Opération Super Connexion. Rencontre avec Matthieu Helbert

OMPPaysage
Dans la perspective du deuxième anniversaire du PROTO204, nous sommes allés à la rencontre de quelques-uns de ses « super connecteurs ». Fondateur de l’OMP et manager du groupe Le Vasco, Matthieu Helbert revient sur la genèse et l’évolution de cette association palaisienne à laquelle on doit notamment le festival Aoutside et qui a, depuis, élargi son champ d’action. Non sans se jouer des frontières disciplinaires et territoriales, à la faveur de la dynamique Paris-Saclay.

- Si vous deviez en quelques mots nous rappeler la vocation d’Opération Maxi Puissance et les circonstances qui ont présidé à sa création ?

Opération Maxi Puissance, plus connue sous le nom OMP, est née, en 2009, de la volonté d’une dizaine de lycéens de Palaiseau et dont je faisais partie, de continuer à se retrouver autour de la musique que nous aimions alors, le Rock & Roll. Nous avions déjà organisé des concerts et même sorti une compile des groupes du lycée. Jusqu’alors, nous n’avions pas forcément de lieu régulier où jouer en dehors de notre établissement scolaire ou de la MJC dont nous nous étions rapprochés. Au sortir du lycée, nous avons éprouvé le besoin de continuer l’aventure. Pour ce faire, la création d’une association loi 1901 s’est naturellement imposée. Nous l’avons créée en profitant l’émulsion qui s’était produite pendant nos années lycée.

- Quel en était l’objet social ?

L’association a commencé à se faire connaître à travers le festival Aoutside, qu’elle organise chaque année, depuis sa création, à Palaiseau. Très vite, nous  avons soutenu bien d’autres projets, musicaux ou pas, mais contribuant tous à leur manière à créer du lien entre des individus rassemblés ou non en collectifs.

- Comment l’association a-t-elle évolué au cours de ces sept années d’existence ?

Nous ne sommes plus que quelques-uns de la toute première génération de membres. De nouvelles personnes nous ont rejoints avec d’autres motivations et d’autres goûts. L’association a donc connu une évolution naturelle. Elle s’est très vite élargie à d’autres univers musicaux que le Rock&Roll, au gré des rencontres avec d’autres collectifs. Aujourd’hui, la dominante est plus aux musiques électroniques et au hip-hop.

Dans le même temps, le spectre de nos projets n’a cessé de s’élargir : en plus du festival et de l’accompagnement de groupes musicaux – Le Vasco, LSPC, Noflipe, Zeska, Marty Can Fly – OMP s’est associée à des collectifs tournés vers la construction de mobiliers urbains ou la conception de banquets. Autant de choses sur lesquelles nous communiquons à travers notamment une page Facebook et un fanzine.

L’association fonctionne selon les principes d’une coopérative sans but financier, en assumant un certain éclectisme et une part de subjectivité dans la manière de sélectionner les projets qu’elle soutient.

- Qu’en est-il de votre appartenance palaisienne ?

Au début,  nous œuvrions principalement sur la ville de Palaiseau en assumant même une identité palaisienne alternative (que l’on a nommé ZPL – pour ZooPal, verlan de Palaiseau), qui a été le cœur du développement. Mais, de la même manière que nous avons fait tomber des barrières entre les genres musicaux, sans nous interdire d’aller au-delà de la musique, nous intervenons sur d’autres territoires au gré des projets, des rencontres et des invitations.

- Dans quelle mesure l’inscription de Palaiseau dans la dynamique Paris-Saclay a-t-elle changé la donne ? La prenez-vous en compte d’ailleurs ?

Cette dynamique Paris-Saclay nous est apparue assez clairement avec le déplacement manifeste des lieux décisionnaires, que nous pouvions constater, ne serait-ce qu’à l’occasion de nos demandes de subventions. Manifestement, de plus en plus de choses se décidaient au niveau de la Communauté d’agglomération de Paris-Saclay. A cet égard, un lieu a joué un rôle décisif : le PROTO204, qui a, en quelque sorte, fait office de porte d’entrée sur ce territoire de plus grande échelle qu’est Paris-Saclay, en nous connectant à d’autres communautés et collectifs.

- Comment s’est faite cette rencontre avec le PROTO204 ?

Il y a trois-quatre ans, nous étions très actifs au sein du Ferry, un haut lieu de la création palaisienne faisant déjà office de tiers lieu (et qui a manqué de peu de fermer). Le Ferry nous convenait bien : il favorisait des rencontres improbables entre des personnes d’univers très différents, ceux du graffiti, du design, des arts plastiques ou encore des arts culinaires. Il nous confortait dans la nécessité de faire bouger les frontières disciplinaires, d’élargir notre propre champ d’action. C’est en fréquentant ce lieu que nous avons été très naturellement connecté au PROTO204 dès sa création, en 2014. Un autre lieu qui nous a d’emblée plu : on y retrouvait la même vocation de connecter des communautés encore différentes de celles qui fréquentaient Le Ferry : des entrepreneurs, des startuppers ou encore des scientifiques. Pour ma part, j’ai été très heureux d’y trouver un certain nombre de personnes intéressées par la philosophie des sciences.

Très vite, nous avons soumis un projet de soirée à Ronan, qui mêlait tout à la fois de la musique et de la cuisine… Le concept lui a plu. Cela a été le début d’une collaboration régulière, Ronan nous sollicitant pour bien d’autres occasions. Nos DJ sont intervenus à plusieurs reprises au PROTO204. L’an passé, nous y avons réorganisé un grande soirée toujours avec ce mélange d’arts musicaux et culinaires. Nous sommes aussi intervenus dans le cadre d’un chantier participatif autour du mobilier urbain en faisant profiter de notre savoir-faire dans le recyclage de palettes et des connexions que nous avions faites avec des collectifs intéressés par ce genre de mobilier. En sens inverse, Ronan assiste à nos propres événements, à commencer par le festival Aoutside.

- Comment êtes-vous devenu « super connecteur » ? Et comment envisagez-vous cette mission ?

L’animateur de Radio Nova, Rémy Kolpa Kopoul, parle de « connexionneur ». Je me retrouve bien dans ce terme. Mais super connecteur me va aussi. Pour autant, je ne le conçois pas comme une mission à accomplir, mais plus comme une reconnaissance de ce qui a été fait jusqu’à présent et une invitation à le poursuivre. J’ai l’impression d’avoir été déjà un super connecteur au travers de mon engagement au sein d’OPM. J’ai toujours essayé de « provoquer » des liens entre des personnes d’univers différents. Parfois, cela marche, parfois non.

- Cela a-t-il du sens de l’être à l’échelle de Paris-Saclay ?

Oui. Le contexte de Paris-Saclay, dont nous pouvons maintenant percevoir la dynamique, ouvre d’autres portes. Sachons en profiter pour franchir de nouveaux seuils. J’ai le sentiment que ce qui se joue à l’échelle de ce territoire participe d’un mouvement plus général qu’on peut observer dans le reste du monde, à savoir : l’émergence d’espaces de création et d’innovation, dans lesquels on en revient à des principes de base, à commencer par notre commune appartenance à l’humanité. Par delà nos nationalités, nous sommes de fait avant tout des humains, qui gagnent donc à se parler, à créer ensemble, en tirant profit justement de ces espaces en émergence pour donner vie à ces grands concepts que sont la Liberté ou la Démocratie. Ou, pour le dire autrement, avec des mots à nous : contribuer à l’épanouissement de chacun, par la création. Ce qui passe aussi par plus de connexions entre des personnes qui sont sur la même longueur d’ondes, mais qui n’ont pas forcément l’occasion ou le lieu pour s’en rendre compte. Car c’est dans le dialogue qu’opère la création. Voyez ce que donne celui noué entre sciences et arts, ici-même, sur le territoire de Paris-Saclay. Il ne peut qu’inciter à créer les conditions d’autres connexions entre des univers qui se méconnaissent, pour faire vivre cette intelligence collective dont on parle beaucoup mais sans toujours parvenir à l’incarner.

- Et justement, n’y a-t-il pas mieux que la musique pour le faire ?

Si, bien sûr ! La musique, ce sont des vibrations propices à la communication, par delà les mots. Rien de tel que la musique, de quelque genre que ce soit, pour rassembler une foule de gens, très différents, quant bien même chacun éprouve des sensations qui lui sont propres. Pour les faire sortir non pas tant de la réalité, car la musique est une réalité, que des routines et des pressions de la vie quotidienne.

Pour la première édition de notre festival, nous avions organisé un concert dans la forêt, entre amis. Il y eut de l’ordre d’un demi-millier de personnes. Il y en eut huit mille sur deux jours lors de l’édition 2015. La musique est une bonne base de rassemblement. C’est d’ailleurs pourquoi elle est toujours restée au cœur du projet OMP.

Entretien réalisé avec le concours de notre stagiaire, Nat Ouensou.

1 commentaire à cet article
  1. Ping : Témoignages autour du PROTO204 et de sa 2e bougie | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>