Plus de quarante ans au service de l’intelligence économique. Rencontre avec Robert Guillaumot (1re partie)

Journée nationale d'intelligence économique d'entreprise, en novembre 2012, à l'Ecole polytechnique
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Suite de notre découverte de l’intelligence économique avec Robert Guillaumot, fondateur de l’Académie dédiée à cette discipline et qui a pris part à l’organisation des Journées lui étaient consacrées en novembre dernier, à l’Ecole polytechnique.

Mai-juin 68, l’économie française fonctionne au ralenti. Pas pour tout le monde. Robert Guillaumot a 38 ans. Il met à profit cette période d’effervescence sociale et culturelle, pour réfléchir avec des amis à la constitution d’une entreprise innovante. Ce sera Inforama, société de conception de logiciels, pour le secteur de haute technologie. Un an plus tard il participe avec quelques autres à la création de la branche informatique de Syntec (qui deviendra Syntec Informatique en 1972).

Robert Guillaumot avait déjà pour lui une expérience de cadre dirigeant. Il fut l’un des Directeurs de la célèbre SVP, qu’il contribua à renouveler avec son fondateur, Maurice de Turckheim qui en avait imaginé le principe dès les années 1930.

Auparavant, il y eut une brève carrière militaire, interrompue en 1955 avec le grade de lieutenant, mais tout aussi déterminante. « Mon savoir- faire dans le renseignement militaire et mon intérêt pour les questions d’information, à travers SVP, m’ont incliné à voir s’il n’y avait pas un meilleur moyen d’utiliser les ordinateurs qui commençaient à faire leur apparition. A l’époque, on ne les envisageait pas autrement que comme un moyen d’automatiser les processus manuels. Or, nous avions l’intuition qu’ils pouvaient servir pour traiter de la connaissance »

Nous ne sommes qu’au tout début de l’informatique. Le mot n’existait pas. Il sera inventé plus tard, en 1972. Nous n’en sommes aussi qu’au début d’un autre mouvement qu’on appelait pas encore l’intelligence économique. « Depuis toujours, explique Robert Guillaumot, le renseignement est l’outil pour adosser des décisions, mais, durant les années 70, on assiste à l’apparition d’une discipline désignée sous le nom un peu désuet aujourd’hui de “ veille technologique ” ». Lequel devait cependant nourrir la constitution de intelligence économique.»

« Après SVP », Robert Guillaumot rejoint en 1964 l’entreprise Francis Bouygues (EFB) comme attaché à la Direction générale, où il travaille jusqu’en 1967, date où à l’occasion des JO d’hiver de février 1968, il devient le Secrétaire général de BIS fournisseur exclusif des Jeux Olympiques de février 1968. Il ouvre un bureau à San Francisco en 1972, en partenariat avec une société américaine (IMI) avec laquelle il ouvre une division SMID (Strategic Marketing Intelligence Division) aynat pour mission de suivre l’innovation technologique dans la Silicon Valley. Un des principaux clients de SMID, de l’époque est Electronique Marcel Dassault. « C’est ainsi que nous avons commencé à faire de l’intelligence économique dans le domaine civil, mais organisé aussi rigoureusement que dans le domaine militaire. Dans les entreprises aussi, il ne peut y avoir de bon commandement qui ne soit adossé à un service de renseignement parfait sur l’environnement dans lequel l’activité se développe. Il en va de la réussite des opérations de terrain. »

Un autre tournant intervient dix ans plus tard, toujours aux Etats-Unis. Nous sommes au milieu des années 80, soit quelques années avant la chute du Mur de Berlin. « La célèbre CIA était peuplée de gens particulièrement doués en matière de renseignement. Je pense en particulier à des spécialistes comme Robert Steel, à Yann Herring  et à bien d’autres. Ils avainet bien perçu que l’URSS allait s’effondrer et que  par conséquent les budgets qui les faisaient vivre seraient revus à la baisse ! » Et Robert Guillaumot d’expliquer comment ils se sont rapprochés d’universitaires pour réfléchir à la manière de mettre les techniques du renseignement militaire au service des « états-majors » des grandes sociétés privées. Parmi ces universitaires, Michael Porter, celui-là même qui devait promouvoir la notion de cluster ! Dans ce contexte, les premières sociétés spécialisées dans l’ « intelligence économique » voient le jour, dont la plus ancienne aujourd’hui Scip (pour Society of Competitive Intelligence Professionnals).

Engagé dans ce mouvement et pour les besoins de ses activités professionnelles, Robert Guillaumot continue à se rendre régulièrement aux Etats-Unis. « J’y passais trois mois pleins chaque année. » Au fil du temps, l’idée lui trotte dans la tête d’introduire ce savoir-faire en France. Un jour, des responsables de la Scip prennent contact avec lui, pour créer une antenne en France. « Très vite, j’ai vu qu’un problème particulier allait se poser. A cette époque, Scip aux Etats-Unis était dirigée par le patron du renseignement de Boeing. Travaillant en France pour des sociétés françaises concurrentes (dont Electronique Marcel Dassault, l’Aerospatiale, etc.), je ne pouvais pas coopérer avec un tel responsable. » Il décide donc de fonder l’équivalent, une Association d’intelligence économique, avec quatre autres personnes parmi ses relations ou ses collaborateurs. Nous sommes en 1992.

A cette époque, il préside toujours aux destinées du groupe Inforama -  une SS2I – dont l’une des originalités était de travailler à la convergence entre le corpus doctrinal de l’intelligence économique et les nouvelles technologies de l’information ; cela pour faire en sorte que les progrès réalisés dans ce domaine ne se limitent pas à l’automatisation d’applications de gestion. Il prêche la bonne parole auprès de ses homologues qu’il côtoie dans le cadre de l’Association européenne de l’industrie du logiciel et des services informatique (ESIA) qu’il présidera cinq ans durant jusqu’en l’an 2000. Non sans se heurter à des résistances. De là la création en 1993 de l’Académie d’intelligence économique, dont la vocation sera la valorisation et la diffusion des savoirs, outils et applications utilisés en intelligence économique.

Pour accéder à l’entretien qu’il nous a accordé, cliquer ici.

Un précédent article avait été consacré à l’intelligence économique, à travers un entretien avec Philippe Laurier, spécialiste de cette discipline qu’il enseigne à l’Ecole polytechnique. Pour accéder à cet article, cliquer ici.

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