Parcours d’un Savoyard au pied marin. Rencontre avec François Fleith

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C’est le « monsieur » innovation d’Opticsvalley qu’il a rejoint en octobre dernier après de longues années au sein de grands groupes du secteur des Télécommunications. Il a bien voulu répondre à nos questions. Où l’on apprend qu’il y a un peu plus d’une trentaine d’années, ce Savoyard se demandait comment gravir le Plateau de Saclay depuis la station Le Guichet de la ligne du RER B jusqu’à son école d’ingénieurs, Supélec.

- En quoi votre parcours professionnel est-il lié à Paris-Saclay ?

Mon parcours professionnel est peu lié à ce territoire, du moins jusqu’à mon intégration à Opticsvalley, en octobre dernier, et hormis une expérience professionnelle du côté de Vélizy. Je ne suis pas originaire de Palaiseau [où est installé le siège d’Opticsvalley], ni même d’Ile-de-France [le champ d’action de ce réseau d’acteurs des technologies, principalement de l’optique et de l’électronique]. Je suis Savoyard ! Pour autant, ce territoire ne m’est pas totalement inconnu. C’est là que j’ai poursuivi mes études d’ingénieur : je suis un ancien élève de Supélec ! Comme beaucoup, je connais donc bien la problématique des transports. Chaque dimanche soir, se posait à moi la question de savoir comment regagner mon école depuis la station Le Guichet de la ligne du RER B ! C’était il y a une trentaine d’années. Pour le Savoyard que j’étais, monter à pied sur le plateau, sac à dos, ce n’était peut-être pas la mer à boire, mais quand même !
Ensuite, une fois diplômé, en 1983, j’ai, comme la plupart des élèves de Supélec, rejoint un grand groupe (à l’époque, peu se lançaient dans la création de leur entreprise). Ce qui devait m’éloigner durablement de Paris-Saclay. Le grand groupe en question n’était autre que Philips, dont j’ai rejoint une filiale spécialisée dans les télécommunications civile et militaire. J’y suis resté cinq ans, de 1983 à 1988, d’abord en charge de projets export (nous équipions des marines nationales en systèmes de télécommunication). Une première expérience professionnelle qui fut l’occasion de plusieurs déplacements en Europe et en Asie : en Malaisie et en Corée du Sud, notamment, où se trouvaient les chantiers navals qui construisaient les bateaux à équiper.
Dans un deuxième temps, je me suis rapproché de la R&D pour participer à la conception de la nouvelle génération d’équipements de télécommunication de données (communication par paquets, comme on disait alors). De nouveau, je participe à de grands projets, toujours pour la Défense (Armée de l’Air et Gendarmerie), mais aussi le secteur bancaire.
Mais au fil du temps, mes centres d’intérêt allaient plus du côté du marketing et de la gestion d’entreprise. En 1988-89, j’ai donc entrepris de faire un MBA, à l’INSEAD, une école pas si éloignée du Plateau de Saclay, du moins à l’échelle nationale [elle est implantée à Fontainebleau ].

- Et qui a récemment reçu un ancien ministre…

(Sourire). Oui, en effet. Cette année fut pour moi très instructive. Nous étions plongés dans un milieu très international ; les cours et conférences étaient tous dispensés en anglais. J’ai pu me frotter aux techniques de management, à partir de simulation de cas de marketing. Bref, une expérience enrichissante sur le plan à la fois humain et des connaissances : j’ai beaucoup appris en techniques de management.
Au sortir de cette année, j’ai prospecté les entreprises susceptibles de me confier des responsabilités managériales. Etant issu du secteur des télécommunications, j’ai adressé une candidature spontanée à Alcatel (la fusion avec Lucent n’avait pas encore eu lieu). Ce groupe venait d’acquérir les filiales européennes d’ITT et commençait à procéder à la constitution d’un groupe international. Recruté, je devais y rester jusqu’à mon détachement chez Opticsvalley, non sans avoir vécu plusieurs expériences. Au début, j’ai participé à la construction de la stratégie de développement de produits internationaux. A l’époque, au début des années 90, donc, Alcatel était encore organisé sur la base de filiales nationales : les produits destinés au marché français étaient fabriqués en France, ceux du marché allemand, en Allemagne, etc. Or les marchés se mondialisaient : il fallait désormais des produits plus standardisés. Un vrai challenge, car les équipes n’avaient pas forcément l’habitude de travailler ensemble.

- En raison de différences de culture ?

Oui, bien sûr. Aussi grandes que soient nos compétences et savoir-faire techniques, nous sommes prisonniers de routines liées à nos organisations, mais aussi à notre culture.
Depuis, Alcatel s’est fortement transformé. J’ai traversé l’histoire du groupe, avec ses hauts et ses bas. Comme vous le savez, il a connu diverses restructurations.
Je n’en ai pas moins vécu des expériences stimulantes, correspondant à ce que je voulais faire. Entre 1991 et 1995, j’ai exercé des fonctions de management de business unit : j’étais patron d’une division qui comptait 70 personnes. Je n’avais que 33 ans. C’est à cette occasion que j’ai pris conscience de l’intérêt de travailler en équipe sur un mode start-up, y compris au sein d’un grand groupe. Nous lancions un nouveau produit dans la transmission de données (en l’occurrence : des modems). Pour cela, j’ai réuni autour de moi les personnes qui étaient prêtes à vivre ce nouveau challenge, en constituant une équipe marketing, une équipe commerciale et une équipe R&D. Sans doute l’expérience la plus stimulante qui m’ait été donnée de vivre au sein du groupe Alcatel, dont l’esprit start-up fait au fond partie de l’ADN. D’ailleurs plus tard, j’ai souvenir d’avoir concouru à un programme interne, « Bootcamp », qui avait vocation à susciter des projets intrapreneuriaux. J’ai candidaté avec mon équipe sur un projet que nous sommes parvenus à finaliser au point de réunir les conditions pour la création d’une spin off.
Beaucoup des produits d’Alcatel ont été conçus par de petites équipes et donc suffisamment agiles pour comprendre les attentes du marché. C’est le cas par exemple de l’ADSL. Tout le monde en a entendu parler. Ce que l’on sait moins, c’est que cette technologie a été inventée par une start-up hébergée par la filiale belge du groupe.

- Quelles ont été les autres étapes marquantes de votre parcours ?

A la fin des années 90, j’ai été de nouveau en charge de grands projets. Alcatel était devenu intégrateur, c’est-à-dire qu’il proposait des systèmes clés en main à partir d’équipements conçus, pour partie, par d’autres. J’ai moi-même participé à des projets d’intégration de réseaux mobiles, aux Etats-Unis et de pays en développement (Indonésie, Egypte,…). Ce qui signifiait identifier des sous-traitants pour creuser les fondations, installer des pylônes, bref, mettre en place le réseau.
Ensuite, naturellement, le groupe Alcatel s’est intéressé à des domaines d’activités connexes. C’est ainsi que j’ai été amené à travailler dans le secteur des transports : les sociétés d’autoroutes, les aéroports, les compagnies de chemin de fer, etc. ont des besoins de télécommunication spécifiques, et donc construisent leurs propres infrastructures. Alcatel s’est positionné sur ces marchés. C’est ainsi que j’en suis venu à intervenir dans la conception de leur architecture.

Le début des années 2000 a été marqué par l’arrivée de la 3e génération de téléphonie mobile. J’ai accompagné, toujours dans cette fonction d’intégrateur, des opérateurs dans le déploiement de réseaux mobiles, de nouveau dans des pays en développement, en Indonésie et en Turquie, notamment. En 2006, j’ai voulu compléter ma formation en rejoignant l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN), qui, chaque année, accueille entre autres une session nationale constituée de militaires (grade d’officiers supérieurs), de cadres dirigeants d’entreprises, de personnalités civiles et de hauts fonctionnaires provenant de l’administration et des grands corps de l’état. Pendant 7 mois, on est mis en situation de réfléchir à des sujets liés à la géopolitique globale et aux problématiques de la Défense nationale.

- Quel rapport avec la téléphonie mobile ?

En réalité, la défense doit s’entendre dans un sens très générique et transversal : pas uniquement, donc, en son sens militaire, mais aussi au sens de la défense économique, la défense de nos valeurs françaises et européennes ou même de notre culture. Car dans un monde globalisé comme le nôtre, tout est lié. On ne peut plus s’en tenir à une défense seulement militaire. Pour garantir la souveraineté nationale, il faut aussi disposer d’une industrie puissante, dans les secteurs les plus stratégiques : l’armement, mais aussi l’aéronautique ou même l’automobile dans la mesure où ces secteurs soutiennent l’effort en matière de R&D. Sans oublier une industrie culturelle, à même de préserver notre exception dans ce domaine. Cette année m’a été particulièrement bénéfique. Elle répondait à mon besoin de mieux comprendre le fonctionnement du monde contemporain ou, pour le dire autrement, les dynamiques de ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation et leurs enjeux.

- Est-ce votre longue expérience professionnelle dans le secteur globalisé des télécommunications qui a fait naître ce besoin ?

Oui, sans doute. Mais cela tient aussi à d’autres éléments de mon cursus. A ce stade de notre conversation, il me faut préciser que j’ai été et je suis toujours officier de réserve dans la Marine nationale…

- Un savoyard donc, mais qui a le pied marin…

(Rire). Tout savoyard que je suis, je suis marin, passionné par la mer. Or, par définition, un marin est quelqu’un qui part vers d’autres horizons, pour aller à la rencontre d’autres parties du monde. Je ne dis pas que le terrien n’y est pas enclin. Mais quand le marin part en mer, c’est le plus souvent pour plusieurs jours voire semaines.

- Nous approchons de votre arrivée à Opticsvalley. Dans quelles circonstances avez-vous rejoint le réseau ?

Comme vous le savez, Alcatel a connu, depuis 2003 et l’éclatement de la bulle internet, d’importantes restructurations qui se sont traduites par des plans sociaux successifs. Ces plans ont touché d’abord les usines, ensuite les équipes en charge de l’installation des infrastructures, enfin, les fonctions commerciales dont je relevais.
C’est dans ce contexte qu’il m’a été proposé une mise en disponibilité de deux ans au sein du réseau Opticsvalley, dont Alcatel est un membre historique. Une nouvelle expérience que j’ai acceptée comme un nouveau challenge et que j’ai entamé le 1er octobre, date de mon entrée en fonction.

Pour accéder à la suite de l’entretien, cliquer ici.

Légendes photos : en illustration de cet article, François Fleith (à gauche) lors d’une convention d’Opticsvalley ; sur le carrousel du site : la matinale « Start-up des lieux innovants » organisée en mars dernier au PROTO204.

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