Paris-Saclay, démonstrateur industriel pour la ville durable. Entretien avec Ghislain Mercier

MercierPaysage
Paris-Saclay figure parmi la quinzaine de lauréats de l’appel à projets "démonstrateurs industriels pour une ville durable", lancé conjointement par le Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer (MEEM, ex-MEDDE) et le Ministère du Logement et de l’Habitat durable. Directeur Nouveaux Services au sein de la Direction de la Stratégie et de l’Innovation de l’EPA de Paris-Saclay, Ghislain Mercier nous en dit plus.

- Qu’entendre par « démonstrateur industriel » ? Cela fait-il sens sur un territoire qui a vocation à être un cluster technologique, tourné vers le numérique ?

L’appellation peut paraître en effet surprenante au premier abord. Mais le mot « industriel » ne fait que souligner l’ambition d’agréger des entreprises publiques et privées, concernées et impliquées dans les problématiques de la ville durable.

- N’est-ce pas aussi au sens anglo-saxon qu’il faut l’entendre, à savoir les activités produisant des flux ?

Si. D’ailleurs, l’écologie industrielle et territoriale représente l’un des axes forts de notre stratégie d’Eco-territoire, avec le souhait d’appréhender l’ensemble des flux : de mobilité, d’information, d’énergie, de matériaux ou encore de matières organiques, qui sont importants sur le territoire du fait de sa forte composante agricole et maraîchère, sans compter la présence d’activités de loisirs productrices de telles matières (équestres, golf,…). Être reconnu comme un démonstrateur industriel est pour nous l’occasion d’accélérer la concrétisation de projets innovants dans ce domaine. Je pense par exemple à la collecte sélective des urines, un procédé d’assainissement qui permet de valoriser les éléments azotés et phosphorés qu’elles contiennent, et sur lequel nous avons fait travailler, fin 2015, cinq excellents étudiants du Mastère d’Action Publique de l’Ecole des Ponts.

- Au final, un tel label peut-il contribuer à modifier l’image du territoire de Paris-Saclay en en faisant bien plus qu’un cluster « technologique » ?

En effet, Paris-Saclay est un projet aux multiples facettes : un grand projet de campus, mais aussi un projet d’innovation urbaine, un territoire d’expérimentation à grande et petite échelles.

- Revenons à l’appel à projets sur les « démonstrateurs industriels ». Quelle en est la principale originalité ?

Cet appel à projets a été conçu pour que des entreprises s’organisent en consortium avec des territoires pour contribuer à la ville durable au travers de projets expérimentaux autour de services innovants. Il a permis d’en sélectionner plusieurs, que l’État s’engage à accompagner sur cinq ans pour en faciliter la réalisation, en aidant notamment à lever les différents verrous, règlementaires et juridiques, auxquels ils peuvent parfois se heurter.
Rappelons qu’il a été lancé à la mi-octobre 2015, peu avant la tenue de la COP 21, qui se déroulait en novembre-décembre, dans l’idée d’illustrer ce qui se faisait et pouvait se faire à l’échelle de territoires urbains.
Les démonstrateurs industriels sont également appelés à nourrir la réflexion de l’Institut pour la ville durable [dont les statuts ont été adoptés en mars 2016].

- Cet appel a donc été lancé à la mi-octobre 2015 pour une remise du dossier à la mi-novembre de la même année… Ce qui laissait peu de temps aux candidats…

Les contraintes de temps ont été en effet particulièrement fortes. D’autant qu’au même moment, l’EPA de Paris-Saclay s’apprêtait à changer de direction. Mais le nouveau directeur général, Philippe Van de Maele, a été très enthousiaste et nous a incités à nous mobiliser pour y répondre. De fait, il aurait été étrange que Paris-Saclay ne se positionne pas comme démonstrateur industriel pour la ville durable.
Les lauréats ont été désignés dès le mois de janvier 2016 et disposent, de cinq ans, donc, pour approfondir leur vocation de démonstrateur industriel. On est bien dans le temps long de l’aménagement urbain, plus que nécessaire quand on prétend faire la ville durable. Celle-ci ne saurait se faire du jour au lendemain, à travers des opérations spectaculaires sur le moment mais qui vieillissent mal.

- Et puis vous ne partiez pas de rien…

Non, en effet. La vertu du démonstrateur industriel est, encore une fois, de donner un coup d’accélérateur à des projets déjà engagés, et d’aider à lever des verrous qui empêcheraient d’avancer.
J’ajoute que l’EPA de Paris-Saclay venait de répondre à la seconde tranche de l’appel à projets « Ville de Demain », du Programme d’Investissement d’Avenir (PIA), en sollicitant des financements pour une douzaine d’actions innovantes dans le cadre d’une stratégie intégrée.
Le mois dont nous disposions pour répondre à l’appel à projets des démonstrateurs industriels aura, au final, été l’occasion de formaliser nos réflexions et de mettre en évidence la cohérence de projets que nous menions jusqu’ici les uns à côté des autres.

- Quelles ont été justement les propositions de l’EPA de Paris-Saclay mises en avant dans le cadre de cet appel à projets ?

Nous avons proposé un projet de démonstrateur décliné à plusieurs échelles : celle du territoire, d’abord, avec la mise en place d’infrastructures innovantes et de services communs pour les habitants : un smart grid multi-énergies, de la mobilité durable, une plate-forme numérique et nombreux  autres services connectés. Celle du quartier ou du macro-lot, ensuite, avec l’idée de lancer des opérations pilotes pour concevoir des dispositifs collaboratifs et optimiser la consommation d’énergie et de ressources (circuits courts alimentaires, valorisation des déchets…) à cette échelle.
Nous ne travaillons donc pas sur une seule et unique opération, un seul ilot exemplaire, mais sur plusieurs projets. C’est une autre particularité, je crois, de notre démonstrateur industriel. La réalisation d’une ville durable, c’est notre conviction, exige d’agir simultanément à plusieurs échelles pour mieux permettre à la population – aux habitants comme aux usagers– d’adopter des comportements qui soient eux-mêmes durables.

- A vous entendre, l’appel à projets a autant permis d’inciter à imaginer des démonstrateurs industriels pour une ville durable, que de révéler des projets déjà en cours…

En effet. Nous avons d’ailleurs mis en avant notre volonté de mener des projets susceptibles d’enrichir, de compléter ce que nous avions déjà commencé à lancer. Au fond, le démonstrateur industriel est une nouvelle déclinaison de ce qui sous-tend notre action dans le domaine de la ville durable depuis le début : le renforcement des liens réciproques entre le cluster technologique et scientifique, d’une part, et le territoire de vie, d’autre part. J’ai bien dit des « liens réciproques » : le territoire sert le cluster en lui assurant un cadre de vie unique ; mais le cluster n’est pas hors-sol, et doit, en sens inverse, contribuer par sa dynamique à imaginer et créer des solutions innovantes qui amélioreront les conditions de vie et/ou de travail sur ce territoire, dans la perspective de la transition énergétique. Cette ambition est explicite dans le Contrat de Développement Territorial (CDT), qui rappelle que Paris-Saclay est, certes, un projet d’intérêt national, mais aussi une chance pour le développement local. Il a pour lui un atout indéniable : la qualité des forces académiques et de l’innovation, qui garantit la possibilité de donner au mot même de démonstrateur toute sa signification. Nous allons d’ailleurs mettre en place un comité scientifique pour nous accompagner dans la démarche des démonstrateurs industriels.

- Quel est l’intérêt financier de l’appel à projets ?

Cet appel à projets ne comporte pas vraiment de volet financier, hormis les financements que l’Etat pourra allouer pour des études via le fonds Ville de Demain. Son intérêt est ailleurs.
D’abord, dans le gain de visibilité que le label démonstrateur industriel assure au territoire. Les démonstrateurs sont considérés comme une des vitrines du savoir-faire français en matière de ville durable. De fait, Paris-Saclay a tous les atouts pour témoigner de ce savoir-faire : à travers le nôtre, comme aménageur, mais aussi celui des entreprises, petites et grandes, qui y sont implantées. A ce titre, Paris-Saclay participera au réseau français des partenaires publics et privés de la ville durable, en bénéficiant ainsi de l’appui de Vivapolis pour la communication et la valorisation de ses actions et initiatives en la matière.
A quoi s’ajoutent les retombées économiques pour le territoire. Car nous comptons bien faire en sorte que les macro-lots profitent au tissu économique local, que ce soit les entreprises du BTP, mais aussi les start-up.
Enfin, Paris-Saclay va bénéficier de l’accompagnement interministériel censé aider à lever les verrous et surmonter les injonctions contradictoires devant lesquelles les aménageurs sont souvent placés.

- Une quinzaine de projets de démonstrateurs industriels ont été retenus. Est-ce pour vous l’opportunité de mutualiser avec les autres lauréats tout en assumant les particularités du contexte Paris-Saclay ?

Oui, bien sûr. Nous avons d’ores et déjà commencé à échanger avec plusieurs d’entre eux, ne serait-ce qu’à l’occasion des rencontres nationales organisées par le ministère. Nous avons pu ainsi découvrir les projets menés sur d’autres territoires. Je pense à Digital Saint-Etienne, un projet de plate-forme numérique, qui, à bien des égards, fait face aux mêmes problématiques que la nôtre. Le contexte est différent (le projet s’inscrit dans une opération de renouvellement urbain), mais nous avons déjà eu des échanges enrichissants.

- Parmi ces quinze projets, un autre concerne Paris-Saclay : un projet de LiFi copiloté par EDF Direction Collectivités et CDU (Constructions Développements Urbains) sur le quartier Camille Claudel, à Palaiseau. Pourquoi ne pas avoir concouru ensemble ?

Il ne faut y voir qu’une conséquence des délais très rapides dans lesquels nous devions répondre à l’appel à projets. Comme nous, ce groupement a paré au plus pressé en présentant un dossier qui, de toute façon, n’exclut pas d’autres partenariats. Au final, je considère que c’est un mal pour un bien : Paris-Saclay est deux fois lauréats d’un appel à projets de portée nationale. Ce qui témoigne de sa richesse !

- Quel bilan dressez-vous à ce stade ?

Cet appel à projets a permis de mettre en évidence une diversité de démonstrateurs industriels, plus ou moins avancés, qui mettent à l’honneur des acteurs publics et privés, sans privilégier systématiquement les plus gros opérateurs. Le démonstrateur industriel rassemblera sous une même bannière des opérations qui, au sein de l’EPA Paris-Saclay, sont menés par des équipes différentes, en donnant à voir le projet d’ensemble auquel ils participent.

 Suite de notre découverte du démonstrateur industriel de Paris-Saclay, à travers le témoignage à venir d’Antoine du Souich, Directeur général adjoint stratégie et innovation de l’EPA Paris-Saclay. En illustration, le schéma de réseau de chaleur et de froid. 

 

1 commentaire à cet article
  1. Ping : Un démonstrateur industriel made in Paris-Saclay (2). Entretien avec Antoine du Souich | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>