Paris-Saclay vu de Tunis. Rencontre avec Nour Trabelsi

NourTrabelsi2019Paysage
Elle est une lectrice fidèle de Paris-Saclay Le Média, dont elle commente régulièrement les articles sur twitter. Nous avons voulu en savoir plus sur ses propres centres d’intérêt, son cursus, sa vision de l’écosystème, en lui proposant un entretien. Ce qu’elle a accepté de bonne grâce, malgré des études prenantes et pour cause : de nationalité tunisienne, elle prépare les concours aux grandes écoles, avec la perspective de traverser la Méditerranée pour passer des oraux à… CentraleSupélec. Une première surprise, qui en réserve d’autres…

- Vous avez manifesté un intérêt pour les différents témoignages relatifs à la CPGE du lycée de l’Essouriau…

Etant moi-même en classe préparatoire au sein de l’IPEST (Institut préparatoire aux études scientifiques et techniques), à Tunis, j’ai été naturellement intéressée par les témoignages relatifs à celle du lycée de l’Essouriau, d’élèves aussi bien que d’enseignants. Mais mon intérêt ne se limite pas à cela. Aspirant à intégrer une grande école comme CentraleSupélec, je suis tout aussi naturellement curieuse d’en savoir davantage sur cette école, mais aussi son environnement. D’où mon intérêt pour Paris-Saclay Le Média, qui permet de le découvrir à travers les témoignages d’hommes et de femmes qui le vivent au quotidien. Les personnes interviewées ne tiennent pas seulement un discours, elles partagent l’expérience personnelle qu’elles en ont, tout en manifestant un sens du collectif. Et peut-être est-ce aussi pour cela que j’ai aussi apprécié les articles relatifs à la résonance. Car au final, c’est bien de cela qu’il s’agit : les gens cultivent leur singularité tout en interagissant avec les autres, dans le cadre de projets collectifs, dans un souci de mutualisation, de partage, que j’apprécie beaucoup. Je ne perçois pas d’individualisme, mais un souci de cultiver sa singularité, tout en sachant travailler avec les autres. Cela ressort bien aussi des projets innovants dont rend compte votre média : ils apparaissent comme des prétextes à des collaborations avec des gens de divers horizons.

- Venons-en à vous et à votre propre expérience de la classe prépa. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager dans cette voie ?

Au risque de vous surprendre, si j’ai fait le choix d’une classe prépa, c’est parce que je ne savais pas encore dans quel cursus m’engager. D’ailleurs, il me semble que c’est l’intérêt des classes prépas que de permettre de poursuivre des études supérieures, tout en laissant le temps de la réflexion quant à son orientation finale. Elles sont en cela adaptées pour les élèves qui ont comme moi un profil tout à la fois littéraire et scientifique. Certes, les études que j’ai entreprises au sortir du bac me destinent a priori à intégrer une école d’ingénieur, mais la formation qui y est associée est suffisamment large pour ménager l’accès à d’autres filières, que je découvre d’ailleurs au fur et à mesure. On y acquiert aussi des aptitudes qui nous seront utiles tout au long de notre vie : une méthode de travail, un esprit de synthèse sans compter la préparation à l’expression écrite aussi bien qu’orale.

- Vous affichez cependant une passion toute particulière pour l’espace…

En effet, depuis toute petite, je m’intéresse à la recherche spatiale, au point d’entretenir le rêve de devenir astrophysicienne sinon ingénieur dans l’industrie aérospatiale. De là le choix d’une classe prépa scientifique, qui, en plus des motifs que j’ai indiqués tout à l’heure, ménage cette double possibilité. Certes, cela exige beaucoup de travail et ce n’est pas simple tous les jours, mais au moins n’ai-je pas le sentiment de perdre mon temps. Quoi qu’il adviendra, ce sera une expérience enrichissante. Déjà, elle contribue à révéler un potentiel que je ne me soupçonnais pas. Au début, je ne pensais pas être capable de soutenir un tel rythme de travail ni supporter cette image d’usines à concours. En réalité, une classe prépa, et c’est en cela qu’elle porte bien son nom, « prépare » d’abord à se découvrir soi-même, pour mieux aborder sa vie professionnelle et même la vie tout court.

- Comme vous l’indiquiez, vous êtes aussi une passionnée de littérature et de philosophie. En cela, vous êtes une démonstration en chair et en os du fait qu’on peut avoir un esprit tout à la fois scientifique et littéraire…

Merci de le souligner, car, depuis toujours, j’ai effectivement cultivé un goût pour la littérature et la philosophie – je voue en particulier une passion pour Nietzsche et Sartre, entre autres philosophes. L’une et l’autre de ces matières me sont indispensables pour m’engager l’esprit plus tranquille dans l’aventure des études scientifiques. Je dis aventure, car il y a bien quelque chose de cet ordre-là, avec tout l’inconnu que cela suggère, à explorer les mathématiques ou la physique au niveau d’abstraction où on les enseigne en classe prépa. Il y a donc pour moi quelque chose de rassurant à pouvoir parfois trouver refuge dans la littérature et la philosophie. Si, donc, j’aspire à être ingénieure, c’est en un sens large, disons, humaniste. L’ingénierie elle-même n’a de sens que si elle est au service de l’humanité. Un ingénieur ne peut s’en tenir aux seules équations mathématiques et aux lois de la physique pour traiter des problèmes qui se posent à lui. Il doit s’intéresser à toutes les dimensions de l’humain : à sa psychologie, à l’histoire, aux réalités sociales, et donc s’ouvrir aux sciences humaines et sociales, mais aussi à l’art, à la littérature, à la philosophie – on y revient. Et quitte à assumer une approche subjective et personnelle de l’ingénierie comme de la science. C’est ainsi qu’il contribuera à des humanités à même de changer le monde !

- Ce qui suppose aussi de pratiquer d’autres langues que sa langue maternelle. Justement, outre l’arabe et le français, vous parlez couramment l’anglais et l’allemand… Une vraie polyglotte !

(Sourire) Pratiquer des langues, cela me permet de voyager à travers tous les espaces, par-delà les frontières, de démultiplier les perspectives, de mieux comprendre le point de vue des autres, leur culture, de voir ce qu’il y a d’universel et de singulier, d’un continent à l’autre.

- Pour illustrer cette faculté que vous avez à vous jouer des frontières, qu’elles soient disciplinaires, linguistiques ou autres, je ne résiste pas à l’envie d’aborder une autre de vos passions, dont vous ne faites pas mystère d’ailleurs sur votre compte twitter : je veux parler du Barça, dont vous êtes une supportrice ! Preuve au passage qu’on peut avoir l’esprit tourné vers les étoiles et les pieds bien ancrés dans la réalité y compris la plus matérielle sinon « terre-à-terre »…

(Rire) Oui, en effet, je suis supportrice du Barça ! C’est un trait que l’on pourra juger comique de ma personnalité, mais que je prends très au sérieux. Je dois avouer que mon intérêt pour cette équipe est d’abord venu de Neymar, dont j’aimais tout à la fois le jeu et la personnalité. Malgré son départ, je reste une véritable supportrice de cette équipe. La moindre défaite peut m’attrister voire m’emporter, non que je sois mauvaise perdante (je conçois que le Barça trouve parfois plus fort que lui), mais j’aime l’idée que cette équipe soit à la hauteur de sa réputation, en restant aussi performante que possible.
Cela étant dit, je suis la première surprise à être aussi passionnée par cette équipe et le foot en général. A priori, je ne viens pas d’un milieu qui prise particulièrement ce sport. Ma famille apprécie juste, comme tout le monde, de suivre les grandes compétitions sportives.

- Comment y êtes-vous donc venue ?

Tout a commencé pour moi lors de la Coupe du monde de football de 2014 : pour la première fois, j’assistais à des matchs. Au-début, je ne comprenais pas l’intérêt à regarder des joueurs courir après un ballon, juste gonflé d’air. Cela me paraissait insensé ! Mais très vite, je fus sensible à cette manière que les hommes avaient trouvé de se faire la guerre, mais de manière « diplomatique », en s’affrontant, mais dans le respect d’un minimum de règles. Un exemple à méditer, sans doute. Je trouvais aussi remarquable ce mélange de motivations personnelles et collectives, cette tendance qu’ont les joueurs à démultiplier les gestes individuels, à s’attirer les honneurs, dans l’intérêt de leur propre carrière, tout en mettant beaucoup de fierté à défendre les couleurs de leur pays. Une belle métaphore de la manière dont les individus, joueurs et supporters, peuvent produire un élan collectif, qui ne revient à rien d’autre au fond qu’à entrer en résonance, pour reprendre un mot qui vous est cher, mais aussi trouver matière à inspiration, à nourrir des espoirs. De ce point de vue, et au risque de vous surprendre, je dirai qu’il ne devrait pas en aller autrement dans une classe préparatoire. Personnellement, ce que j’aime dans mes études, c’est, au-delà des objectifs personnels visés par les étudiants, cet investissement collectif, y compris des enseignants, dans une dynamique d’apprentissage qui nous amène à nous transcender.

- Merci pour ce témoignage et ces derniers mots qui m’offrent une transition pour évoquer Paris-Saclay, car la métaphore que vous évoquez pourrait s’appliquer aussi à l’écosystème, qui agrège des acteurs – institutions, grandes écoles, laboratoires, entreprises, associations… – extrêmement variés, qui tout en ayant leur intérêt propre, de même que leur histoire, ont appris à s’inscrire dans un projet collectif, au point de faire « équipe » sinon communauté. Un écosystème que vous aurez l’occasion de découvrir en vrai à l’occasion de vos oraux…

En effet, mes oraux se dérouleront à CentraleSupélec ! Ce dont, drôle de coïncidence, je viens d’avoir aujourd’hui même confirmation par email. Je saisis l’occasion de cet entretien pour adresser un message à tous ceux qui passeront les concours : ceux-ci ne sont pas une fin en soi, et quels qu’en soient les résultats, ils marqueront un nouveau commencement. L’important est de rester fidèle à soi-même !

- Nous serons ravis de vous rencontrer à cette occasion. En attendant, précisons que vous aviez déjà eu l’occasion d’approcher cet écosystème pour avoir visité le Château de Versailles… Je résiste d’autant moins à l’envie de vous interroger à ce sujet, que c’est l’occasion d’illustrer jusqu’où vous êtes capable d’aller pour vivre pleinement une expérience…

(Rire) Vous voulez parler de la robe qui a été confectionnée à cette occasion ?

- Oui !

Avant d’y venir, il me faut préciser que je me suis rendue à Versailles à deux reprises. La première fois, j’étais habillée simplement, en jean et t-shirt blanc, comme une touriste. Mais, avec le recul, je me suis dit que j’avais commis-là un véritable crime de lèse-majesté. Je n’avais pas été hauteur de toute cette magnificence ! Or, moi, je voulais éprouver le Château de Versailles et son parc tels qu’ils étaient vécus au temps du Roi Soleil, en me mettant dans la peau d’une Pompadour, et avec l’espoir d’y croiser le Roi en personne, sinon Mazarin ! (Rire).

NourTrabelsiVersaillesPortrait- C’est donc vêtue d’une robe d’époque, que vous y êtes retournée…

Oui, une robe que ma grand-mère, couturière, a confectionnée en reproduisant à l’identique une qu’a portée la marquise de Pompadour, et que nous avions vue lors de mon premier séjour à Versailles. Pour cela, elle s’était donnée la peine de faire des recherches, pour en retrouver le tissu et les motifs. J’ai pour ma part poussé le souci du détail jusqu’à coiffer mes cheveux à la manière d’une femme de la cour, porter un collier de perles, et… me défaire de mon portable. Je ne concevais pas de me livrer à un selfie encore moins de recevoir un appel à ce moment-à ! Il me fallait faire abstraction de tout ce qui pouvait incarner notre modernité, la technologie, pour vivre pleinement cette expérience d’immersion dans le Versailles du temps de Louis XV et, pourquoi pas, du Roi Soleil !

- D’où vous vient cette passion pour Versailles ?

A mes yeux, Versailles incarne à merveille le faste des XVIIe et XVIIIe siècles, la culture française. De manière générale, j’aime l’architecture des châteaux. Je ne désespère pas d’en visiter d’autres : Fontainebleau, Vaux-le-Vicomte… Mais celui de Versailles est sans égal. Je ne peux en parler sans émotion. C’est l’incarnation en pierre de la toute puissance d’un roi, Lois XIV, qui a su rayonner à travers les arts. On y touche du doigt le rêve de gloire, d’excellence pour ne pas dire de transcendance, immortalisé dans des pierres qui ont su traverser les siècles. Depuis, comme j’aime a dire, je ne vais pas à Versailles, j’y « pélerine » ! Toute Tunisienne que je sois (et fière de l’être), je me sens à Versailles comme chez moi. Et puis, toute attachée à y vivre pleinement le lieu, j’apprécie aussi le fait de voir autant de gens y converger, du monde entier, démontrant ainsi le caractère à la fois intemporel et universel du lieu.

1 commentaire à cet article
  1. Ben ramzy

    Elle était mon élève au lycée pilote Bourguiba à Tunis-ville durant deux années successive.Une jeune fille instruite poli très humaniste et surtout ambitieuse.

Répondre à Ben ramzy Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>