PROTO204, un an déjà. Rencontre avec Ronan James

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On ne présente plus le PROTO204, qui s’apprête à fêter sa première année d’existence. En revanche, nous vous en disons plus sur Ronan James, son responsable, à travers le nouvel entretien qu’il nous a accordé entre deux nouveaux rendez-vous et les préparatifs de la journée anniversaire du 19 mai prochain.

- Avant de prendre la responsabilité du PROTO204, quelles étaient vos attaches à Paris-Saclay ?

Au plan des mes études, les attaches étaient plutôt indirectes : j’ai fait une thèse en climatologie, au laboratoire de météorologie dynamique, situé rue d’Ulm à Paris. Membre de l’Institut Pierre Simon Laplace, il avait notamment une antenne à l’Ecole Polytechnique.
C’est davantage à travers la médiation scientifique et culturelle à laquelle je me suis consacré tout de suite après ma thèse, que j’ai été amené à m’y rendre plusieurs fois. Je me souviens même d’être intervenu à deux pas d’ici, dans une maison de retraite d’Orsay !

- En quoi la médiation scientifique et culturelle vous a-t-elle préparé à l’animation d’un lieu comme le PROTO204 ?

Par définition, la médiation vous place devant des publics aux profils très variés. Pour ma part, je pouvais intervenir aussi bien auprès de seniors que d’élèves en situation de handicap ou dans les quartiers politique de la Ville, etc. Autant de publics qui pouvaient avoir des rapports très différents à la science ! Si donc la médiation scientifique et culturelle m’a prédisposé à quelque chose, c’est bien à cela : à me confronter à des publics très divers, qui n’ont pas la même vision de la science ou, en l’occurrence, de l’innovation.

- Quel défi a représenté la création d’un lieu comme le PROTO204 ?

Il est clair que le PROTO204 représentait un projet d’une tout autre ampleur que ceux que j’avais habitude de mener ! Cependant, de mes années passées dans l’associatif et le bénévolat, j’ai appris à faire avec une économie de moyens. Ce qui ne se révèle pas si inutile même pour gérer un lieu comme le PROTO204 (rire). Je dispose certes de plus de moyens qu’avant, mais ceux-ci restent encore modestes comparés aux ressources de l’écosystème de Paris-Saclay !

- Le PROTO204 ne vous a-t-il pas amené à vous confronter à d’autres publics ?

Si, bien sûr. Ce lieu est plus tourné vers l’innovation technologique que la médiation scientifique ou culturelle. Le défi, si c’en est un, a donc été aussi de se rapprocher de l’univers des entrepreneurs et des start-up, un univers que j’avais déjà côtoyé par le passé, mais sans aller jusqu’à une collaboration autour d’un projet commun. Ce que je regrettais car j’avais l’impression de voir passer le train (celui de l’innovation, donc), sans parvenir à faire de connexions avec la médiation scientifique et culturelle. C’est désormais possible avec le PROTO204 qui accueille aussi bien des entrepreneurs que des chercheurs et des artistes.

- La médiation culturelle et scientifique ne vous manque-t-elle pas ?

Non, puisqu’elle a aussi sa place dans le PROTO204 comme en témoignent les nombreuses manifestations organisées notamment avec La Diagonale de Paris-Saclay. J’ai d’autant moins tourné la page de la médiation scientifique et culturelle que les méthodes de projets collaboratifs que j’ai mises en place ici, dans le domaine de l’innovation, en sont directement inspirées. En sens inverse, le monde de l’innovation m’a poussé à cultiver encore un peu plus un état d’esprit start-up.

- Pouvez-vous préciser ?

Les communautés se rencontrent au PROTO204 et, naturellement, les méthodes de travail et bonnes pratiques de chacun se mélangent. Ceux qui viennent du milieu associatif et culturel ont l’habitude d’être dans le collaboratif. Les événements qu’ils ont organisés ici ont beaucoup aidé à diffuser la culture des ateliers collectifs et des méthodes de co-construction, auprès des acteurs économiques. Les start-up et entrepreneurs ont, eux, une exigence de résultats. Leur pragmatisme opérationnel me semble avoir amené les autres à s’interroger sur l’efficacité de leur organisation. Au final, les uns et les autres ont tous apporté la démonstration qu’on avait plus à gagner à « perdre » du temps à échanger avec plusieurs personnes qu’à travailler seul dans son coin.

- Une conviction acquise à travers l’expérience du PROTO204 ?

Oui, c’est à travers elle que j’ai pris pleinement conscience de l’intérêt de cette démarche collaborative. Si elle est naturelle à certains, elle ne l’est pas pour tout le monde. Une des vocations du PROTO204 est précisément d’essaimer aussi largement que possible.

- Quel peut être l’autre apport du PROTO204 pour une start-up ?

A une start-up, le PROTO204 offre l’opportunité de présenter son projet et, si besoin, de recruter des bêta-testeurs. Mais la fréquentation du lieu peut avoir d’autres prolongements, plus prometteurs encore. Pour illustrer mon propos, je citerai le cas de Spraed, la start-up qui propose une application mobile permettant d’échanger des contenus en présence de son interlocuteur [pour accéder à l’article que nous lui avons consacré, cliquer ici]. Nous avons accueilli ses deux fondateurs, François Mériaux et Jakob Hoydis, avant même qu’ils n’aient les honneurs de Futur en Seine (le festival du numérique en Ile-de-France), ce dont nous ne sommes pas peu fiers ! Nous avions beaucoup échangé sur la manière dont le PROTO204 pouvait leur servir, mais aussi comment leur application pouvait être utile au PROTO204. Résultat : cette application, qui a été depuis améliorée, va y être testée, mais aux fins d’être utilisée par nous. Car nous sommes non seulement convaincus de sa pertinence mais aussi de son utilité pour la communauté de tous ceux qui fréquentent un lieu comme le nôtre. Bref, le PROTO204 n’est pas qu’une simple vitrine ou un lieu d’échange. Il se révèle être aussi et surtout un accélérateur pour des projets de start-up.

- Un an après, le PROTO204 correspond-il toujours à la vision que vous en aviez au début ou s’est-il élaboré en marchant ?

La réponse est sans doute entre les deux. Rappelons qu’il s’est nourri des réflexions engagées dans le cadre des workshops de préfiguration. Il s’est ensuite naturellement ajusté à l’écosystème Paris-Saclay. Cela étant dit, en me replongeant dans la fiche projet que j’avais établie pour mon entretien d’embauche, je me suis aperçu que, dans ses grandes lignes, il correspondait bien aux intentions initiales. Sa vocation communautaire et collaborative était déjà clairement affichée.
Mais si nous avions une idée claire de ce que nous voulions, restait à trouver le bon chemin pour y parvenir. Autant vous dire que cela n’a pas toujours été simple (rire) ! C’est un peu comme ce plateau de Saclay, qu’on perçoit depuis votre bureau : on voit la direction qu’il faut prendre pour y monter, mais sans forcément savoir qu’il faudra traverser une rivière (l’Yvette) et emprunter des chemins escarpés…

- Si vous deviez mettre en avant une anecdote pour illustrer cette première année d’existence ?

J’en aurais plusieurs à vous rapporter. En voici une qui illustre bien la manière dont les projets se montent au sein du PROTO204. Un jour, dans le RER B, qui me conduisait à Orsay, je suis tombée par hasard sur une doctorante en mathématique, Alba Malaga, que j’avais déjà rencontrée en une autre occasion. En échangeant de manière informelle, comme on peut le faire durant un trajet de transport, elle m’a évoqué son expérience de chercheuse en résidence en Allemagne. Nous nous sommes alors revus ensuite à deux-trois autres reprises pour dégager une proposition intéressante pour la communauté du PROTO204 : traiter de la question des plateformes de partage pour la médiation scientifique. Dans la foulée, un post sur Facebook a lancé un débat sur cette même question. En la relayant, tout simplement, nous avons pu connecter d’autres personnes intéressées par cette idée. L’effet boule de neige aidant, en deux mois, nous avons ainsi réussi à monter l’événement : organisé sur une matinée, il a attiré une quarantaine de personnes, venues des quatre coins de France et qui comptent dans le domaine de la médiation scientifique. Voilà, comment à partir d’une simple conversation fortuite avec une jeune doctorante (devenue docteur depuis), nous avons débouché sur un événement mobilisant tout une communauté au plan national. Le PROTO204, ce n’est pas autre chose que cela. A sa façon, il joue un rôle d’empowerment au sens où il aide des porteurs de projets à aller au bout de leurs idées en leur donnant la possibilité de se connecter à d’autres pour les tester ou même les prototyper : des étudiants aussi bien que des professionnels, des entrepreneurs, des chercheurs, des startuppers…

- Que dites vous à ceux qui craignent de voir leurs idées reprises ?

La première réponse serait de dire qu’il faut faire confiance. En réalité, c’est bien plus que cela : c’est parier sur l’intelligence collective. C’est en soumettant ses idées à d’autres que, précisément, on pourra les améliorer, en pointer les éventuels points faibles. De fait, les entrepreneurs qui réussissent sont ceux qui n’ont pas hésité à se confronter à la critique d’autrui. Certains le font naturellement, d’autres ont besoin d’être accompagnés dans cette démarche. Ce qui suppose un lieu où prendre le temps de se rencontrer. Ce lieu, c’est précisément le PROTO204 qui permet à un startupper de discuter avec des étudiants (parmi lesquels il pourra recruter des bêta-testeurs), mais aussi des dirigeants d’entreprises, des investisseurs, à l’occasion de nos manifestations.

- De là, l’accent mis sur le caractère convivial du lieu ?

Oui, tout à fait. Je n’ignore pas combien ce mot « convivial » peut paraître galvaudé. Mais je n’en trouve pas de mieux. Je constate d’ailleurs qu’il revient souvent dans la bouche de nombreux intervenants. Dans le cas du PROTO204, la convivialité passe par un soin apporté à l’aménagement de l’espace : au PROTO204, on peut suivre une conférence autour de la grande table installée au centre ou depuis un fauteuil, le tout dans une ambiance entre loft et atelier. Elle passe aussi par les moments de networking autour d’un plateau de fromage ou d’un cocktail. Bref, tout est fait pour permettre de croiser des gens extrêmement différents : des étudiants, des chercheurs, des chefs d’entreprises, des responsables d’institutions, et ce, en toute simplificité.

- Si vous deviez caractériser le PROTO204 en un mot ?

Ce serait indéniablement « connecteur ». Le mot « hybridation » pourrait aussi convenir. Le monde de l’innovation compte plusieurs lieux propices à la connexion, au partage et à la mise en commun, rompant avec la logique des bureaux individualisés. Je pense bien sûr aux Fab Labs et autres espaces de coworking. De tels lieux manquaient à Paris-Saclay. Il ne suffit pas cependant de créer des lieux innovants, encore faut-il designer ces nouveaux modes d’échange entre des personnes qui viennent d’horizons différents et qui ne parlent donc pas forcément le même langage.

- Un an après, quel bilan ?

Sur un plan strictement quantitatif, le PROTO204 aura, d’ici le mois de mai, proposé pas moins de 160 événements (totalisant 4 300 participants). Ce qui fait une moyenne de près d’un événement par jour ouvré. Comment peut-on soutenir un tel rythme, me direz-vous ? Cela se fait presque naturellement : un événement est l’occasion de nouer contact avec d’autres personnes qui font à leur tour très vite des propositions pour organiser le leur. Bref, un événement en appelle un autre. Au fil du temps, j’ai appris à anticiper sur l’autre événement qu’une proposition pourrait susciter, au point d’avoir le sentiment d’entretenir un rapport « quantique » aux choses…

- Un rapport « quantique »… ?!

Oui, au sens où un événement est autant un objectif (auquel je m’emploie de réserver le meilleur accueil) qu’un moyen, en l’occurrence, pour en susciter d’autres, à travers les nouvelles rencontres qu’il permettra.
Sur un plan plus qualitatif, le PROTO204 s’est manifestement inscrit dans le paysage de Paris-Saclay. Il jouit désormais d’une identité forte, du moins si j’en juge par les feedbacks que nous adressent ceux qui le fréquentent. D’eux-mêmes, ils demandent à pouvoir organiser un événement ici et nulle part ailleurs, parce que, disent-ils, ce lieu leur correspond bien. C’est pour moi le meilleur encouragement qu’on puisse apporter.

- La connexion s’est-elle faite avec les lieux de formation à l’entrepreneuriat ?

Oui. D’abord, des élèves d’écoles d’ingénieurs (ENSTA ParisTech, 503,…) fréquentent régulièrement le PROTO204. Le programme Masters & Mentors a permis de franchir une autre étape, en proposant ni plus ni moins des conférences de professionnels (dont la plupart ont participé à la genèse du PROTO204) en complément des cours qui peuvent être donnés dans ces écoles. Nous avions fait le constat que plusieurs thématiques étaient encore absentes ou peu présentes dans les formation en entrepreneuriat (le design notamment ou encore l’économie collaborative). Pour information, ces conférences ont été filmées et sont désormais disponibles en streaming grâce à une start-up d’HEC. Une autre illustration, en passant, de la manière dont le PROTO204 peut déboucher sur des collaborations concrètes avec les start-up de l’écosystème.

- Et avec l’Université Paris-Saclay, quels liens entretenez-vous ?

L’Université Paris-Saclay nous a pleinement reconnu comme un lieu innovant du futur campus. Nous travaillons régulièrement avec elle et ses différentes directions. A commencer par La Diagonale Paris-Saclay, animée par Stéphanie Couvreur, son chef de projet. Il se trouve que nous avons travaillé ensemble avant de rejoindre chacun Paris-Saclay à quelques mois d’intervalle.
A quoi se sont ajoutées la direction de la communication et celle de la valorisation avec lesquelles nous travaillons en bonne intelligence. Preuve s’il en est besoin que l’université peut être un lieu ouvert et tout aussi collaboratif !

- Quels sont les aspects que vous souhaiteriez amplifier ?

Maintenant que l’identité du lieu est reconnue, nous souhaiterions nous appuyer sur des « super connecteurs » qui nous permettraient de nous ouvrir à d’autres communautés. Leur identification a été confiée à Stéphanie Will, en vue de la journée d’anniversaire programmée le 19 mai prochain. Naturellement, Stéphanie Couvreur, que j’évoquais tout à l’heure, en fait d’ores et déjà partie. Dans le même ordre d’idée, je milite aussi pour qu’aux côtés des Business Angels, on reconnaisse le rôle de Public Angels, c’est-à-dire des agents d’ouverture, au sein des institutions publiques mais aussi des grandes sociétés ou même du monde associatif, pas toujours aussi ouvert qu’on le pense !

- Et la recherche, ne vous manque-t-elle pas ?

On m’a souvent posé la question ! La réponse est : non, je n’ai pas le moindre regret ! Aujourd’hui d’autant moins que le PROTO204 me permet de renouer avec cet univers tout en en côtoyant d’autres, non sans contribuer au dialogue science/innovation/société.

(NB : nous ne manquerons pas de vous rendre compte de l’événement organisé le 19 mai à l’occasion de cet anniversaire. A suivre, donc ).

Légende de la photo illustrant cet article : étudiants en escale au PROTO204, profitant de la convivialité du lieu…

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