Paris-Saclay vu de Rotterdam

Michel Sikorski et la maquette de plan d'ensemble de Paris-Saclay, Biennale de Rotterdam
Michel Sikorski, à la Biennale de Rotterdam, juin 2012
Jusqu’au 12 août 2012, se tient la Ve Biennale internationale d’architecture de Rotterdam, qui a pour thème cette année « Fabriquer la ville ».

Architecte et urbaniste de 28 ans, Michel Sikorski travaille pour le bureau d’architectes et d’urbanistes XDGA architecten qui, en association avec Floris Alkemade, intervient au sein du groupement Michel Desvigne sur le projet de Paris-Saclay. Il nous présente l’exposition organisée à cette occasion autour du projet Paris Saclay et revient sur les réactions recueillies lors de « Rencontres urbaines » programmées en parallèle.

- Comment en êtes-vous venus à présenter le projet Paris-Saclay à cette Biennale ?

Il y a un peu plus d’un an, nous avions été contactés par Joachim Declerck, un des commissaires de cette Biennale. Il nous a proposé de présenter le projet de Paris-Saclay considérant qu’il s’agissait d’une parfaite illustration de la thématique de cette année (« Fabriquer la ville »). Le projet a ainsi pu être sélectionné avec une vingtaine d’autres comme sites témoin – parmi près de 300 propositions. Dans le cadre de la préparation de la Biennale, le projet a été présenté lors de « urban meetings » auxquels participent les représentants d’autres projets : le Faisceau de la Défense, l’Atelier pour l’eau potable d’Istanbul, Zuidas Amsterdam, Atelier Flandres 2030…. Notre « urban meeting » était consacré aux grands projets caractérisés par une forte implication des gouvernements.

- Quelles réactions le projet de Paris-Saclay a-t-il suscité ?

Sachant que l’intitulé de notre table ronde était « comment les gouvernements nationaux et transnationaux peuvent-ils contribuer à faire la ville ? », le projet de Paris-Saclay y apportait une réponse très littérale. Les réactions étaient positives. Certes, je suis juge et partie, mais le fait est : le projet a intéressé le public. Et ce pour au moins deux raisons.

D’abord, parce qu’il s’inscrit dans une échelle jugée la plus pertinente aujourd’hui par les urbanistes et les gouvernants, pour traiter des enjeux contemporains liés à la mondialisation, les transports et même l’émancipation individuelle… A savoir : l’échelle métropolitaine. Ensuite, parce qu’il illustre un certain volontarisme des pouvoirs publics qui fait cruellement défaut dans d’autres pays. A travers Paris-Saclay, l’Etat témoigne de sa capacité à être encore un acteur majeur de l’aménagement du territoire et à apporter des réponses ambitieuses à des défis européens voire mondiaux.

Aussi curieux que cela puisse être, cette volonté de l’Etat à porter des projets, à rester un acteur de l’aménagement a été perçue positivement, même chez des représentants de pays actuellement rétifs à l’interventionnisme d’un pouvoir central.

Il est vrai que dans ces pays, comme les Pays-Bas par exemple, les pouvoirs publics paraissent avoir renoncé à investir dans de tels projets. Plusieurs sont aujourd’hui délaissés ou rencontrent des difficultés à parvenir à leur terme. Je pense en particulier au quartier d’affaires de Zuidas à Amsterdam, qui stagne aujourd’hui faute d’investissements dans de nouvelles infrastructures. Investissements que seul l’Etat pouvait assumer. De là une certaine frustration que l’on devine chez les architectes et urbanistes hollandais ou d’autres pays.

- Le projet Paris-Saclay s’inscrit aussi à des échelles locales…

C’est précisément la particularité de notre travail effectué depuis 3 ans dans le cadre de nos missions que d’être à plusieurs échelles, de la plus grande à la plus fine. Nous intervenons depuis la grande échelle, celle de l’OIN (Opération d’Intérêt National), qui couvre un territoire plus grand que la ville de Paris, et pour laquelle nous devons fournir des orientations stratégiques, jusqu’au dessin d’espaces publics. Voire de bordures des trottoirs comme pour le quartier de Polytechnique où nous intervenons comme urbaniste en chef. Un travail qui nous oblige à une certaine schizophrénie car le tout est conduit simultanément.

- S’est-on cependant interrogé sur la capacité de l’Etat à aller au terme d’un tel projet, compte tenu du contexte de crise ?

La question s’est naturellement posée de savoir si l’EPPS et ses partenaires parviendraient à mener à bien le projet de Paris-Saclay. En bref, nos collègues des « urban meetings » sont admiratifs du dispositif, mais attendent de voir… Cela dit, et aussi curieux que cela puisse être, cette question n’a pas cristallisé les débats. Les professionnels réunis autour de la table ont plus insisté sur la nécessité de continuer à réfléchir à la manière de doter les acteurs locaux d’outils capables d’intervenir en lien avec l’échelle métropolitaine.

- Venons-en à l’exposition, comment l’avez-vous conçue ?

Il nous a paru pertinent de présenter, non pas tant un projet achevé, mais plutôt un processus en cours de réalisation. A rebours donc de la présentation classique d’un projet d’urbanisme, a priori figée. A cette fin, nous avons entrepris de rénover la grande maquette du plan d’ensemble (250 sur 160 cm), moyennant plusieurs semaines de travail, et de suspendre au-dessus un tourbillon de maquettes d’étude de fragments et de projets plus spécifiques. L’idée était que le plus important est le questionnement mutuel entre les grands principes urbains et ces projets spécifiques, eux-mêmes évolutifs et appelés à incarner Paris-Saclay. Au total, une vingtaine de maquettes d’étude ont été sélectionnées parmi la centaine réalisées au cours de ces deux dernières années. Une scénographie que nous avons voulu pragmatique et complexe, à l’image du projet de Paris-Saclay.

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