Paris-Saclay vu de Zurich. Entretien avec Florian Emaury

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Suite de nos échos aux dix ans de la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE) de l'IOGS, à travers, cette fois, le témoigne de Florian Emaury, qui l’a intégrée à ses débuts. Même s’il a, aux sortir de cette formation, opté pour une thèse et l’expérience professionnelle à l’international, il n’a pas renoncé à se lancer dans l’entrepreneuriat innovant.

- Si vous deviez vous présenter en quelques mots…

J’ai intégré l’IOGS en 2007, après des classes prépas à Poitiers. Pendant les deux dernières années, j’ai, avec trois autres élèves de ma promotion, suivi la FIE en poursuivant un projet suggéré par un chercheur.

- Qu’est devenu ce projet ?

La conception d’un prototype et l’évaluation commerciale de ce projet ont beaucoup évolué durant les deux années que dure la formation, mais ne permettaient pas de supporter la création d’une start-up. Chacun de nous avions en outre l’envie d’avoir une expérience à l’international après nos études. Aussi, d’un commun accord, nous sommes convenus de mettre un terme à ce projet.

- C’est bien l’illustration, au passage, du fait que la FIE n’a pas vocation à ne former que de futurs entrepreneurs. Des élèves qui en sont issus peuvent tout aussi bien intégrer de grandes entreprises avec l’avantage d’une connaissance de l’entrepreneuriat innovant dont ils peuvent faire profiter leur entreprise…

Exactement. C’est pourquoi, mes camarades et moi n’avons pas vécu l’issue de notre projet comme un échec. Encore moins avons-nous regretté d’avoir choisi cette filière qui a eu le mérite de faire bien plus que nous initier à l’entrepreneuriat innovant. Elle nous a inculqué un goût pour la création d’entreprise.
Aujourd’hui encore, les élèves qui intègrent la FIE ont des parcours variés : tandis que les uns vont jusqu’à créer une start-up, d’autres peuvent avoir envie de vivre d’autres expériences, à l’issue de leur formation. Ce qui est à la fois une bonne chose et, convenons-en, problématique : des projets échouent, non pas parce qu’ils ne sont pas viables, mais parce que l’équipe a fini par se scinder. Nous-mêmes, mes camarades et moi, n’étions pas au clair quant à ce que nous voulions faire. Nul doute que si notre projet avait été plus abouti et que nous avions entrevu un plus gros potentiel commercial, nous l’aurions sans doute continué.

- Qu’avez-vous donc fait depuis ?

Personnellement, j’avais envie d’approfondir mon apprentissage de langues étrangères et me frotter à d’autres cultures, tout en approfondissant mes compétences techniques. Je suis donc parti travailler six mois en Angleterre et autant aux Etats-Unis. Puis, j’ai poursuivi une thèse de physique, quatre ans durant, dans le domaine du laser, non pas en France, mais à ETH Zürich (non sans en profiter pour me perfectionner en allemand). Je voulais me ménager la possibilité d’intégrer une entreprise industrielle étrangère : en France, la thèse n’est pas encore aussi reconnue qu’à l’étranger même si cela évolue.

- Avez-vous donc renoncé à créer votre entreprise ?

Non, je travaille actuellement sur un projet, MicPulse, une spin-off issue du laboratoire de recherche d’ETH Zurich, qui développe des solutions lasers innovantes et abordables pour des applications dans l’imagerie biomédicale et la métrologie.

- C’est bien la preuve que le passage par la FIE a des effets durables…

Elle a indéniablement fait germer quelque chose en moi. Quand j’ai intégré l’IOGS, j’ignorais encore l’existence de la FIE, qui, il est vrai, venait d’être créée. Du point de vue familial, je n’avais pas de prédispositions particulières. Et pourtant, j’ai depuis cultivé l’envie d’entreprendre, de concrétiser un concept à travers une démarche entrepreneuriale. Et cette envie est en passe de se réaliser, six ans après ma sortie de l’école.

- Preuve aussi, au passage, qu’on peut être entrepreneur après une expérience de salarié (sans compter la possibilité de redevenir salarié après une aventure entrepreneuriale)…

En effet. Gardons-nous d’opposer entrepreneuriat et salariat. La frontière entre les deux tend à devenir de plus en plus floue. D’autant qu’une autre perspective existe, celle de l’intrapreneuriat, que j’illustre à ma façon, tout en poursuivant un post-doc. Notre génération, comparée à celle de nos parents, devra davantage créer ses propres emplois, tout en créant aussi pour les autres.

- Plusieurs années plus tard, vous voici de nouveau au 503, à l’occasion des 10 ans de la FIE. Ce qui en dit long sur votre attachement…

En effet. Au-delà de la formation, la FIE, c’est aussi un réseau extraordinaire de quelque 150 élèves, sans compter les partenaires qui gravitent autour du 503. Ce réseau m’avait d’ores et déjà permis de trouver mes stages durant mes études et de m’orienter dans mes choix quand il s’est agit de faire une thèse. Il était normal de manifester ma reconnaissance. J’avais aussi envie de savoir où la FIE en était et de découvrir les nouvelles start-up qui ont vu le jour.

- Je vous vois avec une valise. D’où venez-vous ?

De Zurich, dont je suis parti ce matin…

- Sans encombres ?

[Soupire] Zurich possède parmi les systèmes de transport les mieux développés au monde. On mesure d’autant plus le contraste quand on franchit la frontière. Pour venir jusqu’à Paris, cela m’a pris quatre heures en train. Depuis la gare de Lyon, suite à des problèmes sur la ligne A du RER, cela m’a encore pris de l’ordre de deux heures pour venir jusqu’au 503, alors que la distance est beaucoup moindre. Mais, le temps de prendre un RER et de trouver un bus… Et encore, je connaissais le trajet. J’imagine que ceux qui le font pour la première fois prennent plus de temps. C’est dire les espoirs qu’on peut légitimement fonder dans la construction de la ligne 18 du métro automatique.

- Du point de vue de Zurich, Paris-Saclay est-il néanmoins déjà visible ?

Oui, bien sûr. Le projet de Paris-Saclay, consistant à fédérer des universités et de grandes écoles, a beaucoup de sens. L’ensemble compte plus de 70 000 étudiants. Soit près du double qu’ETH Zurich et l’université de Zurich (respectivement 19 000, avec les doctorants, et 26 000). Au-delà des chiffres, Paris-Saclay, ce sont des établissements réputés, qui ont tout à gagner à cultiver leurs spécificités tout en se rapprochant pour être encore plus visibles à l’échelle du monde.

A lire aussi : les entretiens avec François Balembois (pour y accéder, cliquer ici) et Audrey Sylla-Ginoul (mise en ligne à venir).

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