Penser et agir à l’international à tous les étages. Rencontre avec Claire Lenz

Claire Lenz Paysage
Depuis décembre 2014, elle est Responsable de la communication internationale de l’École polytechnique, un poste créé pour mieux faire connaître les particularités de cette école dans son écosystème de Paris-Saclay. Claire Lenz, également Directrice adjointe de la communication, a bien voulu nous en dire plus sur ses missions.

- Vous avez été nommée, en décembre 2014, Responsable de la communication internationale de l’X. En quoi consiste ce poste et à quel constat a répondu sa création ?

Quand je suis arrivée à l’École polytechnique, il y a de cela trois ans, je revenais de l’Université de Chicago, où j’avais pu constater à quel point les grandes écoles et universités françaises étaient méconnues. Certes, au sein du milieu académique que je fréquentais, elles ont une certaine réputation – la plupart de mes interlocuteurs connaissaient Paris-Sud, la Sorbonne, l’ENS, sans oublier l’École polytechnique – mais leur vision de notre système d’enseignement supérieur n’en restait pas moins relativement floue. Il faut dire que celui-ci est particulier avec ses classes préparatoires et sa distinction entre universités et grandes écoles, qui le rendent moins facilement lisible que le système Undergraduate/Graduate qu’on connaît ailleurs. Donc, quand je suis arrivée à l’École polytechnique, cette communication à l’international était déjà un enjeu qui me tenait à cœur.
Que pouvions-nous mettre en place pour améliorer la notoriété de cette école et, au-delà, pour rendre plus lisible notre système d’enseignement supérieur et ses atouts ? C’est la question que nous nous posions aussi bien au sein de la direction de la communication que de celle des relations internationales. Jusqu’alors, d’autres chantiers – à commencer par la création de l’université Paris-Saclay – nous avaient empêchés de nous atteler à l’élaboration de réponses. Mais, progressivement, l’idée s’est imposée d’y consacrer un poste dédié, rattaché à la communication, mais en lien avec la direction des relations internationales, désormais composée de trois métiers. A savoir :
- la gestion des mobilités : celle des étudiants que nous accueillons (soit la mobilité entrante), mais aussi celle des étudiants qui vont à l’étranger, dans le cadre d’échanges avec des établissements partenaires (la mobilité sortante).
- le développement international à travers les partenariats. A ce jour, l’École polytechnique en compte de l’ordre de 200 à travers le monde. L’objectif est de se focaliser sur une vingtaine de partenariats stratégiques avec des écoles et des universités, non seulement de premier plan mondial, mais encore avec lesquelles nous partageons des ambitions et des valeurs communes.
- enfin, la communication internationale, qui aura désormais vocation à « faire savoir », aussi bien en interne qu’en externe. En interne, en effet, en montrant que l’École polytechnique est un établissement d’enseignement supérieur et de recherche plus que jamais tourné vers l’international, en rendant compte notamment des partenariats que j’évoquais tout à l’heure. En externe, il s’agit de promouvoir l’École polytechnique et l’écosystème de Paris-Saclay dans lequel elle s’inscrit désormais, en le présentant comme la Silicon Valley à la française, ni plus ni moins. Paris-Saclay concentre de fait une part importante de la recherche française, publique et privée. En être un élément moteur est bien évidemment un atout à valoriser auprès de nos interlocuteurs étrangers.

- Eux-mêmes, en perçoivent-ils l’importance ?

Oui, cet écosystème suscite une curiosité grandissante, que ce soit de nos partenaires ou des médias et du public. Nos interlocuteurs prennent conscience de l’importance du cluster Paris-Saclay à l’international. L’X compte déjà plusieurs laboratoires communs avec l’ENSTA ParisTech, l’Université Paris-Sud, le CNRS ou le CEA, par exemple. Nous travaillons par ailleurs étroitement avec les centres de R&D d’Horiba, de Thales ou d’EDF. Chaque présentation de l’X à l’étranger est aussi l’occasion de rappeler cette réalité, qui est un facteur d’attractivité.

- Que comptez-vous faire concrètement pour renforcer cette communication à l’international ?

En premier lieu, nous nous employons à utiliser chacune de nos « vitrines » pour témoigner de l’ouverture à l’international de l’École polytechnique. La première de ces vitrines, c’est bien sûr notre site web, accessible aussi bien en français qu’en anglais.
Il faut ensuite veiller à soigner l’accueil des publics internationaux. Aussi accordons-nous beaucoup d’importance à l’antenne de la sous-préfecture de Palaiseau située sur notre campus et destinée à faciliter les démarches administratives des étudiants comme des enseignants-chercheurs étrangers de Paris-Saclay. Cela peut paraître quelque chose de bien anodin. C’est en réalité un progrès, que nous avons intérêt à mettre en valeur dans l’intérêt de l’X, mais aussi de Paris-Saclay.
Autre vitrine : les visites de personnalités et de délégations étrangères. L’école en reçoit depuis toujours et très régulièrement. Par exemple, et pour ne citer que les plus récentes, nous avons reçu un médaillé Fields, l’Autrichien Martin Hairer, venu à l’invitation de la Fondation Jacques Hadamard ; le prix Nobel 2014 de Chimie, Eric Betzig. Nous avons reçu également des Présidents d’université, des PDG, des Ministres ou encore des Ambassadeurs, du Japon, d’Ukraine, du Maroc, etc. Jusqu’à présent, nous ne communiquions pas plus que cela sur ce genre d’événement. Pourtant, ces visites témoignent de l’attractivité de l’École à l’international. Nous nous employons donc désormais à le faire savoir. Entre autres initiatives, nous avons lancé l’émission « L’X on air », version anglaise de l’émission « L’Invité de l’X » créée par la Direction de la communication il y a deux ans, à laquelle nous convions ces personnalités. Nous les interrogeons sur leur domaine de compétence, leur perception de Paris-Saclay, etc. L’interview se fait en anglais, en général, et dans notre propre studio.
Certaines personnalités viennent plus particulièrement découvrir le projet de Paris-Saclay et nous travaillons dans ce cas main dans la main avec l’Université de Paris-Saclay pour leur organiser une visite, conjointement avec d’autres institutions de l’écosystème. C’est au final bien plus que de la communication : il s’agit d’incarner la dimension internationale de l’École polytechnique, en même temps que son insertion dans Paris-Saclay…

- Allez-vous jusqu’à mobiliser le personnel de l’école ?

Vous faites bien de l’évoquer, car c’est en soi une autre vitrine. De plus en plus de personnes sont directement en prise avec l’international : je pense en particulier au personnel au contact des élèves étrangers ou en partance pour l’étranger. Je pense aussi aux enseignants et aux chercheurs appelés à se rendre à l’étranger ou à recevoir des collègues. Nous les préparons en amont sur des questions qu’on est susceptible de leur poser (notamment sur la place du militaire à l’X, qui n’est pas toujours facile à expliquer à des interlocuteurs internationaux !).

- Justement, qu’en est-il des effets du statut de l’École polytechnique, qui relève du Ministère de la Défense, sur sa perception à l’étranger ?

C’est une question qui revient souvent dans la bouche des étudiants étrangers qui s’interrogent sur la place du militaire dans la scolarité à l’X. La réponse est en réalité variable selon leur cycle de formation. Seuls les élèves ingénieurs polytechniciens interagissent directement avec le personnel militaire dans le cadre de leur formation humaine. Pour les étudiants en Master et doctorat, l’influence militaire se limitera à l’imprégnation des valeurs de l’X, que j’évoquais tout à l’heure – à commencer par l’intégrité. Ces étudiants pourront ainsi croiser des militaires à la cantine, mais au quotidien, c’est avec des chercheurs et des enseignants qu’ils seront amenés à échanger.

- En dehors des vitrines que vous avez évoquées, que prévoyez-vous pour approfondir la communication internationale ?

Le renforcement de l’événementiel aussi bien ici, sur le Plateau de Saclay, qu’ailleurs dans le monde, en nous appuyant pour ce faire sur le réseau des Alumni. Par exemple, en avril dernier, le groupe X-Maroc a souhaité faire un colloque sur l’innovation et l’entrepreneuriat, des problématiques en résonance avec nos préoccupations, comme vous le savez. Dès le mois de mars, Jacques Biot s’est rendu sur place pour aller à la rencontre de la communauté des Alumni marocains, afin d’exposer la position de l’X sur ces enjeux. Le colloque s’est ensuite déroulé en présence de Matthieu Somekh, Responsable du pôle Entrepreneuriat et Innovation [et de la toute nouvelle Fibre Entrepreneur – Drahi X-Novation Center ; pour en savoir plus, cliquer ici ], et de Franck Pacard, Directeur de l’enseignement et de la recherche. En plus d’anciens, le colloque a mobilisé des startuppers, des industriels et des politiques [pour en savoir plus sur ce colloque, cliquer ici].

Nous comptons organiser d’autres événements de ce type toujours, bien sûr, avec l’appui de nos anciens. Ici-même, à l’X, un événement a été organisé à l’initiative de l’association des élèves germanophones de l’école : il s’agit d’une exposition, à la bibliothèque, en hommage à La Rose blanche, ce mouvement de résistance estudiantin allemand à Hitler, apparu dans les années 1942-43. Une conférence a été donnée à l’occasion de son vernissage, par Wolfgang Huber, dont le père, exécuté pendant la guerre, a fait partie de ce mouvement. Nous y avons convié nos partenaires allemands, des acteurs du Plateau de Saclay, des journalistes, sans oublier le Conseiller culturel de l’Ambassade d’Allemagne. Un événement qui devait être aussi l’occasion de réaffirmer notre attachement à certaines valeurs, comme l’intégrité. Nous nous attelons par ailleurs à l’organisation d’un forum sur l’Afrique. A chaque fois, nous communiquons donc sur ces événements pour encore une fois, donner à voir et à sentir la réalité internationale de l’X.

- Est-ce que je résume bien votre ambition en considérant qu’elle consiste à penser et agir international « à tous les étages » ?

(Sourire) C’est exactement cela. Concrètement, cela suppose d’actionner tous les outils disponibles, en même temps et de manière cohérente. La moindre mission que nous préparons à l’étranger implique de nombreux services au sein de l’école – nous travaillons avec le pôle entrepreneuriat et innovation, avec l’enseignement et la recherche comme avec les partenaires les plus proches : le réseau des anciens, la Fondation, etc.
La communication à l’international ne se limite donc pas à la diffusion de communiqués de presse – même si ceux-ci ont leur importance. Il s’agit, encore une fois de faire voir et sentir la dimension internationale de l’école. A l’étranger et ici-même. Ce qui passe par un soin apporté jusque et y compris, j’insiste sur ce point, dans l’accueil des étudiants et des visiteurs étrangers.

Pour accéder à la suite de l’entretien, cliquer ici.

Légende de la photo illustrant le texte : Elisabeth Crépon et Yves Demay (à droite) lors du Forum Franco-Ukrainien. Crédit du portrait de Claire Lenz, en page d’accueil : Jeremy Barande / Polytechnique.

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