Paris-Saclay à l’heure de la Fabrication Additive

MichardPaysage
Pour sa 9e Rencontre, le Collège des Sciences de l’Ingénierie et des Systèmes (CSIS) avait fait le choix de s’associer à la première journée des Assises Européennes de la Fabrication Additive qui se tenaient du 24 au 26 juin à l’Ecole Centrale Paris. Laurent Michard (directeur exécutif du CSIS) a bien voulu nous en rappeler les enjeux pour l’industrie comme pour Paris-Saclay où un Additive Manufacturing Center doit voir le jour.

- Pourquoi avoir organisé cette 9e Rencontre du CSIS à l’occasion de la première journée des Assises Européennes de la Fabrication Additive ?

Ces Assises Européennes de la Fabrication Additive sont organisées par l’Association Française du Prototypage Rapide (AFPR). Elles se tiennent tous les ans depuis de nombreuses années à l’Ecole Centrale Paris. J’y ai assisté pour la première lors de la précédente édition. J’ai été frappé par la très grande qualité des interventions et le niveau de compétence des intervenants qui viennent d’institutions pour certaines prestigieuses. On y rencontre aussi bien des chercheurs que des industriels ou d’autres professionnels, européens, mais aussi d’autres parties du monde, y compris des pays émergents comme l’Inde ou la Chine.
Curieusement, les chercheurs de Paris-Saclay étaient très peu informés de l’existence de ces Assises. Organiser notre propre rencontre à l’occasion de la première journée de ces Assises (qui se prolongeaient durant les deux jours suivant) était une manière de contribuer à les faire connaître davantage. L’Idée découle aussi du projet dont nous avions commencé à discuter avec Georges Taillandier et Alain Bernard (respectivement président et vice-président de l’AFPR), de créer un centre de compétences en fabrication additive sur le Plateau de Saclay.

- De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un centre de compétences en matière de fabrication additive, de visibilité internationale, qui tirera parti du potentiel scientifique dont dispose le Plateau de Saclay et de la proximité de grands groupes industriels directement concernés par ce domaine. Concrètement, ce centre, baptisé Additive Manufacturing Centrer Paris Saclay, réunira concrètement sous un même toit, entre 5 et 10 machines de fabrication additive de dernière génération qui serviront à mener, d’une part, des projets de recherche, et, d’autre part, des actions d’enseignement, que ce soit en formation initiale pour les élèves ingénieurs et les étudiants en licence / master, ou en formation continue, pour les personnels des partenaires industriels. Pour cela, nous sommes en train de constituer un consortium qui rassemblera ces industriels et les principaux établissements d’enseignement supérieur et de recherche de Paris-Saclay. Précisons encore que ce centre, dont l’ouverture est prévue pour 2015, sera porté par l’Institut de Recherche Technologique (IRT) SystemX, qui contribuera à son financement et à sa gestion..

- Comment va-t-il se positionner par rapport aux initiatives existantes, que ce soit les Fab Lab, les imprimantes 3 D…

Entendons-nous bien : ce centre se démarquera assez nettement des FabLab et des autres initiatives de ce genre. Notre objectif est d’abord de construire un centre de recherche, non une unité de fabrication. Il aura l’ambition de faire avancer la compréhension des disciplines et techniques associées à la fabrication additive. Naturellement, il travaillera en relation étroite avec les FabLab, ne serait-ce que pour des échanges de technologies, mais sa vocation n’en sera pas moins différente.

- Pourquoi parlez de « fabrication additive », et non d’impression 3D ?

Les Américains du Nord ne se posent pas la question et parlent d’impression 3D (3D printing). En Europe, en revanche, la décision a été prise (après quelques hésitations puisqu’on a parlé successivement de prototypage rapide, de fabrication directe, etc.), de retenir l’expression de « fabrication additive », laquelle englobe des techniques variées. La notion d’impression 3D est plutôt réservée, en tout cas par les gens du métier, aux imprimantes grand public destinées à la fabrication de pièces, en polymère pour l’essentiel. A travers le centre nous allons nous intéresser à une gamme plus large de techniques puisqu’elles concernent, en plus des polymères, la fabrication additive de pièces métalliques ou encore en céramique. Comme vous avez pu le constater au fil des exposés ou en déambulant au milieu des stands, les avancées sont considérables : les technologies disponibles permettent de fabriquer des pièces de haute qualité, inimaginable avec les procédés d’usinage clasiques. Le centre s’orientera vers ces applications industrielles avec des machines qui sont autrement plus couteuses que les imprimantes 3D destinées au grand public : certaines coutent jusqu’à un million d’euros !

- Cette fabrication additive sollicite de nombreuses techniques et disciplines, non sans bousculer les frontières disciplinaires. En quoi constitue-t-elle un défi pour le CSIS lui-même ?

De fait, l’Additive Manufacturing Center Paris Saclay sera totalement pluridisciplinaire. Mais il en est ainsi de tous les projets collaboratifs que nous avons pu porter à travers le CSIS. Qui plus est, l’ensemble des disciplines et technologies qu’il requerra sont pour la plupart déjà présentes dans les laboratoires de Paris-Saclay. Que ce soit la science des matériaux ou le calcul haute performance, les technologies laser, etc.

- Qu’en est-il du droit, dont une communication a rappelé les enjeux au regard des questions relatives à la propriété industrielle, que soulève aussi la fabrication additive ?

C’est un volet que l’on a aussi prévu de traiter. Nous pensons que la fabrication additive va apporter des bouleversements majeurs dans l’organisation des entreprises industrielles y compris leur organisation logistique. Aussi avons-nous l’intention de nous intéresser de très près à ces autres enjeux. L’Additive Manufacturing Center pourra pour cela s’appuyer sur les compétences du Laboratoire de Génie Industriel de l’Ecole Centrale Paris, qui consacre une bonne partie de son activité à la gestion des organisations industrielles. J’ajoute, qu’une école spécialisée dans le design (l’ENSCI Les Ateliers), sera partie prenante de notre projet.

- Vous avez assisté à toutes les communications de cette première journée des Assises Européennes, en manifestant un grand intérêt. Si vous deviez en retenir un ou des moments forts, quel (s) serai(en)t-il (s) ?

J’ai en effet suivi cette première journée avec un vif intérêt même si, autant le reconnaître, je n’ai tout compris ! J’ai été très impressionné par plusieurs exposés, en particulier celui relatif à la fabrication d’organes par bio-ingénierie, par le Professeur Paulo J. Bartolo, de l’Université de Manchester. Comme vous le savez, le Département Hospitalo-Universitaire Hépatinov prépare un projet analogue à Villejuif, auquel le Centre sera associé. J’ai été aussi très intéressé par des communications relatives à la conception et la modélisation des pièces ; elles ont permis de prendre la mesure des avancées en matière d’optimisation topologique (domaine dans lequel le futur centre pourra disposer des compétences du Centre de Mathématiques Appliquées de l’École Polytechnique, l’un des meilleurs au monde dans ce domaine) ou encore de nouvelles méthodes de compaction des données en amont des machines de fabrication additive. Deux thèmes qui seront au cœur des préoccupations du futur Additive Manufacturing Center.

Suite à travers l’entretien que nous a accordé Alain Bernard, Vice-président de l’AFPR (cliquer ici pour y accéder).

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