Paris-Saclay Hardware Accelerator à l’heure de la 5G. Entretien avec Bertrand Marquet

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Du 22 au 25 mars dernier, Paris-Saclay Hardware Accelerator accueillait un container 5G en provenance du campus Nokia Paris-Saclay. Explication du cofondateur de cet accélérateur unique en France.

- Paris-Saclay Hardware Accelerator a récemment fait l’actualité en accueillant un container 5G en provenance du campus Nokia de Nozay. De quoi s’agit-il ?

C’est le fruit d’une collaboration entre Nokia Paris-Saclay et Paris-Saclay Hardware Accelerator (PSHA), en vue de faire de celui-ci une extension du « 5G Experience Center » de Nokia pour en tester les applications industrielles de la 5G. PSHA a pour lui de disposer en interne d’une usine. Une particularité qui en fait un cas unique au monde, osons le dire, et cela se passe dans l’écosystème de Paris-Saclay ! Nous pouvons ainsi y expérimenter de nouveaux use cases industriels avec de la 5G. Cette dernière constitue une vraie révolution dans le domaine des télécommunications. Nous sommes convaincus qu’elle ouvre un champ de possibles énormes comme l’a fait la 4G.
La première étape a donc consisté, le 22 mars dernier, à tester la possibilité de recourir à de la 5G. Nokia a pour cela déployé un container « 5G Stand Alone ». Les tests ont été concluants : ils ont validé le fait que notre accélérateur pouvait fonctionner avec cette nouvelle génération de réseau mobile. Nous avons juste eu à installer une antenne GPS sur le toit, pour synchroniser la 5G et pour un débit tout à fait acceptable. Non seulement c’est faisable techniquement, mais encore à un faible coût.

- Je me risque à une question de béotien : dans quelle mesure l’adoption de la 5G sert-il le cœur de métier de PSHA, l’impression numérique ?

En fait, tout est lié, aujourd’hui plus que jamais : l’Usine du futur, les DeepTech… Le moindre acteur de la Tech bénéficie des avancées technologiques dans tel ou tel secteur. L’impression 3D est en soi un fabuleux facteur d’accélération et d’innovation, qui n’a pas attendu la 5G pour prendre son essor. Mais comme les autres technologies, elle va en bénéficier non sans contribuer à une Usine du futur encore plus performante. PSHA est donc plus que jamais dans son rôle d’accélérateur hardware, c’est-à-dire de technologies industrielles, en intégrant la 5G dans son usine. Celle-ci lui permettra d’accélérer des projets, émanant de Nokia ou d’autres partenaires industriels.

- En quoi va consister la prochaine étape ?

Elle consistera à installer un équipement à demeure au sein de PSHA. C’est dire si c’est un partenariat gagnant-gagnant : tandis qu’il permet à PSHA d’entrer dans l’ère de la 5G, il permet à Nokia de disposer d’un outil d’expérimentation de celle-ci dans un contexte industriel. Mais ce partenariat ne s’arrêtera pas là. Il s’inscrit dans un projet plus vaste, le « 5G Innov Lab », porté par Nokia et plusieurs autres partenaires, financé dans le cadre de France Relance, par BPI France. Il a pour ambition de décliner le concept de l’Usine du futur au sein de PSHA même.

- On se dit que le partenariat initial et plus qu’improbable entre un géant des télécommunications et une aussi petite structure que la vôtre n’a probablement été rendu possible ou facilité que grâce à la présence d’un être hybride, tout à la fois porteur du projet PSHA et ingénieur chez Nokia… Je veux bien sûr parler de vous, Bertrand, qui incarnez à votre façon le fait que l’innovation passe aussi et peut-être d’abord par des hommes et des femmes à même de faire du lien entre des acteurs d’un écosystème…

Merci de relever cela. C’est une idée à laquelle je crois aussi beaucoup. Paris-Saclay, ce sont d’abord des hommes et des femmes qui partagent l’envie de collaborer ensemble, de quelle qu’institution ou entreprise à laquelle ils appartiennent. Personnellement, je suis d’autant plus engagé dans l’innovation à Paris-Saclay, que je suis attaché à cet écosystème, au point d’ailleurs de prendre le temps de le photographier sous toutes les coutures, au soleil levant comme au couchant et de partager ensuite mes photos sur les réseaux sociaux. Au point aussi d’avoir participé au concours de la base line de Paris-Saclay (« Paris-Saclay Innovation Playground »), d’avoir participé au TEDx Saclay, etc. Je crois que cet écosystème a beaucoup d’atouts, qui gagnent à être valorisés, dans l’intérêt du territoire et plus encore du pays. C’est ce même état d’esprit qui déjà m’avait, avec quelques collègues, conduit à créer Le Garage sur le site Nokia de Nozay. Avec PSHA, il s’est agi, pour les cofondateurs, de combler un manque en jouant la carte de la complémentarité, plutôt que de la concurrence, avec les incubateurs et accélérateurs de l’écosystème – il se situe davantage en bout de chaîne dans la phase d’industrialisation de solutions innovantes, en permettant notamment à des startuppers incubés ou accélérés ici et là, de réussir leur industrialisation et faire usiner leurs premières commandes sur des machines haut de gamme comme des centres d’usinages 5 axes.

- Je ne résiste pas à l’envie de rebondir sur cette dimension territoriale de l’innovation que vous avez soulignée car elle est justement la condition de possibilité de partenariats fructueux : c’est en prenant le temps de fréquenter le territoire de son écosystème, que l’on peut identifier des partenaires potentiels, des tiers-lieux de type incubateurs ou accélérateurs, à même d’accompagner son projet entrepreneurial…

Exactement ! En cela, on peut dire que le territoire est le support de l’innovation : il permet de mettre en relation des acteurs qui sont à la fois proches et complémentaires. C’est bien le cas à Paris-Saclay où j’observe beaucoup de synergie, une volonté de coopérer plus qu’à entrer en concurrence, d’accueillir de nouveaux acteurs, non sans du même coup contribuer en retour à valoriser et enrichir le territoire selon un cercle vertueux…

- Un mot sur le contexte de crise sanitaire. Dans quelle mesure a-t-il contrarié la dynamique d’innovation territoriale de Paris-Saclay et de développement de PSHA ?

Il l’a contrariée, notamment, en restreignant fortement les possibilités de rencontres en coprésence, la fréquence des événements et leur ampleur, privant ainsi PSHA d’opportunités de se faire connaître, d’accueillir autant de visiteurs que nous l’aurions souhaité. Or, rien de tel que de se rendre sur place pour en saisir la vocation et les potentialités, pour comprendre qu’il s’agit bien plus que d’un FabLab. Mais au moins le confinement aura-t-il été l’occasion de m’engager contre la pollution lumineuse…

- ?!

Dès lors qu’on confinait la population, pourquoi n’en profitait-on pas pour éteindre les lumières dans les villes ? Les citadins auraient pu enfin admirer les étoiles dans le ciel ! A défaut de mener ce combat en Ile-de-France, je me suis engagé pour aider ma région natale, le Limousin, à décrocher le label Réserve Internationale de Ciel Étoilé (RICE). Un label on ne peut plus utile car, comme certaines espèces animales, les ciels étoilés sont, du fait de la pollution lumineuse, en voie de disparition.

- Preuve s’il en était besoin qu’on peut être attaché à Paris-Saclay, s’y investir tout en cultivant des jardins secrets sur d’autres territoires…

Le fait est, tout oppose a priori ces territoires : tandis que l’un, urbanisé, est porté sur l’innovation et la recherche, l’autre est encore à dominante rurale. Mais une fois n’est pas coutume, le second pourrait bien contribuer à sensibiliser à cette nécessaire préservation de nos ciels étoilés, où qu’on soit.

Légende photo : Bertrand devant un des centres de production et d’usinage 5 axes continus de PSHA.

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