Paris-Saclay à l’heure du « Manger local ». Rencontre avec Jonas Delalande

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Le 13 mars dernier, Terre&Cité organisait une réunion sur le thème du « manger local », dans le cadre du Grand Débat National. Malheureusement, nous n’avons pu y assister. Mais ce jeune agriculteur y était. Il a bien voulu témoigner de ses motivations à y participer et des enseignements qu’il en a tirés.

- Si, pour commencer, vous pouviez vous présenter ?

Je suis un jeune agriculteur – j’ai trente ans – installé sur le Plateau de Magny-les-Hameaux. J’ai repris l’exploitation familiale le 1er janvier de cette année. J’en représente ainsi la 5e génération. Nous y pratiquons de la grande culture céréalière.

- Pratiquez-vous une agriculture conventionnelle ?

Non, une agriculture que je qualifierai plutôt de « raisonnée ». Nous utilisons des techniques qui permettent de réduire au maximum l’usage de produits phytosanitaires en appliquant la bonne dose au bon endroit. On peut ainsi continuer à vivre décemment de son travail tout en réduisant l’impact environnemental.

- Un mot sur Terre&Cité…

J’ai rejoint l’association il y a maintenant quatre ans. Je suis très satisfait de mes échanges avec elle. Nous sommes dans un contexte périurbain très marqué, qui expose à des contacts plus réguliers avec des habitants, lesquels, d’un côté, sont satisfaits de la proximité avec l’environnement agricole, mais, de l’autre, expriment des exigences en termes de tranquillité. L’intérêt d’une association comme Terre&Cité est de faire entendre nos propres contraintes…

- En vous reconnaissant par ailleurs comme des acteurs à part entière de l’écosystème et non comme des « indiens enfermés dans leur réserve » (en l’occurrence la ZPNAF)…

Oui, c’est important de le dire. Les agriculteurs n’ont cessé d’innover sinon de s’adapter, et cela a été aussi le cas dans ma famille, depuis la première génération. Le territoire compte depuis longtemps un important pôle agronomique, auquel nous participons, en travaillant étroitement avec l’INRA. Nous sommes aussi des acteurs de la transition écologique et énergétique. Malheureusement, cela reste encore méconnu. Les gens se fient à ce qu’ils voient dans des reportages qui, souvent, véhiculent une fausse image de l’agriculture, pour nous dire ensuite ce que nous avons à faire. Heureusement, qu’il y a des débats comme celui auquel j’ai assisté pour faire connaître une autre vision des choses…

- Venons-en donc à ce débat qui s’est déroulé 13 mars, dans le cadre du Grand Débat National. Qu’est-ce qui vous a motivé à y participer ?

J’y ai participé avec mon épouse, qui y était tout autant intéressée. Avant de reprendre l’exploitation, nous étions à La Rochelle où nous avions pu apprécier la présence de nombreux magasins fermiers et de circuits courts. A notre retour, ici, nous avons été surpris par la faiblesse de ce type de proposition, l’absence d’organisation destinée à les faire connaître et les renforcer, alors que la demande était potentiellement aussi voire plus forte. Le débat était l’occasion d’aborder le sujet et, pourquoi pas, de nous inspirer d’initiatives, dans la perspective de la diversification d’activité que nous envisageons.

- Quel regard posez-vous sur le déroulement de ce débat ?

Un regard très positif. Le public était venu nombreux – de l’ordre de 200 personnes étaient là, dont la ministre en charge du Grand Débat National, par ailleurs secrétaire d’Etat en charge de la transition écologie, Emmanuelle Wargon, et la députée Amélie de Montchalin [devenue depuis secrétaire d'Etat chargée des affaires européennes]. La première a dit en être à son 25e débat, la seconde à son 8e. Les gens ne cherchaient pas à opposer des solutions les unes aux autres. Les discussions en petits groupes ont permis d’avancer sur des propositions concrètes. Les profils avaient beau être différents – c’était le cas du mien, qui comptait des chercheurs, des consommateurs, etc. – chacun regardait dans la même direction, dans l’idée d’avancer ensemble.

- Un état d’esprit que l’on doit sans doute à la manière dont le débat a été organisé, mais aussi au travail accompli dans la durée par Terre&Cité pour tenter de réconcilier les points de vue, surmonter l’opposition entre agriculture conventionnelle et agriculture bio…

Oui. Ici, malgré les visions différentes qu’ils peuvent avoir sur l’agriculture, les gens ont appris à s’écouter. Ce qui n’aurait pas été imaginable il y a quelques années. Je me souviens d’une réunion publique à laquelle nous avions assisté à Saint-Quentin-en-Yvelines avec d’autres agriculteurs. Le moins qu’on puisse dire est que le dialogue fut difficile voire impossible avec des associations de défense de la nature. J’ai eu l’impression de ne pas être vraiment écouté, de ne me voir adresser que des reproches. Tant et si bien qu’avec les autres agriculteurs, j’ai préféré quitter la salle avant le terme du débat. Depuis, un long chemin a été fait, ce dont nous devons être redevables à Terre&Cité.

- Revenons-en au débat : quels enseignements ou idées en avez-vous retirés ?

Les échanges ont confirmé un intérêt pour le retour au « local », des circuits courts entre producteurs et consommateurs. Il a une forte demande pour des lieux où on peut acheter des produits locaux, car les gens sont de plus en plus nombreux à vouloir savoir d’où viennent les produits qu’ils consomment, être rassurés quant à leur provenance. Un produit local aura même parfois davantage leur préférence par rapport à un produit labellisé bio, qui, comme on le sait, peut être importé.
Reste que tout le monde n’a pas forcément la même définition du local. De là l’intérêt qu’il y aurait à s’accorder sur un label. Voilà pour les principaux enseignements que je retiens de ce débat.

- Et l’agriculture urbaine, en avez-vous parlé ?

Oui, du point de vue des problématiques qu’elles recouvrent, à commence par les conflits d’usage, mais aussi les perspectives qu’elle offre pour une agriculture de proximité. Il importe cependant de ne pas limiter l’activité de l’agriculteur à une fonction paysagère. L’agriculture, ce sont aussi des exploitations à qui il faut permettre de fonctionner et de vivre de leur activité.

- Quelle suite envisagez-vous ? Avez-vous le sentiment d’avoir débouché sur des mesures concrètes ? Où est-ce trop tôt pour le dire ?

C’est trop tôt pour le dire. Aucun projet de loi précis n’a été évoqué à ce stade. En revanche, on a pu dégager des consensus. Et puis, la présence de la ministre et de la députée laisse augurer que tout le débat n’aura pas été vain, qu’il va inspirer des mesures concrètes. Elles aussi ont manifestement à cœur de promouvoir une agriculture locale.

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