Paris-Saclay vu par un géant de l’industrie pharmaceutique. Rencontre avec Philippe Subiron (2e partie).

SanofiPaysage1
Suite de l’entretien avec Philippe Subiron, qui explicite les motifs de l’intérêt du Centre de R&D Sanofi de Chilly-Mazarin pour la dynamique de cluster de Paris-Saclay.

Pour accéder à la première partie de l’entretien avec Philippe Subiron, cliquer ici.

- De là notre intérêt pour la dynamique à l’œuvre sur le Plateau de Saclay ?

Oui. Bien que situé en périphérie de l’OIN, nous ne cachons pas notre vif intérêt pour la dynamique à l’œuvre à travers le campus Paris-Saclay.

- Avez-vous déjà noué des contacts ?

Oui, bien sûr. Nous ne partons pas de rien. Au niveau des activités scientifiques et médicales, des contacts ont été déjà établis dans le domaine des maladies neurodégénératives qui sont associées au vieillissement (Alzheimer et Parkinson) et dans le domaine des maladies cardiovasculaires avec, notamment, les équipes du CEA, des plateformes de MIRCen, de Neurospin ou encore le LabEx Lermit. Maintenant, leur niveau actuel n’est pas à la hauteur du développement et du potentiel scientifique présents sur le Plateau de Saclay et loin de ce que nous faisons dans l’autre cluster d’excellence scientifique, celui de Boston où nos équipes de recherche en oncologie et dans les maladies rares travaillent déjà en étroite relation avec les instituts de recherche de Havard, du MGH ou du MIT, tout comme d’ailleurs avec la communauté biomédicale.
Reconnaissons que Paris-Saclay qui a vocation de devenir un cluster de classe mondiale, est encore en phase de construction. Nous sommes d’autant plus attentifs à son avancement qu’un pôle santé va y être constitué. Reste que nous ne sommes pas dans la même configuration que le cluster d’excellence de Boston, qui est concentré sur un périmètre restreint.

- On en revient à la question des transports et de l’accessibilité…

Il est vrai que l’amélioration des conditions de transport est une condition sine qua non de sa réussite, compte tenu de la superficie de ce territoire et du nombre d’établissements qui y sont concentrés. L’excellence du campus de Boston-Cambridge doit beaucoup à la proximité entre les laboratoires, les universités, les hôpitaux, sans oublier les biotechs.
Pour notre part, notre force est de pouvoir nous appuyer sur Paris, aussi bien pour notre site de Chilly-Mazarin que pour celui de Vitry-Alfortville. Au plan mondial, l’un et l’autre sont perçus comme parties intégrantes du pôle parisien de la R&D du groupe Sanofi.
J’observe que le campus aménagé sur le Plateau de Saclay fait de même en associant son nom à Paris. C’est bien évidemment primordial pour l’attractivité auprès des chercheurs, étudiants et investisseurs étrangers.
Cette identification à une grande ville suppose cependant une accessibilité par les transports. Aussi riches que soient les activités proposées sur Paris-Saclay, il est clair que l’attractivité passe par une interconnexion avec Paris. Car c’est cette proximité effective que les chercheurs, étudiants et investisseurs rechercheront. L’époque des centres de recherche perdus dans la forêt ou au milieu de champs de blé est révolue. La proximité avec la nature ne saurait suffire pour attirer l’excellence académique ou les salariés hautement qualités d’une grande entreprise. Il y a besoin d’une proximité effective avec Paris.

- Preuve s’il en était besoin que Paris-Saclay ne se construit pas contre, mais avec le reste de la Région parisienne…

Levons s’il en était besoin cette ambiguïté : l’écosystème biomédical qui est en train de se construire en Région parisienne repose sur un ensemble qui déborde largement Paris-Saclay. Comment pourrait-il en être autrement ? La recherche exige comme je l’ai dit des liens étroits avec le milieu hospitalier. Or, faut-il le regretter, toujours est-il que le Plateau de Saclay en est dépourvu. A contrario, la capitale compte un ensemble d’hôpitaux mondialement reconnus, que ce soit Necker, La Pitié-Salpêtrière,… Ajoutons les nombreux instituts à la pointe de la recherche : l’Institut Gustave Roussy, l’Institut Curie, l’Institut Pasteur,… avec lesquels nous sommes bien évidemment en lien.

- Etes-vous confiant dans l’avenir d’un projet comme Paris-Saclay ?

La R&D est faite par des femmes et des hommes qui ont besoin de temps. C’est particulièrement vrai dans le domaine pharmaceutique : il faut de l’ordre d’une dizaine d’années pour découvrir et développer un médicament. Il a fallu du temps pour asseoir l’excellence scientifique et médicale de notre Centre R&D de Chilly-Mazarin. Il en faudra nécessairement pour construire Paris-Saclay. Ce projet n’en est pas moins déjà enthousiasmant. Voyez-le nom des architectes qui vont construire les futurs bâtiments des écoles qui vont rejoindre le Plateau de Saclay. Nous ne pourrons qu’être fiers du résultat. Il faut juste un peu de patience. Pour notre part, nous avons l’habitude de nous inscrire dans le temps long.
Cela étant dit, Paris-Saclay est déjà une réalité pour nombre de nos collaborateurs : une centaine de nos scientifiques y habitent ! Paris-Saclay est leur lieu de vie.

- A un titre plus personnel, en quoi la dynamique de Paris-Saclay vous intéresse-t-elle ?

Je suis ingénieur de formation. L’évolution du système d’enseignement avec ses universités et ses grandes écoles m’intéresse. Je suis aussi intéressé par la dynamique de cluster : j’ai fait une grande partie de mes études à Grenoble qui constitue, s’il en est, un autre cluster de grandes écoles et d’entreprises, de première importance en France. C’est dire si je suis de près à la fois à titre professionnel mais aussi personnel ce qui se joue actuellement à Paris-Saclay. La France a la chance de compter des grandes écoles et de grandes universités. Je note que ce même projet vise à en regrouper et non des moindres puisqu’il s’agit de Polytechnique, l’Ecole centrale, Supelec, l’ENS Cachan, l’université Paris-Sud etc. Le défi mérite d’être relevé, car chacun des grands clusters mondiaux a une taille autrement plus importante que chacune de ces grandes écoles prise isolément.

 

1 commentaire à cet article
  1. Ping : La R&D pharmaceutique à l’heure de l’innovation ouverte. Rencontre avec Philippe Subiron (1re partie) | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>