoint Elithis, un groupe de conseil et d’ingénierie du bâtiment. « Le premier à avoir conçu un bâtiment tertiaire à énergie positive, en France ». A Dijon, précisément, où il a son siège. « J’y ai vu une opportunité d’œuvrer à la transition énergétique, à partir de solutions reposant sur une véritable ingénierie. » Il y reste jusqu’à se voir proposer, en 2015, de rejoindre Qualisteo pour en accélérer le développement commercial. « Je changeais de société, mais pas de problématique : il s’agissait toujours d’améliorer l’efficacité énergétique, mais par d’autres moyens. » Le moyen en question : Wattseeker, un boîtier de la taille d’un smarphone, qui permet de réduire substantiellement (de l’ordre de 30%), la consommation d’électricité d’un bâtiment tertiaire ou industriel. Disposé derrière le « tableau électrique » (le tableau général de basse tension dans le jargon professionnel), il mesure les consommations de l’ensemble de ses équipements. Plus besoin de démultiplier les capteurs. L’exploitant peut d’un seul coup d’œil avoir une vue globale de la consommation énergétique du site, par zone et usage. Peuvent ainsi être détectés les usages ou équipements les plus énergivores, de même que les dysfonctionnements. De là son nom (wattseeker peut-être traduit par chasseur de watt). On ose une analogie : serait-il au système électrique, ce que les détecteurs de fuite sont au canalisation d’eau ? En réalité, Wattseeker permet bien plus : une analyse des courbes de charges et des signatures électriques, transmises et stockées dans des bases de données. Ce faisant, il ouvre la possibilité à de la « maintenance prédictive ». C’est dire si la solution est précieuse pour les sites industriels, pour lesquels la moindre panne est coûteuse en temps et donc en argent.
Hormis le boîtier, Wattseeker n’implique aucun autre investissement en équipement. Aussi modeste soit-il par sa taille, n’entraîne-t-il pas cependant des changements importants, y compris au plan de l’organisation ? « Cela peut effectivement impliquer une reconfiguration de la centrale de gestion technique de bâtiment (GTB). Force est de constater que de manière générale, deux sur trois ne fonctionnent plus de manière optimale. Soit parce que des automatismes sont tombés en panne, soit parce que le personnel en charge de la maintenance a été remplacé, mais sans qu’une transmission des savoirs ait été assurée… »

Du vélo à la fusée

« Bref, avec Wattseeker, on passe du vélo à la fusée », ose Yann Andrieux en perdant de vue que le vélo est redevenu tendance. Mais on comprend l’idée : c’est une innovation de rupture qui fait passer des compteurs physiques avec relevés manuels à une solution née à la confluence du numérique, de l’électronique, de l’informatique, des Big Data et de l’algorithmique. Lui même ne cache pas combien il est impressionné. « Je ne pensais pas que la technologie permettait de faire cela, avant de la connaître. »
De quoi combler son besoin d’œuvrer à la transition énergétique. « Je suis persuadé qu’il nous faudra changer non seulement de technologies, mais encore de modèle de société. La raréfaction des énergies fossiles, l’augmentation de la population mondiale, la lutte contre le réchauffement climatique, nous obligent à changer de modèle de production et de consommation en améliorant l’efficacité énergétique. » Manifestement, ce n’est pas seulement le directeur commercial qui s’exprime, même s’il n’omet pas de vanter les atouts de Wattseeker. « Cette solution ne va pas peut-être pas changer la face du monde, mais au moins permet-t-elle à des entreprises de moins impacter l’environnement tout en générant des économies et ce, au moindre coût. De fait, l’énergie la moins chère n’est-elle pas celle que l’on n’a plus besoin d’utiliser ? »
Une innovation de rupture, donc, qui a été consacrée par plusieurs prix – dont le prix européen de l’innovation ou le Prix SmartGrid France -, et qui a convaincu plusieurs entreprises et non des moindres – Vinci, Engie, ERDF, EDF, SNCF, etc. – Quand vous passerez devant la Tour Eiffel à la tombée de la nuit, si vous y passez, vous pourrez la contempler sans plus de scrupule pour le nombre de watt consommés : le célèbre monument sera équipé du fameux boîtier.
Quand bien même on imagine la motivation que procure le fait de participer à une telle aventure en forme de succes story, nous posons la question : comment passe-t-on de grands groupes et d’entreprises de taille moyenne et/ou familiale à une start-up ? En guise de réponse, Yann Andrieux invoque l’inertie des grandes organisations. « Vous y êtes davantage contraint par un contexte hiérarchique et décisionnel. Au contraire, au sein d’une start-up, vous avez plus de marge d’initiatives, plus de réactivité. »
Et puis, comme souvent, une telle évolution de carrière est le fruit d’une rencontre, en l’occurrence avec Christophe Robillard, fondateur de Qualisteo. « Il a conçu Wattseeker dans le cadre d’un programme de recherche avec des laboratoires de Toulon et de Sophia-Antipolis. » Née en 2010, Qualisteo compte déjà 25 salariés. Son siège est installé au sein du Smart City Innovation Center, une pépinière niçoise, dont Yann Andrieux ne manque pas de vanter les mérites et pas seulement parce qu’elle a servi de démonstrateur en s’équipant du fameux boitier. Nous sommes il est vrai au cœur de la Technopole de Nice « L’environnement, avec ses multiples laboratoires de recherche, est particulièrement propice à l’innovation technologique ». Reste que les centres décisionnels des clients potentiels sont encore majoritairement installés en… Région parisienne. D’où l’ouverture d’une antenne au sein de la pépinière de Palaiseau.

Le choix de la pépinière

Naturellement, la localisation de cette dernière a pesé dans le choix. La pépinière n’est qu’à une dizaine de minutes à pied de la station Massy-Palaiseau de la ligne du RER B et C, et de la gare TGV de Massy. Commode pour rejoindre Paris ou se déplacer à travers la France. Sans compter la proximité de l’aéroport d’Orly (déterminante pour les équipes installées à Nice). « Malheureusement, je suis encore amené à utiliser la voiture pour les déplacements plus transversaux. »
Autre atout mis en avant par Yann Andrieux : l’offre de bureaux, particulièrement souple. « La pépinière de Palaiseau nous a permis de nous agrandir en fonction de nos besoins. Nous avons commencé dans un bureau avant d’en récupérer un deuxième. Nous savons qu’on pourra rapidement disposer de places supplémentaires.» Un argument effectivement de poids pour toute jeune entreprise en développement. En plus de la direction commerciale, composée de responsables grands comptes, l’antenne accueille une partie de la Direction générale (Christophe Robillard s’y rend la moitié de son temps) ainsi que des membres de l’équipe des énergie managers. Soit six personnes au total bientôt rejointes par quatre autres.
Aussi grands que soient les mérites qu’il reconnaît à l’écosystème niçois, il souligne aussi ceux de Paris-Saclay, en particulier pour une start-up comme Qualisteo. « Nous sommes au cœur d’un cluster qui agrège toutes sortes de compétences, de l’électronique au Big Data, en passant par l’informatique, l’algorithmique,… Or, nous sommes en permanence à la recherche de solutions pour demain. En plus de la maintenance prédictive, nous réfléchissons à d’autres sujets. C’est dire si la proximité avec des laboratoires de recherche a aussi été déterminante dans notre choix d’implantation. » Son collègue Mathieu Secchinel, responsable de l’équipe des énergie managers, a déjà entrepris d’explorer les synergies possibles avec des établissements de recherche et, bien sûr, des entreprises du secteur tertiaire ou industriel. En attendant d’installer le fameux boîtier pour l’ensemble des établissements de l’Université Paris-Saclay ?

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