Paris-Saclay dans une perspective internationale. Rencontre avec Hélène Dang Vu (suite)

Dang Vu Columbia Manhattanville Paysage
Suite de notre rencontre avec Hélène Dang Vu, Maître de Conférences à l'Université de Nantes, qui a consacré sa thèse à une perspective internationale du rôle d'aménageur des universités. Elle livre ici son regard sur le cas du Campus de Paris-Sud, qu'elle connaît bien pour avoir vécu à Orsay.

Pour revenir à la première partie de l’entretien, cliquer ici.

- Le Campus de Paris-Sud figure dans votre échantillon. Campus que vous connaissiez bien pour avoir vécu à Orsay…

Ce campus présente un réel potentiel aussi bien pour la population universitaire que les habitants. D’ailleurs, du temps où je poursuivais mes études au lycée, à Orsay, j’utilisais les équipements sportifs pour mes loisirs ! Déjà, à l’époque, je trouvais dommage que les habitants ne s’approprient pas davantage le campus. C’est pourtant un vrai plus que l’université pourrait mettre davantage en valeur.

- Comment avez-vous appréhendé dans le cadre de votre thèse, le projet de Campus Paris-Saclay auquel participe Paris-Sud ?

En bonne chercheuse, je suis naturellement allée à la rencontre des acteurs de terrain, en commençant par les représentants du monde universitaire : le doyen de la Faculté des sciences d’Orsay et le président du PRES UniverSud. C’était peu après la sélection des premiers dossiers de candidature de l’Opération Campus. Comme vous le savez, celui du Campus Paris-Saclay avait été recalé. Le président du PRES me reçut peu après. Il était passablement irrité, considérant que l’Etat n’en faisait qu’à sa tête, que même, avec la meilleure volonté, le PRES ne pouvait être maître de son projet. En examinant plus en détail le dossier, j’y ai vu un simple bilan des actions menées par chaque établissement membre en matière d’aménagement. Or l’intérêt de l’Opération Campus était d’inciter à une vision transversale et globale. Le tir a par la suite été corrigé et la nouvelle mouture du projet de Campus Paris-Saclay a été labellisée. L’épisode n’en était pas moins symptomatique d’une insuffisante compréhension des enjeux d’aménagement.

- Avez-vous recueilli le point de vue de l’aménageur ?

Oui, bien sûr. J’ai réalisé un entretien avec Pierre Veltz, le PDG de l’EPPS. Son point de vue m’intéressait d’autant plus qu’il a un profil hybride peu fréquent dans le monde de l’aménagement : avant d’occuper cette fonction, il avait enseigné et fondé des laboratoires. Il connaît donc bien le monde universitaire. Ses travaux ont en outre porté sur les dynamiques territoriales dans le contexte de mondialisation. L’entretien ne m’en a pas moins laissé apparaître des sources possibles d’incompréhension entre le positionnement des universitaires, et celui de l’établissement public, garant de la réalisation d’une Opération d’intérêt national. Mais pas plus qu’ailleurs, les choses n’ont été figées. Comme n’importe quel autre projet d’aménagement d’envergure, celui de Paris-Saclay s’est ajusté en fonction des jeux d’acteurs et des circonstances. Pour mémoire, il avait été question de transférer l’ensemble du Campus de Paris-Sud sur le Plateau de Saclay. Ce n’est plus d’actualité. Seule une partie des laboratoires le rejoindront.

- Et quid du Paris-Saclay qui porte sur un territoire autrement plus vaste ?

En effet et c’est ce qui me semble être son principal défi. La meilleure façon de le relever serait d’envisager l’aménagement autour de polarités. C’est précisément le constat auquel est parvenu Pierre Veltz, en cohérence de ce point de vue sa notion d’« économie d’archipel », développée dans son ouvrage sur Villes, territoires et métropolisations. Dans cette perspective, il ne s’agit pas de traiter le territoire comme un ensemble homogène, continu, mais en termes de polarités de plus ou moins forte densité urbaine, dont l’attractivité réside autant dans les équipements qu’elles concentrent que dans leur qualité paysagère.

- Reste la problématique des transports…

C’est effectivement le véritable enjeu de l’aménagement de ce territoire. Des transports sont essentiels pour faire vivre ces polarités et raccorder, autrement qu’en voiture, le Plateau de Saclay à la métropole parisienne. Il importe que les étudiants étrangers qui viennent à Paris-Saclay puissent se rendre facilement à Paris et vice versa. J’en ai rencontré beaucoup qui ne cachaient pas leur déception en arrivant ici, dans la vallée de l’Yvette, ou sur le Plateau. En s’inscrivant à Paris-Sud, ils pensaient se retrouver à Paris !

- Faut-il en conclure qu’à chaque aménagement universitaire ses problématiques et donc son modèle ?

Comment pourrait-il en être autrement ? La problématique des transports, pour ne s’en tenir qu’à elle, ne se pose pas partout avec la même acuité. De même que celle des aménités urbaines. Autant une université située en périphérie immédiate d’un centre urbain peut en proposer a minima, ses étudiants pouvant toujours se rendre dans ce centre, autant une université plantée au milieu de la nature, comme l’est l’Université Paris-Saclay (du moins dans sa partie située sur le Plateau et la vallée de l’Yvette), doivent veiller à les renforcer en offrant des lieux de vie et de socialisation aussi simple qu’un bistrot ! Mais il me semble que c’est précisément une des préoccupations de l’aménageur.

Légendes photos : présentation du Columbia Manhattanville Project (en illustration de cet article) ; campus de la San Francisco State University (en Une grand format, sur le carrousel) ;  présentation du Columbia Manhanttanville Project (en Une petit format, sur la page d’accueil). Crédit : H. Dang Vu.

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