Point de vue de motard sur Paris-Saclay. Rencontre avec Alexandre Humann

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Il avait rejoint l’EPPS peu après sa création, en 2009. Depuis octobre 2015, il est, au sein de l’EPA Paris-Saclay, responsable adjoint des services généraux. « Faire en sorte que tout se passe bien pour tous les salariés ». C’est ainsi qu’Alexandre Humann (à droite sur la photo) définit sa fonction. Il l’assure en faisant l’interface entre le personnel et les prestataires, en prenant en charge les commandes du matériel et leur suivi, la gestion des divers contrats d’abonnement ou du parc automobile. Le moindre problème d’informatique ou de téléphonie, et c’est vers lui qu’on se tourne. C’est dire s’il est régulièrement sollicité. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à se consacrer à sa passion : la moto. Passion qui l’a conduit à concourir au championnat de France et même du monde. Et, depuis peu, d’en faire un vecteur de sensibilisation à la sécurité routière auprès des jeunes. Témoignage.

- Nous vous connaissions au titre de vos responsabilités au sein de l’EPA Paris-Saclay. Nous vous découvrons une passion pour la moto. D’où vous vient-elle ?

Elle m’a été transmise par mes parents, qui en font depuis toujours. Pour ma part, j’ai enfourché ma première moto – une motocyclette ! – dès l’âge de 12 ans. A 14 ans, j’ai passé le BSR (brevet de sécurité routière), qui donne droit de circuler sur les routes. Aujourd’hui, on le passe au collège. A l’époque, il était payant et se préparait en auto-école. A 16 ans, j’ai passé mon permis de moto pour rouler en 125 cm3, puis, à 18 ans, celui qui permet de rouler en plus grosse cylindrée. Et ce, avant même mon permis auto.

- Avez-vous fait des études en lien avec cette passion ?

Oui, j’ai fait un CAP-BEP puis un Bac pro Maintenance cycles et Motocycles. C’est durant mes études que j’ai découvert la compétition. J’ai commencé en participant aux 24 h d’endurance en scooter. Puis,  comme mécanicien, j’ai suivi une pilote en championnat de France, durant toute une saison : Agnès Dupuis, désormais Team Manager. A mon tour, à 19 ans, j’ai acquis une moto de piste – comme son nom l’indique, elle était uniquement réservée à la course. Je m’entrainais le dimanche sur le circuit Carole, en Seine-Saint-Denis.
Ensuite, j’ai poursuivi mes études dans la vente, avec un BTS Négociation et relation clients. Mais j’ai tout de suite débuté, en 2007, chez un concessionnaire motos. C’est là que j’ai rencontré mon futur co-équipier, Patrick Lefèvre. Nous avons commencé à rouler ensemble, puis, en 2011, nous participions à notre première compétition. Nous faisions rouler des pilotes, en nous occupant de la mécanique. En 2012, nous avons créé une association : Team PL Performances, du nom de la concession de mon co-équipier. Nos pilotes ont été vice-champions de France d’endurance. L’année suivante, nous avons participé au Bol d’or, la course mythique du championnat du monde.

- Avec quel résultat ?

Nous avons fini la course – ce qui était notre objectif – et en plus dans les points : nous avons terminé 29e au classement général, sur 50 équipages, et 16e dans notre catégorie (Stocksport). Nous avons également fait partie des six équipes à avoir passé le moins de temps en boxe. Une performance. Depuis, nous avons décidé de piloter nous-mêmes. Nous participons au championnat de France, du moins à quelques courses, trois à quatre par an (notre budget ne nous permet pas de nous présenter à toutes). Les résultats sont plutôt encourageants : en 2014, nous avons fini 3e à l’une d’elles. Pourtant, nous ne sommes pas des professionnels. Ce n’est que pour le plaisir que nous faisons de la compétition.

- Comment arrivez-vous à financer ces courses ?

Grâce à l’aide d’amis ou de leurs sociétés respectives. Nous bénéficions aussi du soutien d’un moto club, Avenir Moto, qui a fêté ses vingt ans l’an passé et qui, à défaut de nous sponsoriser, nous assure la logistique (camion, tente…). En contrepartie, nous l’accompagnons dans ses actions de sensibilisation à la sécurité routière, dans les écoles, et des journées de roulage, sur circuit, auprès de débutants ou de pilotes confirmés. Nous enseignons les fondamentaux en faisant prendre conscience de la différence entre la piste et la route. Car, malheureusement, certains ont tendance à prendre la route pour une piste sans se rendre compte du danger qu’ils font courir aux autres comme à eux-mêmes.

- Quels conseils prodiguez-vous ?

Personnellement, je ne suis pas encore intervenu. Mon coéquipier, en revanche, a déjà l’expérience de ce genre d’intervention. Il a animé des ateliers d’initiation, le mercredi, auprès de jeunes, de 10-12 ans, pour une première initiation, à la fois théorique et pratique, sous forme d’exercice ludique. Comme lui, j’insisterais sur la nécessité de se protéger en portant des combinaisons adaptées. Si le port du casque est obligatoire et qu’il en va depuis peu de même pour celui des gants, les motards ne pensent pas encore à protéger le reste du corps, avec tout le nécessaire – manteau, pantalon et bottes. Or, un accident est si vite arrivé ! Je peux en témoigner. Heureusement que j’avais des combinaisons protectrices. Mais des amis ont dû renoncer à leur passion, suite à un grave accident.

- Pourriez-vous intervenir dans les écoles de Paris-Saclay ?

Pourquoi pas. Notre association est située dans les Yvelines et Avenir Moto dans le Val d’Oise. Mais le voudraient-elles ? Force est de constater que les écoles ne poussent pas forcément les jeunes à faire de la moto ! De manière générale, la société française n’est pas favorable aux deux roues. De ce point de vue le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis fait exception : il finance le circuit Carole, que j’évoquais tout à l’heure.

- Or, c’est un mode de locomotion que d’aucuns mettent en avant pour se rendre à Paris-Saclay ou se déplacer sur ce territoire compte tenu des embouteillages ou de l’insuffisance de moyens de transports publics, du moins en transversal.

Je le conçois. D’ailleurs, moi-même, je compte renouer avec la moto pour me rendre à mon travail [les bureaux de l’EPA Paris-Saclay sont à Orsay]. Mes fonctions antérieures m’appelaient à me déplacer en voiture. Ce n’est plus le cas des nouvelles. Or, je perds un temps fou en voiture. Il est vrai que j’habite près de La Défense. Certes, se déplacer en moto, c’est plus dangereux qu’en voiture et moins agréable en cas d’intempéries, mais c’est plus rapide : cela me prend trente minutes au lieu d’une heure à une heure trente en voiture, suivant les bouchons. Plusieurs collègues usent d’ailleurs de ce moyen de transport dont un, chaque jour, les autres ponctuellement, en fonction de la météo.

- Et les moyens de transports en commun ?

Cela me prendrait près de deux heures et au prix de plusieurs correspondances : je devrais prendre le Tram jusqu’à la Défense et, de là, le RER A pour récupérer le RER B. Et puis si on sait à quelle heure on part, on ne sait pas à laquelle on arrive ! Je changerais certainement d’avis quand il y aura le métro de la ligne 18, mais il n’arrivera qu’en 2024. Et puis, à terme, il n’ira que d’Orly jusqu’à Versailles-Chantiers.

- Au-delà de ces considérations, quelles affinités l’univers de la moto entretient-il avec Paris-Saclay ?

Malheureusement, je n’en vois pas. Le territoire compte plusieurs associations, mais pas de grands groupements, qui pourraient mieux faire entendre le point de vue des motards. Nous n’avons pas l’oreille de la Fédération nationale, dont le siège est à Paris. Je doute aussi qu’on puisse y introduire le moto-partage, ici comme ailleurs. En revanche, peut-être que le cluster pourrait-il promouvoir la conception de motos électriques. Pour l’heure l’offre se réduit à un modèle, hormis quelques scooters. Quel que soit le potentiel de ce territoire, il lui faudra surmonter un vrai obstacle, non pas technologique, mais, disons, culturel : la piètre image que les pouvoirs publics ont des deux roues motorisées.

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