Prêts à donner entière SATTisfaction

SATTPaysage
Ce jeudi 23 octobre était présenté le premier appel à maturation de la toute nouvelle SATT Paris-Saclay. L’occasion de lever le voile sur ce dispositif destiné à accélérer la transformation de la recherche publique en innovations.

Malgré la fraîcheur qui régnait dans l’amphithéâtre de l’IOGS où elle se déroulait, plus de 200 personnes ont, ce jeudi 23 octobre, assisté intégralement à la présentation de la nouvelle SATT Paris-Saclay. Il faut dire que pour beaucoup, c’était enfin l’occasion d’en savoir plus sur ce qui, à bien des égards, avait tout l’air du serpent de mer. A moins qu’elles ne fussent intéressées par les 5 millions d’euros sonnants et trébuchants promis dans le cadre du premier appel à projet maturation que cette matinée était aussi l’occasion de présenter.
Mais avant d’en dire plus à ce sujet, quelques mots sur cet acronyme (encore un !) auquel il vous faudra vous habituer si vous êtes responsable d’un laboratoire d’un des établissements membres de l’Université Paris-Saclay ou même étudiant startupper, entrepreneur, industriel, dirigeant de PME.

Un terreau favorable

Car, comme leur déroulé l’indique presque, ces SATT, qui ont commencé à voir le jour en 2012, ont vocation à accélérer la transformation des résultats de la recherche publique en innovations pour les entreprises, à travers l’accompagnement de projets, dans leur phase de maturation, le dépôt de licences et de brevets, et, le cas échéant, la création de start-up. Dédiée donc à la valorisation de la recherche publique, elles relèvent elles-mêmes du secteur public (elles sont exclusivement financées par l’Etat et les établissements universitaires auxquels elles sont adossées).
On en compte désormais 14 en France. La dernière en date n’est autre que celle de Paris-Saclay, mais il se pourrait bien que celle-ci ne l’emporte sur la ligne d’arrivée à la manière de la tortue de la fable bien connue. C’est ce que suggérerait du moins Xavier Apolinarski, son président, entré lui-même en fonction à la mi-septembre dernier (pour mémoire, il a notamment et adjoint au directeur du CEA List, avant de prendre la direction du CEA Tech à Bouguenais), sans manquer d’arguments.
D’abord, la SATT Paris-Saclay interviendra sur un terreau on ne peut plus favorable : un cluster pluridisciplinaire, celui de Paris-Saclay, riche d’un tissu industriel dense. Malgré l’étendue du territoire, ses principaux partenaires peuvent se rencontrer en moins d’une heure (fût-ce en voiture en attendant le métro…) et entretiennent déjà des liens forts avec le pôle de compétitivité Systématic et le réseau Opticsvalley. Sans compter un projet fédérateur : l’Université Paris-Saclay dans laquelle la SATT Paris-Saclay s’inscrit pleinement (rappelons que la FCS Campus Paris-Saclay en est d’ailleurs le premier actionnaire). Comme l’a souligné Xavier Apolinarski, elle travaille d’ailleurs déjà en étroite relation avec les responsables valorisation des quelque 21 établissements membres de la nouvelle université.
A sa façon, la SATT Paris-Saclay complète un écosystème déjà riche de plusieurs facteurs et outils favorables à l’innovation par la valorisation de la recherche et l’entrepreneuriat : outre une recherche pluridisciplinaire, Paris-Saclay compte quatre Instituts de Recherche Technologique (IRT) ; un programme en faveur de l’entrepreneuriat innovant (PEIPS) ; des chaires industrielles ; un pôle de compétitivité (Systematic, déjà évoqué) ; des sources de financement sinon des manifestations dédiées aux investisseurs (Paris-Saclay Invest), etc. Géographiquement parlant, la SATT Paris-Saclay a d’ailleurs pris ses quartiers au sein d’IncubAlliance. En plus de son travail de maturation et d’opérateur de services dans l’innovation, elle contribuera à la manière d’un « catalogue de la Redoute » (selon la formule de Xavier Apolinarski) à faire connaître aux industriels la richesse des technologies disponibles sur le territoire.
C’est dire si ses objectifs à l’horizon de dix ans, sont, bien qu’ambitieux, réalistes : 300 projets de maturation, 550 licences, 1 000 brevets, auxquels s’ajoutera la création de 75 start-up. D’autant que la SATT Paris-Saclay peut déjà tabler sur les projets identifiés lors d’un appel pré-maturation.

De la co-construction

A peine créée, elle vient donc de lancer son premier appel à projet maturation. Lancé le 15 octobre dernier, celui-ci court jusqu’au 1er décembre 2015 avec 5 millions d’euros à la clé, à raison de 100 000 à 500 000 euros par projet. Trois cas de figure se présentent quant à l’objet de la maturation : il peut s’agir d’un logiciel, d’une technologie ou d’un savoir-faire. Parmi les dépenses éligibles : l’acquisition d’un équipement, la prise en charge du personnel complémentaire ou permanent, mobilisé pour la réalisation du projet ; les prestations de service ; enfin, la sous-traitance.
Chaque projet sera examiné par un comité d’investissement, à la fin mars ; ceux qui franchiront cette étape devront ensuite être validés par le conseil d’administration (en avril 2015) pour une contractualisation en bonne et due forme d’ici à juillet avec l’établissement de rattachement du laboratoire concerné. Pour des raisons qu’on devine, Xavier Apolinarski n’a pas caché que la présence d’un industriel serait un plus (étant entendu que celui-ci ne percevra aucune aide, l’intégralité des sommes engagées par la SATT Paris-Saclay revenant aux laboratoires). En contrepartie d’une prise en charge à 100% du coût de la maturation, le projet devra être mené, insiste Xavier Apolinarski, dans une logique de co-construction. Ce qui explique aussi au passage que la SATT Paris-Saclay entend se limiter à dix projets pour commencer.
Une fois la contractualisation faite, débute la phase de maturation pour une durée de 18 mois. Quant aux porteurs des projets recalés, ils ne se verront pas abandonnés à leur triste sort : les refus seront motivés de façon à leur permettre de se représenter lors d’un autre appel à projet. « Nous ne sommes pas là pour vous juger » a également tenu à préciser Xavier Apolinarski. La SATT Paris-Saclay ne s’interdit pas non plus de partir à la recherche de projets possibles, en procédant à un travail de détection.
Selon le cas, le projet accompagné par ses soins sera valorisé avec un industriel ou une start-up existante voire créée de manière ad hoc (le porteur de projet étant alors accompagné par un incubateur).
Pour mener à bien ses missions, la SATT Saclay dispose d’un capital de 65 millions, sur dix ans. Une période qui à la fois permet de voir venir mais qui n’en reste pas moins relativement courte au regard de la temporalité propre aux processus de la recherche et de l’innovation. Que se passera-t-il donc au-delà ? On en vient à une autre originalité des SATT. Pour se recapitaliser, celle de Paris-Saclay se rémunérera à travers les royalties reversés par l’industriel qui bénéficiera de la valorisation (suivant un montant négocié qui sera fonction du potentiel d’innovation, mais aussi, des investissements que cet industriel devra consentir pour son « industrialisation » effective) et ce, au titre de la licence exclusive dont l’établissement de rattachement du laboratoire aura préalablement négocié les conditions de cession. Notons au passage que c’est, au final, la SATT Paris-Saclay et non l’industriel, qui assume la majeure partie des risques. Une autre source de financement proviendra des prestations de services auprès des établissements de recherche.

Une mise sur orbite réussie

Après la présentation sur fond de nombreuses diapositives, beaucoup de points demandaient à être éclaircis et des malentendus dissipés. Par exemple : si la SATT Paris-Saclay entend encourager l’entrepreneuriat étudiant et la création de start-up, en revanche, elle n’a pas vocation à financer des thèses de doctorat, contrairement à ce que semblait espérer une enseignante-chercheure présente dans la salle. Mais au moins le public pouvait-il repartir avec le sentiment d’assister à la naissance d’un organisme déjà en ordre de bataille, animé par une équipe motivée (au point de prendre le risque de ne pas exiger des établissements membre l’exclusivité de leurs licences, à la différence d’autres SATT) et compétente, emmenée par un Xavier Apolinarski, manifestant un réel sens de l’équipe et de la délégation au point d’avoir conçu sa présentation à trois voix, avec, d’une part, celle du responsable du pôle maturation, Michael Fournier (un ancien de Systematic, qui a été deux ans durant à direction innovation d’Eiffage construction), celle, d’autre part, de la responsable des affaires publiques et juridiques, Guilaine Moinerie. Précisons que l’équipe compte deux autres personnes : une responsable administrative et financière (Lucile Sampoux) et une assistante de direction (Carole Fretigny). Une équipe au complet, donc, et manifestement suffisamment souple pour s’adapter à chaque cas de figure. Xavier Apolinarski a bien insisté sur le fait que les porteurs de projet qui seraient en deçà ou au-delà de l’enveloppe évoquée (entre 100 000 et 500 000 euros) pouvaient toujours le soumettre. Une souplesse rendue possible par la gouvernance même de la SATT Paris-Saclay (qui ne compte que deux actionnaires : l’Etat via la CDC, présente dans le capital à hauteur de 33%, et l’Université Paris-Saclay, à hauteur, elle, de 67%).
Parmi les questions soulevées au cours de l’échange avec la salle, une autre portait sur les risques de privilégier un champ disciplinaire et des laboratoires au détriment des autres. Tout en reconnaissant ne pas pouvoir sélectionner les projets en fonction d’un critère d’équité ou de représentativité, du moins dans l’immédiat, Michael Fournier a reconnu la nécessité de veiller à un équilibre sur la durée. C’est d’ailleurs tout le sens de la démarche de détection que la SATT entend adopter par ailleurs, sans attendre que les projets viennent à elle.
Des questions, il y en eut bien d’autres au cours de l’échange avec la salle comme durant les échanges plus informels qui se sont poursuivis bien au-delà des 11 heures qui marquaient la fin officielle de cette conférence. Un indice parmi d’autres d’une mise sur orbite réussie de la SATT Paris-Saclay.

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