Paris-Saclay vu de la vallée de la Bièvre. Rencontre avec Philippe Baud (2e partie)

Suite de notre rencontre avec Philippe Baud qui livre sa vision de Paris-Saclay, un territoire qu'il connaît bien, pour vivre depuis plusieurs années dans la vallée de la Bièvre.

Pour accéder à la première partie du portrait de Philippe Baud, cliquer ici.

Entre nébuleuse et mouvement brownien : Paris-Saclay

Juge-t-il pour autant le territoire de Paris-Saclay favorable au développement de l’entrepreneuriat ? La réponse fuse : « Bien sûr ! Paris-Saclay bénéficie de réseaux d’une grande richesse. Pour peu qu’il soit malin et un peu ouvert, un porteur de projet peut y identifier les bonnes structures et atteindre rapidement les bons interlocuteurs. » Et le même de souligner la force de la dynamique engagée sur ce territoire, que ce soit en matière d’accompagnement ou formation. « Même si tout cela peut paraître encore un peu nébuleux et relever de l’auto-organisation, la dynamique existe et va dans le bon sens. »
Certes, le même reconnaît que des forces d’inertie subsistent ici et là, liées à l’historique de chaque établissement d’enseignement supérieur et de recherche. Quand ce n’est pas les inévitables « guerres d’égo ou réflexes de silo et replis sur soi »… Mais Philippe Baud se veut optimiste : « Beaucoup d’acteurs savent insuffler l’énergie nécessaire pour renforcer la culture de la transversalité et de la mutualisation. » Naturellement, il pense à Opticsvalley, dont c’est la vocation, mais aussi à l’EPPS et sa direction du développement économique, à la Fondation de Coopération Scientifique (FCS) Paris-Saclay, aux Communautés d’agglomération, etc. Autant d’institutions dans lesquelles il voit des « connecteurs ». Sans oublier ces lieux dédiés à l’innovation : le 503, le PROTO204… « Tout cela participe d’une sorte de mouvement brownien dont il ne peut que ressortir du positif. D’ailleurs, les étudiants entrepreneurs sont déjà dans une culture réseau ! »

Regard de Biévrois sur le Plateau de Saclay

S’il n’était pas inséré dans les réseaux institutionnels et professionnels de Paris-Salay, avant son détachement à Opticsvalley, en revanche Philippe Baud en connaissait bien le territoire. Et pour cause, depuis environ 25 ans, il vit dans la Vallée de la Bièvre. « Mais attention, prévient-il, la Vallée de la Bièvre est une chose, le Plateau en est une autre ! » Et le même de revendiquer une identité biévroise plus que saclayenne !
Deux « mondes » si différents, à l’entendre, que ceux qui habitent dans l’un ne s’informent pas spontanément de ce qui se passe dans l’autre. « Le Plateau impacte probablement davantage les communes situées dans l’autre vallée, celle de l’Yvette : Palaiseau, Orsay, Gif-sur-Yvette, etc. Leurs habitants sont donc plus directement concernés par ce qui s’y déroule, que ceux de la Vallée de la Bièvre. »
N’en suivait-il pas néanmoins l’actualité en tant qu’ingénieur au sein d’un grand groupe industriel, tourné vers l’innovation ? « Pas plus que cela, reconnaît-il. Je m’y intéressais juste en tant qu’ancien de l’Ecole Centrale Paris [appelée à rejoindre le Plateau de Saclay], et encore, sans avoir une vue d’ensemble du projet. » Et le même de reconnaître encore : « Je n’avais pas pris la mesure du fait qu’il s’agissait d’un campus urbain avec de nouveaux logements, et pas seulement étudiants. »
Récente, la prise de conscience de l’ampleur du projet intervint à l’occasion des dernières municipales auxquelles lui-même s’est présenté. Avec succès. Ce dont il se dit être le premier surpris. « Au début je m’étais juste investi dans les débats autour des projets d’aménagement de ma commune. » De là à s’intéresser à l’avenir de l’ensemble de la vallée, il n’y a qu’un pas aisé à franchir. « La Vallée de la Bièvre présente une qualité de vie très appréciable. On dispose avec elle d’une vraie coulée verte qui court de Versailles jusqu’à Massy, en passant par Buc, Les loges en Josas, Bièvres, Verrières, Igny… Les habitants y sont attachés. »
Dans quelle mesure l’élu et le représentant d’Opticsvalley partagent-ils la même vision ? Philippe Baud assumerait-il une forme de schizophrénie, entre la défense des intérêts de ses administrés et ceux du projet Paris-Saclay ? « L’un et l’autre ne sont pas contradictoires : la préservation d’un cadre [note ou d’une qualité ?]de vie, y compris des transports publics et individuels efficaces, participe de l’attractivité du territoire. On attirera d’autant plus facilement des chercheurs, des étudiants, des entrepreneurs et des ingénieurs qu’on leur assurera un cadre de vie de qualité. » Le même : « L’environnement n’est pas à opposer au développement économique. La richesse en matière grise que recèle le territoire ne pourra être exploitée que si on préserve son exceptionnel cadre de vie. Gardons à l’esprit que les grands centres de R&D ne se trouvent pas en centre-ville, justement pour assurer un cadre de vie agréable à leurs personnels. Avec le bois de Verrière, les vallées de Chevreuse, de la Bièvre, de l’Yvette, etc, Paris-Saclay sera en mesure d’offrir une alternative au Parvis de la Défense, qui, à l’évidence, rencontre ses limites. »
Et les étudiants ? Que pense-t-il de leur besoin de lieux de vie animés ? « Le fait est, c’est indispensable. Des espaces verts, c’est bien pour faire des randonnées ou son jogging. Mais les étudiants aspirent à disposer d’un minimum de commerces, de restaurants, de cafés. On en vient à la problématique des transports : tant que les aller-retour entre le campus et la Capitale seront contraignants, les étudiants ne pourront être pleinement satisfaits. Quitte à choisir, ceux qui le peuvent préfèrent être domiciliés à Paris. »
Reste donc à régler la problématique des transports… « Si on y arrive, Paris-Saclay sera un des clusters les plus attractifs d’Europe sinon de France ! » Mais là où d’aucuns insistent sur les problèmes d’accessibilité que connaîtront les futures promotions dans l’attente de l’arrivée du métro automatique (programmée en 2023), lui, entend souligner que les problèmes de transports existent de tout temps, en rappelant qu’au milieu des années 80, il n’était déjà pas si simple de se rendre à l’ECP, située à Châtenay-Malabry. « A l’époque, il fallait aller jusqu’à Antony, le train ne s’arrêtant pas aussi souvent à Croix de Berny, pour récupérer le RER. » Lequel il est vrai circulait mieux qu’aujourd’hui, comme il l’admet lui-même.

Un territoire multipolaire ?

Quoi qu’il en soit, davantage que les transports, c’est l’équilibre même de l’OIN Paris Saclay qui retient son attention. « Ce territoire est loin de constituer un ensemble homogène, entre d’un côté, les quartiers du Moulon et de Polytechnique, qui comptent relativement peu de sièges d’entreprises mais de nombreux établissements d’enseignement supérieur et de recherche, et, de l’autre, Versailles-Satory-Saint-Quentin avec sa propre logique de développement autour de grands groupes et notamment la filière automobile. « Certes, le Plateau de Saclay a su attirer Horiba, Thales, Danone ou encore EDF, mais, juge-t-il, ce sont des arbres qui cachent la forêt. »
Cet apparent déséquilibre ne serait pas problématique s’il ne compliquait l’organisation d’initiatives transverses, comme le Rallye PEIPS. Sauf à considérer que ce qui s’esquisse n’est pas autre chose que cet « archipel métropolitain », théorisé par un certain Pierre Veltz, actuel PDG de l’EPPS, dans son ouvrage publié en 1996 (et réédité depuis, en 2005) : Mondialisation, villes et territoires, avec pour sous-titre « une économie d’archipel ». Ce que Philippe Baud reconnaît. « Et sans doute est-ce mieux ainsi : éparpiller la recherche entre Palaiseau, Versailles et Saint-Quentin-en-Yvelines au nom d’un principe d’équilibre territorial, lui aurait fait perdre de sa force. » Et le même d’ajouter : « Cet apparent déséquilibre est aussi la preuve que Paris-Saclay est un territoire vivant, qui sait évoluer sous l’effet de dynamiques qui en font sa force »

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