Nouvel « effet campus » à Paris-Saclay. Entretien avec Michel Mariton

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Le 20 novembre dernier, le consortium DeepTech Alliance Paris-Saclay était désigné lauréat du 2e appel à projets SIA du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Précisions du Vice-Président Développement économique de l’Université Paris-Saclay.

- Si vous deviez pour commencer par rappeler l’enjeu de l’appel à projets SIA du Programme d’investissements d’avenir (PIA) ?

Doté de 150 millions d’euros, cet appel à projets dont les trois lettres signifient « SATT, incubateurs et accélérateurs » vise à inciter ces différentes structures à se fédérer à l’échelle de leur écosystème pour amplifier la création de start-up DeepTech, issues de la valorisation de résultats de la recherche académique. Un premier appel à projets avait distingué neuf lauréats fin 2019. Malheureusement, notre candidature n’avait pas été retenue. Nous en avons tiré les leçons. Le second appel à projets aura été le bon, et ce n’est que justice. Au sein de Paris-Saclay, ces trois briques essentielles d’un dispositif d’accompagnement d’un écosystème que sont une SATT, un incubateur et un accélérateur font désormais de longue date partie du paysage. Rappelons qu’IncubAlliance a fêté ses 15 ans tandis que la SATT Paris-Saclay a été créée en 2014. La communauté French Tech Paris-Saclay, autre membre du consortium, est de création plus récente, mais ses membres sont déjà bien intégrés dans l’écosystème.
DeepTech Alliance Paris-Saclay permettra de franchir un pas supplémentaire dans le sens d’une meilleure intégration des différentes briques, en jouant à fond sur l’effet territorial, en professionnalisant davantage encore les services proposés. En terme quantitatif, l’objectif est de tripler le nombre de start-up accompagnées dans le domaine de la DeepTech, dans les trois ans qui viennent.

- Que recouvre exactement ce domaine des DeepTech ?

A l’évidence, nous assistons à une nouvelle ambition dans le mouvement de création d’entreprises innovantes. La première vague a privilégié le développement d’applications logicielles, en réponse au déploiement des plateformes numériques. Depuis quelques années, on assiste à une seconde vague de start-up, qui s’appuient davantage sur la valorisation de résultats sortis tout droit de laboratoires. Une évolution qui concerne directement une université comme celle de Paris-Saclay et fait un atout de l’excellence de sa recherche..
Comparées aux autres start-up, celles de la DeepTech exigent cependant plus de temps de maturation, avant de parvenir à la preuve de concept, à la réalisation du premier prototype, à l’industrialisation et à la mise sur le marché. Elles nécessitent donc un accompagnement dans la durée, des investisseurs patients. Force est de constater que si, par le passé, on est parvenu à en créer de nombreuses, beaucoup d’entre elles ont eu du mal à décoller : elles plafonnent à quelques centaines de milliers d’euros de CA. On assiste ainsi à l’apparition de « vieilles » start-ups, une contradiction dans les termes. De là l’intérêt de la DeepTech Alliance Paris-Saclay mise en place à la faveur du SIA : elle permettra d’accélérer leur développement jusqu’à la réalisation du 1er million d’euros de CA, en mettant d’emblée l’accent sur l’ouverture à l’international.
Des dispositifs d’accompagnement d’aide et de formation existent déjà, et nous n’avons pas attendu l’appel à projets pour travailler ensemble. Etre lauréat de cet appel à projets nous permettra de travailler encore plus étroitement. Cela arrive de surcroît opportunément, car nous ne sommes plus qu’à quelques mois de l’ouverture, en septembre 2021, de l’IPHE, quatre lettres pour Incubateur – Pépinière – Hôtel d’entreprise. Un sigle pas très glamour, convenons-en, pour un lieu appelé à devenir le totem du campus et qu’il conviendra sans doute de renommer. Toujours est-il que nos efforts pourront s’incarner dans un lieu physique dans lequel entrepreneurs et structures d’accompagnement pourront se retrouver, accueillir aussi des entreprises désireuses de rejoindre l’écosystème de Paris-Saclay.

- De quels moyens supplémentaires vous permet de disposer le fait d’être lauréat ?

Le travail de réponse à l’appel à projets a déjà en lui-même eu des effets bénéfiques. L’élaboration de notre dossier de candidature aura été l’occasion de faire ensemble l’analyse de nos points forts et de nos points d’amélioration, de réfléchir à la manière de rendre plus fluide le parcours des entrepreneurs. Cela étant dit, le fait d’être lauréat permettra de couvrir la moitié du budget de 2,2 millions que nous avons établi pour les besoins des différentes actions que nous souhaitons mettre en place dans les deux ans à venir.

- Pour faire travailler en bonne intelligence des institutions, encore faut-il que ceux et celles qui les animent se connaissent, partagent une vision commune de leur écosystème. Or, c’est manifestement le cas des différents membres de votre consortium…

Oui, nous sommes tous déjà investis dans l’écosystème depuis des années et, comme je l’ai dit, nous nous connaissions déjà, ce qui, forcément, facilite les prises de contacts et les échanges informels. On touche là à ce que l’on peut appeler un « effet campus », sans compter la vision partagée résumée dans le slogan « Paris-Saclay Innovation Playground ». Permettez-moi de préciser que notre consortium s’est voulu ouvert à des acteurs aussi bien publics que privés. Outre les membres déjà cités, il associe deux partenaires privés : Air Liquide, dont le centre de R&D est installé à Loges-en-Josas, et Servier, qui est en train de construire le sien sur le plateau de Saclay. Ces deux partenaires vont travailler avec nous sur la phase accélération de projets du domaine de la GreenTech, dans le cas du premier, de la HealthTech, dans le cas du second.

- Preuve s’il en était besoin que l’insertion dans un écosystème permet à des acteurs de travailler en bonne intelligence en dépassant le débat lancinant public versus privé, qui a pu contrarier les relations entre le monde universitaire et le monde de l’entreprise…

C’est un clivage qu’il faut dépasser aujourd’hui plus que jamais. Les défis que nous avons à relever – un développement soutenable, les transitions écologique, énergétique et numérique – sont immenses. Nous n’y parviendrons que par des coopérations étroites entre acteurs publics et acteurs privés. Ensemble, il nous faut donner le goût d’entreprendre aux plus jeunes, montrer que l’entrepreneuriat n’est pas réservé aux seuls happy few, mais concerne le plus grand nombre. Il y a tant de manières d’entreprendre ! Rappelons qu’un étudiant peut d’ores et déjà bénéficier d’un statut d’entrepreneur dès la Licence, de façon à mener à bien son projet tout en poursuivant des études dans de bonnes conditions.

- Un mot sur l’Université Paris-Saclay et la 14e place qu’elle a décrochée dans le classement de Shanghai. Peut-on d’ailleurs parler d’un « effet Shanghai » dans la réussite de votre candidature à l’appel à projets ?

L’excellence de la recherche de l’Université Paris-Saclay n’a heureusement pas attendu le classement pour se manifester. Mais reconnaissons que cette 14e place conforte la légitimité du projet, qui, en fédérant les forces en présence, permet de mieux donner à voir la concentration des moyens de recherche, qui existent de longue date sur le plateau de Saclay. Si le classement a été bien accueilli en France où il sanctionne plusieurs années d’effort en vue de faire gagner en visibilité la recherche du pays, il a aussi eu un effet indéniable à l’international. J’en veux pour preuve l’article que lui a consacré l’hebdomadaire The Economist dans son édition qui a suivi l’annonce du classement : un article publié en pleine colonne, avec pour titre « Saclay sacré ». Jusqu’alors, ce média ne nous avait pas habitué à rendre compte de l’actualité de notre système d’enseignement supérieur et de recherche… Quand au connaît le profil de son lectorat, on ne peut donc que se réjouir de l’écho international qu’il donne du classement de l’Université Paris-Saclay. Les entreprises n’ont certes pas attendu le classement pour se convaincre de l’attractivité de l’écosystème…

- Vous êtes bien placé pour le savoir, vous qui avez été le directeur du site de HORIBA à Paris-Saclay, un des tout premiers centres de R&D à s’être implanté sur le plateau, suite au lancement du projet de campus Paris-Saclay…

C’est vrai que, avec Monsieur Horiba, nous avons fait très tôt le choix de nous installer sur le plateau de Saclay. Preuve s’il en était besoin de l’attractivité ancienne de ce dernier, qui assure une forte proximité avec le monde académique, des laboratoires scientifiques avec tout ce que cela signifie en termes de possibilités de recrutement d’étudiants, d’ingénieurs qualifiés, mais aussi, j’insiste sur ce point, de jeunes techniciens. Qui dit innovation pense d’abord à la recherche de pointe, portée par les doctorants, mais il faut garder à l’esprit qu’une partie importante de l’innovation passe aussi par l’embauche de jeunes titulaires d’un bac + 2 ou d’une Licence pro, qui apportent avec eux les connaissances les plus récentes apprises sur les bancs de l’Université. Une entreprise se développe avec l’ensemble de ses équipes et l’attractivité d’un écosystème doit autant à l’excellence de sa recherche qu’à la pertinence des formations proposées à tous les stades du cursus universitaire. C’est d’ailleurs la force de l’Université Paris-Saclay que de tenir ensemble, dans une même ambition, formation et recherche.

A lire aussi l’entretien avec Philippe Moreau, directeur d’IncubAlliance, en charge de la coordination du consortium (mise en ligne à venir).

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