Paysage de préfiguration : l’utile à l’agréable

Paysage de préfiguration près de Bordeaux

En matière d’aménagement aussi l’innovation peut résoudre des équations qui semblaient jusqu’alors insolubles. Michel Desvigne, paysagiste et mandataire du groupement d’architectes et d’urbanistes de Paris-Saclay propose d’accompagner la transformation de la frange sud du plateau de Saclay grâce au paysage. Un concept ingénieux.

Comment créer une vie de quartier animée et préserver le confort des usagers au beau milieu de ce qui s’annonce comme un chantier de longue haleine ? Comment concilier travaux de construction et protection de l’environnement ?

Une économie écologique

Michel Desvigne, Grand Prix de l’urbanisme 2011

Après Michel Corajoud en 2003, il est le deuxième paysagiste à recevoir la distinction. Rien d’étonnant à ce qu’elle revienne cette année à celui qui voit le travail sur le paysage comme le « substrat du projet urbain ». Théoricien du paysage – notamment sur la question des « lisières » entre la ville et la campagne, enseignant (Harvard, Ecole nationale du paysage), il a accompagné de nombreux projets remarqués en France (Lyon, Montpellier, Bordeaux…) comme à l’international, aux Etats-Unis ou au Japon, notamment.

Remède contre les friches, les délaissés et une désagréable impression d’inachevé, le paysage de préfiguration part d’une idée simple : les zones appelées à être urbanisées sont transformées en prairies ; les rues et voies sont matérialisées par des chemins au cœur de ces prairies. Ainsi, le paysage de préfiguration donne à voir le futur du quartier, sous forme de jardin, et non sous forme de chantier poussiéreux. La qualité donnée au site est immédiate. Les limites de l’urbanisation sont posées et lisibles.

Dans les faits, il s’agit de mettre en œuvre une véritable ingénierie qui répond à des problématiques environnementales et techniques multiples : gestion de l’eau, climat, stockage de la terre, des amendements et des matériaux de construction, plantations…

6 étapes

Loin d’un concept intangible, le paysage de préfiguration est progressif et flexible pour s’adapter aux temps et aux aléas des chantiers.

  1. Avant les premiers travaux, des digues et des bassins secs sont construits pour recevoir les eaux de pluie et d’orage.
  2. Ils forment ainsi une trame qui accueillera les prairies, des zones de stockage, des bassins de filtration ou de dépollution. La terre végétale excavée est stockée de manière à préserver sa fertilité puis réutilisée.
  3. Les premiers arbres sont plantés. Certains resteront, d’autres y seront en pépinière, replantés ultérieurement dans les espaces publics des quartiers.
  4. Les chemins se dessinent. Les prairies matérialisent les futurs contours et formes du quartier.
  5. Progressivement les bâtiments et les terrains de sports s’installent dans ces paysages, les chemins deviennent des rues et des voies.
  6. Une fois le campus achevé, le paysage signe à la fois l’ambiance particulière du lieu tout en maintenant le lien avec les vallées et les villes existantes.

Le campus Paris-Saclay, ne se fera pas en un jour. L’arrivée des établissements d’enseignement supérieur, des laboratoires comme l’implantation des équipements publics, des services, des commerces et des logements qui les accompagneront s’échelonneront sur plusieurs années. Grâce aux paysages de préfiguration, les changements se feront en douceur, et de manière plus naturelle.

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