Profession : aménageur. Rencontre avec Lise Mesliand (1re partie)

Lise Mesliand, directrice de l'aménagement de l'EPPS
Lise Mesliand, Directrice de l'Aménagement à l'EPPS
Mais en quoi consiste au juste le métier d’aménageur ? Témoignage de la directrice de l’aménagement de l’EPPS qui, après vingt-cinq ans d’expérience, reconnaît la difficulté à définir ce métier pourtant essentiel à la conception et l’évolution de nos villes.

A la question « quelle profession exercez-vous ? », Lise Mesliand aurait pu répondre sans difficulté : « architecte ». Elle l’est de formation, après des études à Marseille et à Naples (ville à laquelle elle a consacré son diplôme après une recherche sur « les villes-ports du Bassin méditerranéen»).

Seulement, c’est une voie un peu différente qu’elle a empruntée. « Je n’ai cessé d’aimer l’architecture, mais en pensant que j’avais plus de talent à en faire faire qu’à en faire moi-même. Je me suis sentie plus utile dans la maîtrise d’ouvrage que dans la maîtrise d’œuvre. » Elle avait de surcroît un intérêt pour les questions sociales et urbaines au point d’ailleurs d’avoir été tentée par des études en sciences politiques. De là le glissement vers l’urbanisme et l’aménagement. Faire la ville, n’est-ce pas après tout traiter du politique par d’autres moyens ?

Au métier d’architecte, elle en a donc préféré un autre qu’elle exerce depuis maintenant vingt-cinq ans. De quel métier s’agit-il ? C’est là que les choses se compliquent. « Je suis aménageur, mais quand il s’agit de définir ce métier, je peine toujours ». Alors maître d’ouvrage ? « De fait, je le suis, mais cela parle-t-il plus au quidam ? Quand un enfant me demande le travail que je fais, je réponds donc architecte, quitte à m’entendre dire : “ Ah, tu construis des maisons ? » En essayant de faire comprendre que, plus que de maisons, il s’agit en réalité de quartiers ?

Même difficulté à l’égard d’amis étrangers. « Le métier d’aménageur est spécifiquement français. Il n’y a à ma connaissance pas d’équivalent dans aucune autre langue. » En guise d’explication, elle avance une hypothèse : « Nous sommes dans un pays marqué par le poids de l’investissement du public dans la fabrication de la ville et l’invention de l’économie mixte a des conséquences sur la manière dont on fait celle-ci. »

Pour autant, elle ne regrette pas ce choix. « J’ai eu un parcours riche de rencontres et de projets, différents les uns des autres, en ayant le plus souvent la chance de participer à leur démarrage.»

Tout commence donc vingt-cinq ans plus tôt, avec des missions pour des collectivités locales, à Martigues d’abord, à l’agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise, ensuite. « C’est là que j’ai commencé à m’intéresser aux questions d’urbanisme.»

Puis celle qui se qualifie elle-même de « Méridionale » monte à la Capitale, au début des années 90 rejoindre la RATP, présidée alors par un certain Christian Blanc, futur Secrétaire d’Etat du Grand Paris. Lise Mesliand est cependant encore loin d’imaginer se retrouver dans cette aventure.

Pour l’heure, en tant que responsable des études urbaines, elle participe à la création d’un département du patrimoine ainsi qu’à la mise en place de filiales d’aménagement pour financer notamment le nouveau siège de la RATP. Sa mission : la valorisation foncière des terrains de la Régie dans la perspective du plan de relance du logement social en Ile-de-France (plan Rocard).

De cette expérience professionnelle, elle dit garder un bon souvenir. « J’ai beaucoup appris. La RATP est une entreprise ancienne, mais qui savait se doter de structures nouvelles avec à chaque fois des petites équipes mobilisées autour de projets précis. »

Au bout de cinq ans, elle hésite : « Ou je quittais la RATP pour revenir vers les collectivités, ou je restais en m’investissant davantage dans les problématiques du monde du transport. » Elle opte finalement pour la seconde solution. La voici nommée chef de projet sur des pôles d’échange transport. « Une problématique des plus stimulantes car à l’interface de la ville, de la prospective et de la recherche.» Quatre années plus tard, en 1999, elle franchit cette fois le seuil de la RATP pour une mission de préfiguration d’un établissement public d’aménagement au Nord de Paris (l’EPA Plaine de France). « Je souhaitais revenir vers l’urbain ». Mais un an plus tard, retour à la RATP où elle est de nouveau mobilisée sur des sujets à l’interface des transports et de l’urbain. Parmi les projets les plus emblématiques : le renouveau du pôle d’échange de Châtelet-les Halles. « Un projet urbain s’il en est, que la RATP considérait à juste titre ne pouvoir mener sans y impliquer la ville de Paris. »

Suite à l’élection du nouveau maire, Bertrand Delanoë, la Ville et la Régie décident d’engager une réflexion commune sur le devenir de ce quartier emblématique. La Sem Paris Centre, qui s’en tenait jusqu’ici à la gestion technique des équipements des Halles est réactivée avec la nomination à sa tête d’un nouveau directeur. Lise Mesliand se voit confier la direction de l’aménagement et de la gestion. Elle sera en charge du concours international organisé en 2003. « L’organisation et le déroulement de la consultation fut un moment excitant. » Le lecteur pourra en juger à la lecture du récit qu’en a fait Françoise Fromonot dans son livre, La Campagne des Halles (La Fabrique, 2005).

Quand il s’agit de raconter l’issue de l’histoire, Lise Mesliand est moins enthousiaste. Elle reprend sa liberté en quête d’une nouvelle mission. Mais celle-ci ne dure pas longtemps. L’ancien PDG de la RATP, Jean-Paul Bailly, est à la tête de La Poste. Il fait appel à elle pour conduire le projet de rénovation de son emblématique site de la Poste du Louvre. « Un bâtiment important du patrimoine du groupe dont il voulait faire un lieu innovant mixant les services de La Poste, des espaces dédiés à la culture et des espaces de production pour la distribution du courrier, le tout ouvert 24h sur 24….» Lise Mesliand intègre donc Poste Immo, en 2006. Elle n’y reste que deux ans. « Le projet était intéressant, mais posait plus des questions architecturales qu’urbaines. »

En 2008, elle apprend en ouvrant le quotidien du soir que Pierre Veltz est nommé directeur de la mission Région Capitale. « Je l’avais croisé du temps où il était à l’Ecole Nationale des Ponts-et-Chaussées. » Elle-même y enseignait dans le cadre d’un master. Les compétences de Lise Mesliand dans l’opérationnel correspondent à ce qu’il recherchait. Elle le rejoint en septembre 2008.

Pour mémoire, la mission Région Capitale avait pour objectif de préparer la loi relative au Grand Paris, de définir le tracé du métro automatique, de définir l’accompagnement des territoires de projet. Lise Mesliand se voit confier spécifiquement celui d’Orly-Rungis-Seine Amont. « Je n’avais pas à me plaindre. Les bureaux étaient situés Boulevard Saint-Germain ! Mais très vite, j’eus envie de revenir à quelque chose de plus opérationnel.»

Un vœu exaucé au printemps 2009. Christian Blanc structure sa réflexion autour de Paris-Saclay. La mission de préfiguration d’un l’Etablissement public (le futur EPPS créé durant l’été 2010) succède à la mission de préfiguration de l’OIN qui venait d’être décrétée en mars 2009. Lise Mesliand l’intègre. Malgré des expériences déjà riches, elle se dit tout sauf blasée. « A chaque nouvelle aventure, je me retrouve confrontée à des questions nouvelles. »

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