« Paris-Saclay, c’est le gage d’une visibilité au plan international ». Rencontre avec Claire Beninger

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Suite de notre découverte de BYO Networks à travers le témoignage de sa chargée de développement commercial et des relations avec les collectivités (sur la photo, aux côtés d'Olivier Tirat, fondateur de cette société), que nous avions déjà eu l’occasion d’interviewer à propos de sa précédente aventure entrepreneuriale, CooPAttitude

- Pour commencer, pouvez-vous donner des nouvelles de CooPAttitude ?

CooPAttitude continue dans un autre champ d’activité. Je suis sortie de l’organigramme mais en ai conservé mes parts – une manière de manifester mon attachement à cette aventure. Car c’en est bien une et il est hors de question, pour moi comme pour mes associés, que nous ne la poursuivions pas, fût-ce selon d’autres modalités quant à notre collaboration. Nous n’avions plus nécessairement la même vision, entre ceux, qui entendaient privilégier une logique de prestation, et ceux qui, comme moi, souhaitions concevoir un outil clé en main, ce qui requérait, j’en conviens, un autre niveau d’exigence. Mais, après tout, rien que de plus normal dans un projet entrepreneurial, a fortiori s’il est innovant. Il en va d’une start-up comme d’un ménage : des divergences apparaissent et il s’écoule un certain temps avant qu’on en tire les conséquences.
Je reste d’autant plus attachée à cette aventure que, sur différents aspects, la suite nous a donné raison. Je pense à la protection des données, que nous avions mise en avant. Au début, nos interlocuteurs nous regardaient avec scepticisme. Ils ne saisissaient tout simplement pas la portée de cet enjeu ! Dommage que l’avance que nous avions n’ait pas permis d’assurer définitivement le décollage économique de CooPAttitude.
Toujours est-il que c’est au début 2017, il y a donc un an et demi, que j’ai pris la décision de vivre une autre aventure entrepreneuriale. Car, bien évidement, il n’était pas envisageable pour moi de ne pas continuer dans l’entrepreneuriat innovant. Une fois qu’on y goûte, difficile de ne pas en redemander ! C’est un peu comme si votre ADN se modifiait au point de vous porter non pas à revenir en arrière, mais au contraire à continuer à entreprendre. Je ne me voyais pas intégrer un grand groupe. Ce n’était tout simplement plus possible. Il me fallait vivre une autre aventure entrepreneuriale, ne serait-ce que pour tirer profit de l’expérience acquise.

- Vous participez donc désormais à l’aventure BYO Networks…

Oui, en charge du développement commercial et des relations avec les collectivités. Précisons que je n’ai pas été recrutée à proprement parler, mais que j’interviens au titre de prestataire extérieure.

- Qu’est-ce qui vous a séduit dans la proposition de BYO Networks ?

BYO Networks est portée par une vision, justement. J’étais aussi motivée par l’ambition d’Olivier Tirat, qui est ni plus ni moins de démocratiser l’accès des PME aux technologies du Cloud. Les réseaux du numérique ont atteint un tel niveau de complexité, exigent des compétences si pointues, qu’ils placent les opérateurs en position de force face aux PME. D’autant plus que le caractère virtuel du Cloud, le fait que les données puissent être stockées dans un autre pays, accentuent chez elles le sentiment de ne plus avoir la maîtrise de leurs réseaux numériques, de devoir accepter une relation de dépendance. Jouant de cette situation, les opérateurs cherchent à vendre des solutions coûteuses, qui ne font que déresponsabiliser un peu plus leurs clients.
L’ambition de BYO Networks est donc de redonner du pouvoir aux clients en leur permettant de reprendre la maîtrise dans la gestion de leurs données. Ce correspond à une attente : de plus en plus de PME ont conscience des risques qu’elles encourent à s’en remettre à un tiers pour le stockage de leurs données.

- Précisons que vous connaissiez BYO Networks pour en avoir côtoyé l’équipe au sein d’IncubAlliance où CooPAttitude était incubée…

Oui. Et c’est d’ailleurs le grand intérêt de cet incubateur que de permettre d’interagir avec d’autres entrepreneurs innovants au point de pouvoir participer à un autre projet.

- Un mot sur le contexte de l’écosystème technologique français sur lequel Olivier Tirat pose un regard critique…

Comment ne pas lui donner raison ? Il y a de fait un hiatus entre la logique d’innovation et cette tendance des pouvoirs publics à la standardisation des modèles de l’entrepreneuriat innovant et, tout cela, pour répondre d’abord aux exigences de la comptabilité et de la fiscalité. Heureusement, qu’il y a l’écosystème Paris-Saclay qui, au delà des dispositifs d’accompagnement et de financement, permet de capitaliser sur les échecs sinon les erreurs d’autres entrepreneurs, de s’entraider aussi entre nous, startuppers et entrepreneurs innovants, en faisant circuler l’information.

- Pas question, donc, de le quitter ?

Non ! C’est un écosystème auquel je suis attachée. C’est là que j’ai vécu mes aventures entrepreneuriales. Paris-Saclay, c’est le gage d’une visibilité au plan international. Je regrette d’autant plus que le projet d’un seul et même pôle académique n’ait pas été conduit à son terme. Cela interroge au passage sur qui en pilote au final la gouvernance.

- Quelle recommandation feriez-vous pour l’améliorer ?

Mieux reconnaître le rôle des entrepreneurs innovants. Je trouve qu’il y encore un hiatus entre, d’une part, l’image qu’on veut renvoyer de Paris-Saclay, les discours sur l’innovation, d’autre part, la réalité de la vie des startuppers au quotidien. Il ne suffit pas de les convaincre de venir ici de Paris ou d’ailleurs, il faut encore les convaincre d’y rester et de leur donner les moyens de le faire. Ce qui suppose une vision à plus ou moins long terme sur la manière dont on les fidélise, les ancre sur le territoire.

- Un mot sur les événements qui jalonnent la vie de l’écosystème (Spring Paris-Saclay, etc.). Ne concourent-ils pas à faire émerger une communauté ?

Si, indéniablement. Mais gare à ne pas faire des start-up invitées à y participer de simples supports de communication. Les entrepreneurs ont des agendas très lourds. Sollicitons les donc en veillant à ce que ces événements leur fassent gagner du temps.

- Au final, qu’est-ce qui vous convainc de persévérer dans le l’entrepreneuriat innovant ?

Quand on crée une entreprise, qu’on s’engage dans une dynamique d’innovation, on s’investit sans compter ni son temps ni son argent. Et ce qui nous y incite, c’est cette impossibilité de penser, quitte à paraître candide, qu’on ne sera pas récompensé de ses efforts.

Pour accéder…

… à l’entretien avec Olivier Tirat, cliquer ici.

… au précédent entretien avec Claire Beninger, cliquer ici.

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