Paris-Saclay Invest, antidote à la sinistrose

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Le mercredi 1er juillet dernier, s’est tenue à l’ENSTA ParisTech l’édition 2015 de Paris-Saclay Invest. L’occasion de découvrir une dizaine de start-up toutes plus prometteuses les unes que les autres. Une édition 2015 qui sera suivie d’une autre avant la fin de cette année, en réponse au succès rencontré.

L’actualité aussi bien économique que sociale, internationale, vous met le moral dans les chaussettes ? Vous désespérez d’entendre enfin de bonnes nouvelles ou ne serait-ce que d’autres voix, qui redonnent envie de se retrousser les manches ?
Désolé de ne vous le dire que maintenant, mais vous auriez eu tout à gagner à assister à la nouvelle édition de Paris-Saclay Invest, qui s’est tenue ce mercredi 1er juillet. Quitte à devoir crapahuter jusqu’au Plateau de Saclay, à l’ENSTA Paris-Saclay, en vous levant dès potron-minet si d’aventure vous vivez à Paris : l’accueil débutait à 8 h et les discours introductifs à peine une demi-heure plus tard : ceux d’Elisabeth Crépon, directrice de l’ENSTA ParisTech ; de Guillaume Pasquier, directeur général de l’EPPS, partenaire de l’événement, et de Bruno Duval, président de Finance & Technologie, autre partenaire. Le tout complété par le témoignage du lauréat de l’an passé, Prynt, qui a fait du chemin et quel chemin ! Après plus d’un million de dollars de levée de fonds, la start-up s’apprête à rejoindre la Californie.

Une France dynamique, créative, audacieuse…

Mais, outre un amphithéâtre bien climatisé (quelque chose d’appréciable en ces temps de canicule), vous auriez assisté au défilé de start-up témoignant que, malgré tout, des hommes et des femmes continuent à apporter des solutions innovantes à des problématiques concrètes, dans des domaines aussi divers que la santé, les mobilités urbaines, la sécurité routière, etc. Par exemple : Innov +, qui « conçoit et commercialise des solutions d’assistance à la vigilance du conducteur par caméra vidéo via une technologie de reconnaissance faciale » ; Biomodex, qui propose des « maquettes de simulation chirurgicale imprimées en 3D à partir des données patient provenant de scanners ou d’IRM » ; ou encore Cerbair, qui s’est fixée pour mission « la détection passive » de drones civils « à l’aide d’une technologie optique de précision permettant la protection de sites sensibles », etc. Une dizaine de start-up au total, et autant de pitchs, qui donnent à voir une autre France, dynamique, créative, audacieuse…. Si toutes ces start-up sont loin d’être encore des success stories, beaucoup ont su s’entourer de partenaires de poids, cumuler des prix et récompenses, créer des emplois, ou s’apprêtent à réaliser cette année des chiffres d’affaires de plusieurs dizaines voire centaines de kilos d’euros, etc. On ne pouvait qu’être ébahi par le talent de ces entrepreneurs, moins que trentenaires pour la plupart, la décontraction avec laquelle ils faisaient leur pitch, sans abuser des effets de manche. Aucun, il est vrai, n’ignorait qu’en face, il y avait des investisseurs ou clients potentiels, bienveillants mais exigeants, auxquels il ne faut pas raconter d’histoire ni vendre du vent. Certes, tous n’ont pas respecté la consigné des 5 mn top chrono. Mais comment le leur reprocher ? D’ailleurs, le public en redemandait en posant des questions en veux-tu en voilà. Il fallait voir alors la précision avec lesquels nos candidats répondaient. Bref, on assiste bien à l’émergence d’une génération d’entrepreneurs acculturés à l’innovation en son sens fort : la conception de services ou de produits qui ne servent pas seulement à faire plaisir à leurs concepteurs, mais rencontrent effectivement leur marché et ce, aussi rapidement que possible. Ce qui passe par une aptitude à s’entourer de compétences, à convaincre mais aussi à comprendre la logique de ses interlocuteurs, à apprendre de ses échecs.
Que ces mêmes candidats nous permettent de rendre justice au talent de celle qui, chaque année, orchestre cette séquence de présentation des candidats, pour le plus grand bonheur du public, mais aussi le leur : elle n’a pas son pareil pour leur faire respecter le temps imparti, sans leur mettre trop la pression, pour les encourager, équitablement. On veut bien sûr parler d’Eve Chegaray, chroniqueuse BFM Académie sur BFM Business.

Sept démarches d’innovation ouverte

Quels seraient donc les lauréats et du jury et du public ? Difficile à dire même si nous avions nos préférences. Pour le savoir, il fallait patienter jusqu’en toute fin de matinée, le temps de deux tables rondes, l’une sur l’open innovation, l’autre sur les tendances des investissements en matière d’innovation. De la première, qui croisait des regards variés (ceux d’une start-up, Auticiel, qui comptait parmi les candidates de cette édition 2015 du Paris-Saclay Invest ; d’une grande entreprise publique, ERDF ; enfin, d’un consultant de Bluenove), on retiendra au moins deux enseignements. D’abord, la rapidité avec laquelle le principe d’une innovation ouverte s’est imposé en France en général et à Paris-Saclay en particulier, ne serait-ce que pour répondre aux contraintes budgétaires qui rendent de plus en plus illusoires la poursuivre d’un effort de R&D en solo, a fortiori à l’heure de l’économie collaborative. Ensuite, la diversité des démarches d’innovation ouverte, qu’on l’envisage à l’extérieur ou à l’intérieur de son entreprise. A cet égard, on renvoie à la typologie dressée par Eric Viron, directeur associé de Bluenove, qui distingue jusqu’à sept démarches différentes (pour en savoir plus, cliquer ici) et que les témoignages de Jérôme Lenoir (ERDF), d’une part, et de Sarah Cherruault (Audiciel), d’autre part – entendue, elle, au cours de son pitch, à défaut d’avoir pu le faire au cours de la table ronde, qu’elle a dû quitter pour regagner son stand – illustraient à leur façon.
Mais si l’innovation ouverte s’est imposée comme un mot d’ordre, voire le nouveau mantra de l’entreprise innovante, elle ne va pas de soi, compte tenu des conflits d’intérêt qui ne manquent pas de surgir entre les parties prenantes, à mesure que se pose la question de la… propriété intellectuelle. On attendait donc d’autant plus l’éclairage du quatrième intervenant : Erwan Chapelier, ingénieur et chargé d’affaires PI, au sein de l’INPI. On ne fut pas déçu. A la lumière du témoignage d’une responsable des ressources humaines auprès de laquelle il s’était enquis de savoir comment cela se passait concrètement, il rapporta sa suggestion faite aux partenaires de se comporter en… pirates. Explication : chacun ne cherchant qu’à s’arroger le trésor (le droit de propriété intellectuelle !), ils ont intérêt à se désigner « un ennemi commun », lequel peut prendre la forme d’un concurrent commun ou d’un fléau à combattre (une maladie, par exemple)… Même en supposant que cet état d’esprit puisse faire durablement illusion, Erwan Chapelier a, entre autres recommandations, souligner la nécessité de prendre le temps d’une contractualisation en bonne et due forme entre les parties prenantes, pour dissiper les risques de conflit et/ou rassurer les moins puissantes (les PME et start-up qui craignent de voir leurs idées reprises par les grandes entreprises auxquelles elles les auraient soumises).
Toute climatisée que fut la salle, nous avons préféré déambuler entre les stands plutôt que d’assister à la seconde table ronde. Le temps de serrer quelques mains (celles de Christian Van Gysel, de Philippe Baud, de Marie-Christine Jeanjean, de Patrick Cheenne, etc.), et d’interviewer quelques candidats, en privilégiant ceux dont on estimait à tort ou à raison qu’ils eussent des chances de remporter les suffrages du jury et/ou du public. La suite devait montrer que nos intuitions n’étaient pas totalement fausses !

Deux CCI parlent d’une seule voix

Puis vint justement le temps de la remise des prix. Du moins le pensions-nous. Nous avions juste oublié que les présidents des deux Chambres de Commerce et d’Industrie partenaires (celle de l’Essonne et celle de Versailles-Yvelines), respectivement Philippe Lavialle et Jacques Empinet, avaient à prononcer le discours de clôture. Autant le reconnaître, nous avons craint des propos institutionnels, tranchant avec l’énergie communicative de nos entrepreneurs innovants. Erreur ! C’est à un vrai numéro de duettiste que se sont livrés ces deux acteurs de poids. Mieux qu’un long discours, ils ont témoigné d’une réelle complicité et envie de travailler ensemble. Non sans humour, ils ont tenu à souligner combien ils innovaient à leur manière par ce discours à deux voix (c’est de fait la première fois qu’ils se livraient à cet exercice et d’une manière qui valait… tous les discours). Comme pour mieux convaincre le public de leur réel intérêt pour l’entrepreneuriat innovant et même l’open innovation sur le territoire, ils ont tenu à rappeler qu’ils étaient eux-mêmes, après tout, des chefs d’entreprise. Sans qu’on ne sache plus qui des deux l’a dit (ce qui est le meilleur compliment qu’on puisse leur faire), l’un a ajouté combien les problématiques de l’innovation évoquées par les jeunes entrepreneurs faisaient partie de leur propre quotidien. D’une seule voix, ils ont tenu à rappeler leur chance de vivre la dynamique de Paris-Saclay. Ce cri du cœur aurait pu faire office de mot de la fin, s’il n’y avait eu tout de même à remettre les prix, celui du jury (tout sauf factice à en juger par le temps passé par ses membres à examiner les dossiers et à se concerter) et celui du public présent (qui avait été invité à déposer un bulletin dans une urne prévue à cet effet).

Et les lauréats sont…

Le premier est revenu à Auticiel, qui, comme son nom l’indique presque, développe des « outils numériques sur tablettes tactiles qui favorisent l’autonomie, l’inclusion sociale, l’apprentissage ou le maintien des fonctions cognitives des personnes avec un handicap cognitif et mental » et le second à OptiMiam, dont l’ « application mobile connecte en temps réel les commerces de proximité citadins avec les consommateurs autour d’eux afin de vendre leurs excédents alimentaires sous forme de promotions flash exclusives ». Une start-up qui s’était déjà vu décerner le prix « Emergence » lors de l’édition 2015 de la Journée Entrepreneuriat Etudiant (JEE) de Paris-Saclay et dont on devait apprendre que, pas plus tard que la veille, elle venait d’être désignée parmi les 53 lauréats du Prix Pépite-Tremplin Enrepreneuriat Etudiant (remis conjointement par le Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, et la Caisse des Dépôts). Deux lauréates dont nous vous dirons plus à travers les entretiens que nous ont accordés leurs fondatrices respectives, Sarah Cherruault et Raodath Aminou.
C’est peut dire que l’édition a été un bon millésime et que Paris Saclay Invest s’impose décidément comme un rendez-vous incontournable. Signe qui ne trompe pas : bien après la remise des prix, le public était encore nombreux dans le hall de l’ENSTA ParisTech, et pas seulement en raison des rafraîchissements proposés. Les participants ont manifestement pleinement intégré que Paris-Saclay Invest, c’est aussi une vraie opportunité de networking. Que ceux qui n’ont pu y assister se rassurent : il ne leur faudra pas attendre un an pour découvrir une actualité autrement plus stimulante et inspirante. Victime de son succès, Paris-Saclay Invest sera organisé deux fois l’an, le prochain RDV de l’année 2015 étant programmé en décembre.
Outre les témoignages des deux lauréates, nous prolongerons les échos de l’événement à travers deux autres entretiens. L’un avec Bruno Carreel, de l’une des dix start-up candidates, Instent, qui a autant impressionné par sa prestance que pour l’intérêt de son innovation de rupture (« un système de télésurveillance pour équiper des dispositifs médicaux implantables capables de communiquer, à l’extérieur du corps du patient, des informations sur l’environnement tissulaire de l’implant »). L’autre avec Eve Chegaray, qui a bien voulu témoigner de son intérêt pour la dynamique de Paris-Saclay.

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