Phonoptics : des capteurs en fibre optique pour des environnements très hostiles. Entretien avec Vivien Staehle

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Suite de nos échos à l’inauguration de la plateforme de financement participatif Siinaps, intervenue le 18 septembre dernier, à travers le témoignage de ce startupper parmi les premiers à y recourir, et qui nous en dit plus sur la genèse de sa propre start-up, Phonoptics et sa solution technologique : un capteur en fibre optique utilisable dans des environnements hostiles.

- Si, pour commencer, vous deviez pitcher Phonoptics ?

Phonoptics est une start-up issue de la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE) de l’Institut d’Optique où j’ai poursuivi mes études d’ingénieur. Elle a été créée en septembre 2014, avec Jean-Michel Malavielle, Directeur Technique chez SEDI-ATI [à gauche sur la photo], que j’ai rencontré à cette occasion. Elle conçoit et fabrique des capteurs à fibre optique pour des environnements hostiles (parce que radioactifs, à haute température, etc.). Icono Vivien Staehle FLP_2386Jusqu’à présent, l’essor de ce type de fibre a été porté par le secteur des Télécoms. Pourtant, on peut l’exploiter pour la conception de nouvelles générations de capteurs, recourant non plus à l’électricité, mais directement à la lumière. Ce qui évite tous les problèmes du traditionnel fil du cuivre utilisé en électronique : à commencer par une moindre résistance à la température – au-delà de 120 degrés, le fonctionnement devient très difficile voire impossible. La fibre optique résiste, elle, à des températures bien plus élevées. Ce qui permet donc de l’utiliser dans des environnements plus hostiles (sachant qu’elle résiste aussi à des températures très basses). Ce n’est pas tout : elle est insensible aux perturbations électromagnétiques, ce qui permet de l’utiliser dans des accélérateurs à particules, par exemple. Non seulement elle n’est pas perturbée, mais encore elle n’introduit pas de perturbation, à la différence, encore une fois, du fil en cuivre.

- Peut-on parler d’innovation disruptive ? Ou pour le dire autrement : êtes-vous les premiers à proposer ce type de solution ?

Même quand votre solution est très innovante, vous finissez toujours par rencontrer des concurrents potentiels. Nous n’échappons pas à la règle : nous en avons aussi et, pour tout vous dire, nous en découvrons encore régulièrement de nouveaux. Pour l’essentiel, il s’agit d’entreprises danoises, allemandes, suisses, américaines ou israéliennes. Récemment, j’ai découvert une société autrichienne. En revanche, nous ne comptons toujours pas de concurrents français. Au final, le concurrent le plus sérieux est une entreprise israélienne, créée il y a une quinzaine d’années. Cette concurrence n’est pas un mal. Au contraire, elle entretient une certaine émulation. Et, manifestement, les enjeux dont nous traitons en suscitent une, qui nous entraîne, nous pousse à innover toujours plus.

- Quelle est donc votre valeur ajoutée ?

Entre autres avantages, notre solution ne recourt qu’à une fibre tandis que celle de nos concurrents en comporte deux. La différence peut paraître anodine. En fait, cela permet de disposer d’un capteur plus simple et donc moins coûteux, mais aussi plus robuste. Simplicité et robustesse vont en effet de pair. Mais notre véritable valeur ajoutée réside dans le fait d’avoir repoussé très loin les limites de la résistance aux hautes températures. De manière générale, les capteurs proposés par la concurrence ne résistent pas à plus de 300° et 400°. Le nôtre fonctionne encore à 1 500°. En ce sens-là, et pour répondre à votre précédente question, on est bien dans une innovation disruptive. Tant et si bien que plusieurs de nos concurrents ne cachent pas leur intérêt pour nos produits et nous ont approchés pour les intégrer dans leur catalogue.

- Dans quelle mesure l’écosystème de Paris-Saclay a-t-il été favorable à l’éclosion de votre start-up ?

J’ignore si nous aurions pu la créer en dehors, même si, a priori, d’autres écosystèmes existent, qui sont très favorables à l’innovation, y compris dans le domaine de l’optique. Toujours est-il que pour développer une start-up comme la nôtre, il nous fallait être dans un écosystème à la pointe de la technologie. Outre l’Institut d’Optique – une des meilleures écoles au monde dans ce domaine ! – il compte de très bons laboratoires. Grâce à la FIE, j’ai pu réfléchir à mon projet, alors que j’étais encore étudiant. J’ai pu aussi discuter avec des professeurs et chercheurs qui m’ont aidé à traiter de problématiques que je rencontrais. Dès sa création, Phonoptics a été hébergée dans le 503 et ce, gratuitement, pendant un an. Quand on n’a pas de fonds propres, comme c’était mon cas, c’est un avantage plus que précieux. D’autant que cela m’a permis de rester en contact avec des chercheurs. Le plus extraordinaire, quand vous baignez dans ce genre d’environnement, c’est la possibilité d’y rencontrer même de manière très fortuite, la bonne personne au bon moment, qui vous apportera « La » solution au problème sur lequel vous buttiez depuis longtemps. A défaut, cette personne vous mettra en lien avec une autre, qui vous fera faire des bonds dans le développement de votre start-up.

- Mais c’est de sérendipité, cet art de trouver ce qu’on n’a pas cherché mais dont on avait besoin (si on s’en tient à la définition ordinaire), que vous témoignez–là !

Je n’avais pas spécialement ce terme en tête, mais c’est tout à fait cela. En voici une illustration : un jour, dans un couloir de l’IOGS, je tombe sur un chercheur. On se met à discuter. A tout hasard, je lui demande s’il connaissait un produit (le nitrure de silicium), particulièrement difficile à trouver et dont j’avais besoin pour les besoins d’un test. Il se trouvait que lui en utilisait chaque jour pour les besoins de ses recherches ! Et mon interlocuteur de se proposer de m’en donner un échantillon. Grâce à quoi, j’ai pu effectuer mon test, lequel déboucha sur les résultats que j’attendais ! Voilà un déclic parmi d’autres qui m’ont permis d’avancer, mais qui n’aurait pas été possible sans cet environnement propice à des rencontres fortuites et néanmoins cruciales.

- Une autre anecdote ?

Oui, cette fois, c’était au 503, qui, comme vous le savez, héberge de nombreuses start-up et entreprises. En discutant avec un startupper, qui développe des capteurs mais pour de tout autres applications que le mien, je m’aperçois que nous mobilisions néanmoins une technologie similaire. Là encore, son expérience m’a permis d’avancer dans le développement de nos propres capteurs.
De manière générale, force est de constater que le déblocage de situations, que ce soit sur le plan de la recherche ou sur le plan technique, ou encore financier, tient à de petites choses : des rencontres fortuites, donc, qui se font au bon moment. On cherche, on ne trouve pas, jusqu’au jour où la solution à un problème auquel on se heurtait, va surgir. Manière de dire que le startupper se doit de garder l’esprit éveillé et d’être patient. Bref, ce n’est pas mentir que de dire que l’écosystème a favorisé l’éclosion de notre start-up. Tout étudiant que j’étais, âgé de 24 ans, j’ai pu sortir un prototype unique au monde. Merci aussi à la FIE !

- Pourriez-vous néanmoins être amené à quitter le Plateau de Saclay ?

Ce serait encore mentir que de dire que nous ne le ferions jamais. D’ailleurs, tout en gardant de fortes attaches avec le Plateau de Saclay, nous l’avons quitté pour nous installer à Courcouronnes…Après deux ans passés au 503, nous avons saisi l’opportunité offerte par un de nos actionnaires, qui y gère un bâtiment industriel. Nous y disposons de plus de place et ce, à un tarif préférentiel. Nous n’en restons pas moins liés à l’écosystème de Paris-Saclay et au 503 en particulier. D’autant que les entreprises avec lesquelles nous développons notre technologie sont implantées dans le secteur.

- D’autres motifs sont-ils intervenus dans votre choix ?

Force est de reconnaître que toutes les compétences dont nous avons besoin ne sont pas encore présentes sur le Plateau de Saclay. D’autres écosystèmes sont dynamiques dans le domaine qui nous intéresse. Rien qu’en France, il y a ceux de Marne-la-Vallée (où j’ai déjà identifié un partenaire industriel) et de Lille (autour d’Euratechnologies).

- Dans quelle mesure les problématiques de transport ont-elles également pesé ?

Il est clair que les conditions d’accessibilité du Plateau de Saclay sont problématiques. Elles limitent nos possibilités de recrutement de salariés aussi bien que de stagiaires, a fortiori s’ils viennent de Paris. Rappelons qu’il faut de l’ordre d’une heure/une heure et demie si l’on y vient en transport en commun. Je m’empresse cependant de nuancer ce constat en rappelant que, sur ce même plateau, nous sommes environnés de nombreuses grandes écoles qui constituent un important vivier de stagiaires. Et quoique implanté à Courcouronnes, je cherche encore à en recruter. Malheureusement, beaucoup rechignent à venir jusque-là. Ils ne disposent il est vrai que d’un bus. C’est dire si on attend avec impatience le Tram Train censé relier Evry et Massy, en une vingtaine de minutes.

- Venons-en à Siinaps. Qu’est-ce qui vous a motivé à solliciter cette plateforme de financement participatif ?

Avec notre associé, nous étions en recherche de fonds pour accélérer notre développement. Nous nous sommes rapprochés de business angels : Badge (pour Business Angels des Grandes Ecoles) et Invest Y (des business angels des Yvelines, qui cherchent à étendre leur périmètre au Plateau de Saclay). Ce sont ces derniers qui nous ont signalé la création de Siinaps. Comparé à d’autres plateformes de financement participatif, celle-ci offre l’avantage de nous mettre face à un seul et même interlocuteur pour les prêts aussi bien que pour les investissements.
Ajoutons que des plateformes comme Kickstarter sont plus adaptées aux start-up en B to C, qui, en retour de la participation de particuliers, peuvent leur proposer leur produit ou service à des tarifs préférentiels. Mais pour une start-up en B to B comme la nôtre, la contrepartie est plus difficile à définir : nos produits se chiffrent à plusieurs milliers d’euros et s’adressent à des professionnels.

A lire aussi l’entretien avec Laurent Thiery, fondateur et président de la société Enalees, qui a mis au point un diagnostic moléculaire permettant aux vétérinaires d’effectuer eux-mêmes l’analyse de prélèvement de sang – pour y accéder, cliquer ici.

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