Mission CCI Paris-Saclay. Rencontre avec Bruno Malecamp

CCI Paysage 1
Directeur général de la CCI Essonne, Bruno Malecamp nous rappelle le rôle de cette institution auprès des entreprises innovantes, ainsi que les objectifs de la Mission interconsulaire Paris-Saclay, qu'il dirige également.

En guise de sujet de mémoire, pour son diplôme d’ingénieur, obtenu en formation continue, il avait choisi « la veille technologique en PME ». C’était au début des années 90. C’est dire si Bruno Malecamp a le sens de l’anticipation : la CCI Essonne, qu’il dirige aujourd’hui est réputée pour son savoir-faire en matière d’intelligence économique, développé à partir d’un intense travail de veille. Il avait préalablement cumulé plusieurs années d’expérience professionnelle dans l’industrie aéronautique avant de rejoindre « le monde des CCI » avec, comme il aime à dire, « une culture industrielle, mais tournée vers l’innovation. » En 1992, ce fut d’abord la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie d’Ile-de-France, où il fut en charge du développement industriel, dont il devait devenir le directeur général adjoint. « Un moment crucial, puisqu’il fallait accompagner la reconversion de l’aéronautique militaire vers l’aéronautique civile. » En 1996, il met en place une bourse internationale d’offres de technologies sur le Midest, un salon dédié à la sous-traitance industrielle. Un concept courant aujourd’hui, mais novateur à l’époque. « L’idée était de permettre à des sous-traitants d’accéder à une offre technologique pour diversifier leur production et monter en gamme, et réduire ainsi leur dépendance à l’égard d’un donneur d’ordre. » C’est en 2005, qu’il rejoint la CCI Essonne comme directeur général adjoint chargé des entreprises avant d’en prendre ensuite la tête. Ce qui ne l’empêche pas de conserver un œil au niveau régional, en participant notamment à la création et au développement des pôles de compétitivité dont System@tic.

- Vous avez exercé des responsabilités au plan régional. Quel regard posez-vous sur Paris-Saclay, ses particularités et ses rapports avec le reste du territoire francilien ?

C’est indéniablement un territoire stratégique pour le développement économique de l’Ile-de-France et son rayonnement international. Notre rôle est donc de concourir au développement de l’innovation et de l’internationalisation des acteurs du territoire, en cohérence avec les dynamiques régionales. Etant entendu qu’il s’agit d’un territoire particulier, riche en entreprises de pointe et en laboratoires de recherche, aussi bien privés que publics. Dans ce contexte, notre CCI se veut être une interlocutrice des acteurs économiques, dont elle relaie les besoins en termes d’aménagement, comme des acteurs du monde académique avec lequel elle entretient déjà des liens forts : est-il besoin de rappeler la présence d’HEC, destinée à être la Business School de la future université Paris-Saclay ? Sans compter les diverses formations à l’entrepreneuriat mises en places dans plusieurs autres établissements du Campus Paris Saclay.

- Que faites-vous en direction des entreprises innovantes ?

Force est de constater que le territoire ne draîne pas autant de projets de start-up que nous le souhaiterions. D’où le travail que nous réalisons avec les incubateurs pour les aider à détecter les créateurs innovants. Cette mission est clairement inscrite dans notre cahier des charges. Concrètement, nous allons concentrer nos efforts en aval, sur la pré-incubation, l’identification et la préparation des projets pour qu’ils soient éligibles aux incubateurs, par un accompagnement dans la définition de la stratégie de marché, la mise en relation avec les acteurs de l’innovation, les financeurs et investisseurs, etc. Une fois les entreprises créées, il s’agit de les booster, de leur faciliter l’accès à des commandes…

Autant de métiers que nous avons toujours exercés, mais que nous souhaitons renforcer. Naturellement, nous ne pouvons ni ne souhaitons le faire seuls. Par ces temps de disette budgétaire et de financements publics, il nous paraît important que tous les organismes ayant vocation à promouvoir l’innovation se serrent les coudes en veillant à ne pas se marcher sur les pieds.

- Venons-en à la mission interconsulaire, de quoi s’agit-il ?

Jusqu’ici, quand on évoquait Paris-Saclay, on parlait ou bien d’aménagement ou bien de campus, mais pas ou si peu de développement économique. Or le développement économique est à soutenir dès maintenant. C’est le discours que nous avons porté et qu’on porte encore : il importe certes d’aménager ce territoire, ne serait-ce que pour en améliorer les conditions de transport, et de renforcer le volet académique, mais il ne faudrait pas pour autant oublier les entreprises qui y sont déjà présentes. Elles ont des besoins auxquels il faut répondre dès maintenant, sans quoi elles risquent de partir vers des territoires plus attractifs.

La mission a donc vocation à accompagner leur développement sur le territoire. Elle est née d’une opportunité dont nous nous sommes saisis, suite à l’appel à projets du Grand Paris. Avec la CCI Versailles-Yvelines et la CCI Paris Ile-de-France, nous y avons répondu avec un dossier traitant du développement endogène. A la différence de la CCI Versailles-Yvelines, directement rattachée à celle-ci, la nôtre a un statut d’établissement public territorial de plein exercice. Nous ne nous en sommes pas moins organisés pour adopter une démarche commune sur ce territoire.

La mission comporte également un volet tourné vers le développement exogène avec des actions auprès d’investisseurs extérieurs potentiels, en vue de l’implantation de nouvelles entreprises. Ce volet est, lui, porté par l’Etablissement public Paris-Saclay (EPPS). Mais naturellement, les deux volets sont liés et nous travaillons donc en bonne intelligence.

Notre capacité à porter le développement économique ne peut que contribuer à en renforcer l’attractivité du territoire. Notre capacité à booster le business peut constituer un critère dans le choix d’une entreprise de s’y implanter. C’est pourquoi nous sommes pleinement en phase avec l’objectif d’attractivité internationale porté par l’EPPS. En principe une CCI a vocation à accompagner un département dans son intégralité. Rien ne lui interdit cependant de donner un coup d’accélérateur sur un territoire donné, jugé stratégique, comme l’est celui de Paris-Saclay.

- Voilà pour les intentions. Sauf qu’elles concernent des acteurs très divers. Comment faites-vous pour les engager dans cette double dynamique de développement exogène et endogène ?

Les acteurs qui opèrent sur le territoire ont appris à se connaître et ont désormais l’habitude de se rencontrer. Nous-mêmes avons fait le choix d’être présent sur le territoire de Paris-Saclay. Nous vous accueillons dans nos locaux, situés dans bâtiment Euripide, sur le Parc des Algorithmes. Nous disposions auparavant d’un bureau dans ceux de la CAPS, pour assurer nos permanences. Mais nous avons voulu aller au-delà d’un simple rapprochement physique, en formulant une offre aussi opérationnelle que possible.

- En quoi consiste-t-elle ?

Cette offre qui a vocation à évoluer dans les tous prochains mois, est structurée autour de trois volets principaux :

- un volet RH : il s’agit d’aider les entreprises à attirer les talents, à les recruter et à les fidéliser. Les entreprises en fort développement peuvent avoir besoin de profils très différents à recruter dans des délais courts. C’est un défi que nous les aidons à relever.

- un volet financement : ces entreprises ont besoin de financements aussi bien privés que publics. Nous les accompagnons donc pour bénéficier au mieux du crédit impôt recherche, lever des fonds auprès des capitaux-risqueurs, faciliter la prise de contact avec la BPI et d’autres financeurs publics.

- enfin, un volet développement : nous les aidons à avoir une meilleure connaissance de leurs marchés, à identifier de nouveaux partenaires, fournisseurs ou clients, en France, comme à l’international, en leur faisant profiter de notre expertise en intelligence économique. L’enjeu est aussi de sécuriser les échanges aussi bien avec les laboratoires qu’avec les entreprises et les grands comptes. Rappelons que nous sommes dans des domaines hautement concurrentiels où l’information de qualité revêt un enjeu stratégique.

Ces segments d’activité font partie de notre offre classique. Encore une fois, nous comptons les renforcer dans les prochains mois à travers, justement, la Mission Interconsulaire.

- En synergie avec les autres acteurs qui pourraient intervenir dans l’un ou l’autre de ces volets ?

Nous avons un code de conduite auquel nous tenons particulièrement : nous ne sommes pas là pour nous substituer aux autres acteurs. Chacun a sa mission et doit la remplir au mieux. Notre souci, et c’est en cela qu’on peut nous qualifier d’acteur mature, est d’apporter une valeur ajoutée à l’existant. S’il n’y en pas, nous nous gardons d’intervenir. Nos actions sur le territoire sont, en outre, toujours conçues en partenariat. Il n’y pas d’action 100% CCI. Cela n’aurait pas de sens. Certes, ce n’est pas toujours simple, car il peut y avoir des zones de recouvrement. Mais, de manière générale, nous nous complétons bien.

Et en disant cela, je ne fais pas que tenir un discours. Nous le traduisons en acte à travers notre politique de certification. Pour mémoire, la CCI Essonne a été certifiée Iso 9001 (une certification renouvelée au mois de juin de cette année). Elle a également été évaluée selon le référentiel Iso 26 000, relatif à la RSE. A ce jour, seuls quatre autres établissements publics ont décroché cette certification. Elle atteste justement de notre volonté de maximiser nos modes d’intervention sur le territoire dans une logique partenariale.

- Parmi vos actions sur le territoire, pouvez-vous en citer une parmi les plus emblématiques, à vos yeux, de cette démarche partenariale ?

Je citerai l’exemple de Techinnov, une action phare que nous avons mise en place il y a 7 ans, et dont faisons profiter le territoire de Paris-Saclay. Il s’agit d’une convention d’affaires, de financement, qui rassemble chaque année, des acteurs de l’innovation : des laboratoires de recherche, des start-up, des financeurs, des entreprises, grandes et moyennes, etc. L’objectif est de permettre aux investisseurs et financeurs d’optimiser les rencontres avec les porteurs de projet, dans le cadre de RDV qualifiés et ciblés. Cet événement se tient en février à Orly ; il réunit pas moins de 1 600 participants.

- Une illustration du fait au passage que Paris-Saclay ne se conçoit pas indépendamment du reste du territoire Francilien…

Surtout pas ! A cet égard, notre message est clair : Paris-Saclay n’a de sens que s’il est au service d’une dynamique régionale. Le projet ne réussira que s’il est visible depuis Singapour ou de tout autres points importants de la planète. Ce qui suppose de l’envisager en relation avec l’aéroport d’Orly, mais aussi le Genopole d’Evry, qui développe les médicaments du futur ou encore Bruyères-le-Chatel et son centre de calcul de niveau mondial, etc. Bien d’autres équipements présents en Essonne ou dans les Yvelines ont une ambition internationale. Paris-Saclay doit pouvoir en profiter quand bien même ne font-ils pas partie de son périmètre.

- Quels arguments avancez-vous aux entreprises extérieures pour les convaincre de s’implanter à Paris-Saclay, en plus de cette proximité avec ces équipements ?

Il est pour le moment difficile de répondre à cette question car la promesse du territoire est à échéance trop lointaine pour intéresser de nouvelles entreprises ! Dès lors, son développement économique consiste à déjà préserver l’existant, en faisant en sorte que les entreprises présentes n’aillent pas voir ailleurs. Gardons à l’esprit que les territoires, qu’on le veuille ou non, sont en concurrence et que les entreprises se déplacent sans difficultés pour aller vers le mieux disant. Reste à savoir quelles promesses le territoire Paris-Saclay peut mettre en avant pour convaincre des entreprises à rester…

- Je vous renvoie la question !

La première qu’il lui faut tenir, c’est sa visibilité au plan international. Dans le contexte de cette compétition internationale entre les territoires, c’est un impératif. Une autre promesse réside dans l’accès à des marchés de première importance : le marché de consommation d’Ile-de-France, mais aussi du travail. Grâce à la concentration de ses établissements d’enseignement supérieur et de centres de R&D, Paris-Saclay dispose d’une main-d’œuvre hautement qualifiée.

Cependant, la problématique de transport hypothèque les chances d’attirer des talents, aussi bien chercheurs qu’ingénieurs. Le territoire de Paris-Saclay est particulièrement vaste et hétérogène. Tout le contraire de clusters comme, par exemple, celui de Boston qui concentre un nombre impressionnant d’entreprises innovantes et de laboratoires sur un territoire relativement restreint et homogène. Même à l’heure du numérique, une forte proximité conditionne la réussite des dynamiques d’innovation et de développement économique. Les acteurs doivent pouvoir se rencontrer, même de manière informelle, aussi souvent que possible. C’est encore loin d’être le cas sur Paris-Saclay, même si, comme je l’ai dit, les acteurs ont pris l’habitude de se rencontrer et de travailler ensemble.

- Mais qu’est-ce qui empêche d’imaginer que des contraintes propres à ce territoire ne puissent émerger un cluster d’un type particulier ? Le risque n’est-il pas de se laisser influencer par des modèles existants ?

De fait, ici, nous ne sommes pas à Boston ni dans la Silicon Valley. Ici, il y a des champs de blés et de colza, ce qui change quand même la donne ! De grandes entreprises ont par ailleurs fait le choix de s’implanter dans les Yvelines. De là des discontinuités avec lesquelles il faut composer aussi, en tâchant d’en tirer profit sinon d’en atténuer les effets négatifs.

- Nous en revenons à la problématique des transports. Que faites-vous pour y remédier ?

La CCI Essonne prend sa part dans l’amélioration de la situation, en participant à des actions concrètes comme, par exemple, la mise en place de Plans de Déplacement Inter-Entreprises (PDIE), avec le concours de différents acteurs – les associations d’employeurs des zones d’activité, dont POLVI ; les intercommunalités, sans oublier l’EPPS. Ce type d’actions peut paraître modeste, mais au moins apportons-nous la démonstration qu’il est possible de fédérer une diversité de parties concernées, à l’échelle de Paris-Saclay. Car tel est le véritable défi qu’il nous faut lever : apprendre à travailler ensemble, sans se laisser emprisonner dans les limites de nos territoires administratifs respectifs.

- Des entreprises disent souhaiter ne pas mettre l’accent sur ce problème pour ne pas dissuader leurs éventuels clients, investisseurs ou futurs personnels… Après tout, disent-elles, le manque d’accessibilité est compensé par la disposition de plus grands espaces…

En décembre 2012, nous avons organisé à NanoInnov une première rencontre des acteurs du monde économique de Paris-Saclay. La problématique des transports était au centre des discussions. Beaucoup de cadres d’entreprises ont déjà pris l’habitude d’organiser leurs réunions à Orly pour ne pas faire perdre du temps à leurs clients… Est-ce un phénomène massif ? Il est en tout cas significatif d’une situation problématique.

- Vous faites-vous le relais auprès des pouvoirs publics ?

En permanence ! La Mission CCI Paris-Saclay, c’est aussi des actions de lobbying que nous assumons pleinement !

Suite de la découverte de la CCI Essonne à travers un entretien à venir avec Charles-Henry Rheinart, Chef de service intelligence économique (cliquer ici).

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