Michel Corajoud, premier Lauréat du Prix International André Le Nôtre

De gauche à droite : Jean-Marc Bouillon (président de la Fédération Française du Paysage), Michel Corajoud, Dominique Douard (président de Val’hor) et Érik Orsenna (président du conseil scientifique des Rencontres André Le Nôtre).
De gauche à droite : Jean-Marc Bouillon (président de la Fédération Française du Paysage, à gauche), Michel Corajoud, Dominique Douard (président de Val’hor) et Érik Orsenna (président du comité scientifique des Rencontres Le Nôtre).
Les Rencontres André Le Nôtre, organisées du 1er au 3 juillet dernier ont été l'occasion de remettre le premier International éponyme au paysagiste Michel Corajoud, ancien enseignant de l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles.

Les Rencontres André Le Nôtre, organisées du 1er au 3 juillet dernier à l’occasion du 400e anniversaire de la naissance du célèbre « jardinier » du Roi Soleil, se sont terminées avec la remise du 1er Prix international André Le Nôtre (voir encadré). Pour sa première édition, il a été décerné à une grande figure du paysagisme en France, déjà lauréat du Grand Prix du paysage (1992) ou du Grand Prix de l’urbanisme (2003).

Michel Corajoud, c’est d’abord un tempérament et une conviction : les paysagistes ont des choses précieuses à dire sur la ville, bien au-delà des espaces verts qui la composent. Contre une tendance à les cantonner aux enjeux relatifs à la nature, il martèlera une idée résumées en quelques phrases abondamment citées, à savoir que leur travail « sur l’espace interstitiel des villes devait, au contraire, être une forme introductive de l’architecture, qu’il y avait une continuité d’intentions nécessaire entre les bâtiments et les espaces extérieurs qu’ils déterminent. » Dès le milieu des années 60, il participe avec des collègues de l’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture (AUA) à la constitution d’une première équipe de « paysage urbain ».

Le Prix international André Le Nôtre

Ce prix a vocation à récompenser tous les deux ans « un paysagiste concepteur pour l'ensemble de son œuvre, de la conception à la maîtrise d'œuvre, en passant par la contribution à la recherche, ses publications et à l'enseignement ». Présidé par François de Mazières (député-maire de Versailles), le jury compte des paysagistes, des architectes-urbanistes, des journalistes,… qui sélectionnent le lauréat en fonction des critères suivants : l'originalité de l'apport du candidat à la conception du paysage, la reconnaissance des paysages et de la démarche paysagère ; la formation des futurs professionnels ; l'innovation ; sa capacité à « élaborer et conduire un projet avec tous les partenaires ».

Parmi ses principales réalisations, plusieurs parcs ou (ré) aménagements d’espaces publics, menées avec des architectes : Renzo Piano (le Quai et le Boulevard Charles de Gaulle, en 1996 ; la Cité internationale à Lyon, en 2001 ; le site des anciennes aciéries Falck à Sesto San Giovanni) et Pierre Gangnet (l’Avenue d’Italie à Paris, 1998 ; le Boulevard Tony Garnier à Lyon, entre 1998 et 2006 ; les Quais de la Loire, à Orléans, en 2005-2006,…).

Un sens du dialogue avec des architectes et urbanistes qui lui vaudra d’ailleurs, dès 1985, la Médaille d’argent de l’Académie d’architecture, partagée avec sa propre épouse, Claire Courajoud, à laquelle il s’est associée à partir de 1975 (parmi leurs réalisations conjointes : le Parc du Sausset en Seine-Saint-Denis, entre 1981 et 2005 ; « Les Jardins d’Eole » à Paris, en 2004-2006, ou encore le Parc de Gerland à Lyon, entre 1999 et 2006).

En parallèle, il militera pour la reconnaissance d’une filière de formation propre aux paysagistes, quoique pluridisciplinaire. Pour mesurer le chemin parcouru dans la reconnaissance de leurs savoirs en général et sur la ville en particulier, il faut rappeler que jusqu’au début des années 1970 et la constitution de l’Ecole nationale supérieure du Paysage de Versailles (ENSPV), le métier de paysagiste n’avait pas, en France, de filière de formation spécifique. Les paysagistes français devaient intégrer l’Ecole nationale d’horticulture, à Versailles, ou le Centre national d’études et de recherches du paysage de Trappes (l’un et l’autre de ces établissements comptant une « section du paysage et de l’art des jardins »). Si donc les paysagistes intervenaient dans la ville, c’est au titre de leur connaissance de la « nature »…

Né en 1937, Michel Corajoud est lui-même décorateur de formation (il est diplômé de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs).  Il a aussi un diplôme de paysagiste, mais décerné  par le Ministère de l’Agriculture. Dans les années 70, il participe à la constitution de l’ENSPV avant de pousser au départ, en 1996, de l’Ecole nationale supérieure d’Horticulture à Angers, pour marquer la différence entre les deux filières de formations. Désormais, les paysagistes ont « leur » école nationale supérieure qui délivre  un diplôme de paysagiste (DPLG).

Ironie de l’histoire, le Prix international André Le Nôtre a été créé à l’initiative de la Fédération française du Paysage par l’interprofession Val’hor, qui, comme son nom l’indique, réunit les horticulteurs parmi les professionnels du végétal. Ce que n’a pas manqué de relever Michel Corajoud en assumant dans un premier temps de son discours, un comportement de « vilain petit canard », avant de reconnaître que la rupture a été trop radicale avec le monde de l’horticulture. Entretemps, il aura versé quelques larmes à l’évocation des 37 années d’enseignement auxquelles il a dû renoncer une fois passer la limite d’âge. Agé aujourd’hui de 76 ans, il n’a pourtant pas perdu de son talent pour capter l’attention de l’auditoire, en l’occurrence quelque 400 personnes réunies au Palais de Congrès de Versailles. Surtout au moment de se livrer de longues minutes durant et sans notes à une exégèse de l’apport de Le Nôtre (et notamment sur la référence au nombre d’or qui serait sous-jacente à sa conception du parc du Château) et à une déconstruction des figures géographiques qui avaient servies de logo aux Rencontres Le Nôtre. Indécrottable « vilain petit canard » !

 

 

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