Mes dix années au service de Paris-Saclay. Entretien avec Antoine du Souich

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La formule est galvaudée mais elle reprend tout son sens en ce qui le concerne : après dix ans de « bons et loyaux services », celui qui mit en place la direction du développement durable de l’EPPS puis de la stratégie et de l’innovation de l’EPA Paris-Saclay, part vivre une nouvelle aventure professionnelle, toujours en rapport à la durabilité et l’innovation. Retour sur les motivations qui l’avaient conduit à intégrer ce qui n’était encore que la mission de préfiguration de l’OIN de Paris-Saclay.

- Avant d’en venir aux circonstances de votre arrivée à ce qui ne s’appelait pas encore l’EPA Paris-Saclay (mais l’EPPS), pourriez-vous nous rappeler les grandes lignes de votre cursus ?

Suite à mes années d’études à Polytechnique, j’ai intégré le Corps des Ponts. Pour les besoins de mon stage de fin d’études, j’ai rejoint la société Coyne et Bellier où j’ai été en charge des études d’impact et des plans de réinstallation des populations dans le cadre de grands projets d’électrification financés par la Banque mondiale, au Togo et au Bénin principalement. Une expérience dont je garde un très bon souvenir puisqu’elle m’aura permis de satisfaire mon goût pour l’international et poursuivre l’expérience que j’en avais acquise durant mes années de service militaire. Suite à quoi, au titre cette fois de la dernière année de formation du Corps des Ponts, j’ai fait le Master d’Action publique des Ponts [aujourd’hui Mastère Spécialisé® Politiques et actions publiques pour le développement durable]. En 2005, je rejoignis le ministère de l’Ecologie et du Développement durable comme Chef du bureau des agences et offices de l’eau. Au bout de trois ans et quelques mois, j’ai éprouvé le besoin de retrouver le terrain. Le directeur de la DDE de l’Essonne, Jean-Martin Delorme, m’encouragea à le rejoindre. Nous assistions, m’avait-il dit en substance, à la fin de l’ingénierie publique. Si, donc, je voulais en faire, c’était maintenant ou jamais !

- Aviez-vous entendu parler du projet de Paris-Saclay ?

Je disposais d’un faisceau d’informations qui accréditaient que le Plateau de Saclay allait être l’objet d’une importante OIN. Je n’avais pas encore vraiment pris la mesure de ce qu’allait être le Grand Paris, mais on parlait d’une grande université qui y serait créée dans le cadre du plan Campus. Toujours est-il que Jean-Martin Delorme me confirma le lancement d’un projet d’aménagement dont le Plateau de Saclay serait l’objet. Intégrer la DDE de l’Essonne offrait donc l’opportunité d’en être aux premières loges.
J’ai rejoint cette DDE en décembre 2008. Une mission de préfiguration de l’EPPS venait d’être mise en place. Assurée à l’époque par l’équipe de Jean-Pierre Dufay, elle était installée dans des locaux de l’aérodrome de Toussus-le-Noble. Naturellement, dans mon souci d’appréhender le territoire, d’en comprendre les enjeux d’urbanisme et d’ingénierie publique, je suis allé à sa rencontre, comme je l’avais fait avec d’autres acteurs locaux. Mais les choses en étaient restées-là.

- Et au sein de la DDE, en quoi consistèrent vos missions ?

Chef de service territorial Nord-Ouest au sein de la DDE Essonne, les équipes que j’encadrais avaient principalement une mission de conseil auprès des communes dans l’exercice de leurs compétences en matière d’urbanisme. J’ai également été en charge de deux projets : la liaison A10-D36, qui devait faciliter l’accès au Plateau de Saclay, et la réalisation du premier tronçon de ligne de bus en site propre entre la station de RER Massy-Palaiseau et le campus de Polytechnique, que j’accompagnais en assistance de maîtrise d’ouvrage pour le compte du Conseil départemental. Ce fut l’occasion pour moi de mieux découvrir le territoire et ce que sont les réunions de chantier, un constructeur de BTP,…

- Comment en êtes-vous venu à rejoindre la mission de préfiguration ?

Naturellement, j’étais curieux de ce qui se préparait sur le Plateau de Saclay, mais en restant concentré sur mes deux projets. J’étais à la tête d’une équipe de 40-45 personnes, et cela suffisait à mon bonheur en plus de remplir mes journées ! Et puis, le poste que j’occupais avait été laissé vacant pendant un an. Il me fallait relancer une dynamique. Je ne voyais donc pas le quitter aussitôt arrivé. Deux épisodes devaient cependant m’amener à m’intéresser davantage à la mission de préfiguration.
Il y eut d’abord la publication de la carte que cette dernière avait commandée à Robert Reichen pour les besoins de ses études capacitaires. Avec le recul, on peut s’interroger sur les partis pris de ses auteurs. On y voyait de gros blocs, à vocation monofonctionnelle, des volumes d’ha dédiés à tel ou tel domaine de recherche. Mais toute schématique et approximative qu’elle fût, elle avait le mérite d’offrir une assise à la réflexion de la Fondation de Coopération Scientifique (FCS) Campus Paris Saclay et des établissements appelés à le rejoindre, en offrant une première représentation physique de ce que pourrait être le campus urbain. Elle donnait aussi des éléments de réponse à la manière dont l’Etat devait, à travers le futur EPA Paris-Saclay, se positionner vis-à-vis des collectivités territoriales.
Il y eut ensuite, en mars 2010, le décret portant création de l’OIN. Ce qui se traduisit par un changement d’équipe : la mission de préfiguration était désormais confiée à Pierre Veltz, en association avec Guillaume Pasquier (le futur DG délégué) et Lise Mesliand (en charge de l’aménagement). La nouvelle équipe s’installa près de la gare d’Orsay, dans les locaux actuels, et procéda aux premiers recrutements.

- Qu’est-ce qui vous a motivé cette fois-ci à sauter le pas ? Est-ce le fait que vous connaissiez Pierre Veltz, ancien directeur de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées ?

Pierre Veltz avait été effectivement le directeur de l’école au moment où j’y étais, mais je n’avais pas eu l’occasion d’échanger avec lui. Ce qui m’a motivé à me rapprocher de la nouvelle mission, c’est la conviction que lui et son équipe seraient inévitablement attendus sur les questions environnementales, notamment relatives à l’eau. En 2006, avait été promulguée la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (Lema), dont j’avais été un des commissaires du gouvernement. La Région Ile-de-France elle-même avait une stratégie volontariste dans ce domaine (elle s’était saisie des problématiques relatives à la déconcentration du traitement des eaux usées, la protection des zones d’alimentation des captages…). Je n’ignorais pas que, compte tenu de sa composition géologique, à dominante argileuse, le Plateau de Saclay serait particulièrement concerné par la question des zones humides et de leur préservation. Dès lors, si le futur EPPS ne prenait pas la mesure de ces enjeux, le projet d’aménagement se heurterait aux plus grandes difficultés. J’ai donc pris l’initiative d’aller à la rencontre de la nouvelle équipe pour l’y sensibiliser et proposer mes services.

- En quittant la DDE ?

Non, en tout cas pas dans l’immédiat. Mon intégration se fit par étape. Jean-Martin Delorme avait accepté le principe d’une mise à disposition à temps partiel auprès de ce qui n’était encore qu’une mission de préfiguration. Mon aventure avec le projet de Paris-Saclay débute ainsi en nombre 2009. La première année, j’y consacrai un tiers de mon temps. La 2e année, je passai à un mi-temps pour assumer la direction du développement durable, qui avait été créée. Déjà, j’encadrai une petite équipe. Tout naturellement, la 3e année, à compter de septembre 2011, je finis par rejoindre l’EPPS à temps plein.

- Le développement durable embrasse pourtant bien plus que les problématiques de l’eau…

En effet ! L’EPPS avait l’ambition de faire de l’aménagement urbain en partant d’un existant constitué d’espaces agricoles et naturels, en faisant de Paris-Saclay un éco-territoire. Il s’agissait donc de traiter tout à la fois des enjeux de l’eau, de la mobilité, de l’énergie et de la performance environnementale…

- Comment êtes-vous parvenu à couvrir des domaines aussi divers ?

Je suis redevable à la direction de l’EPPS de m’avoir fait confiance et permis de m’approprier ces différents enjeux. Ensuite, j’ai pu m’entourer de chefs de projets, jeunes, motivés (pour la plupart, l’EPPS fut leur première expérience professionnelle) et talentueux : Ghislain Mercier, Julien Sorreau (pour l’énergie), Philippe Gaudias (la mobilité), Claire-Marine Gautier (l’agriculture et la biodiversité) et, plus tard, Halima Mrabti et Sébastien Douard (sur les enjeux de développement économique),… Autant de collègues, qui sont depuis partis vivre d’autres aventures professionnelles. J’ai également eu la chance de travailler en bonne intelligence avec des collègues d’autres directions. Je pense notamment à Benoît Lebeau, de la direction de l’Aménagement, avec lequel le courant est très vite bien passé. Lui connaissait le métier d’aménageur tandis que, moi, j’ai pu lui faire profiter de ma connaissance de la réglementation dans le domaine environnementale et d’autres.
Malgré les années passées, je ne prétends pas être devenu un spécialiste des différents domaines du développement durable, juste quelqu’un qui veille à leur articulation à une grande échelle de territoire.

- Comment avez-vous appréhendé les relations avec les acteurs du territoire de Paris-Saclay, en particulier les associations écologistes ou environnementales ?

La concertation sur les enjeux environnementaux fait partie de mon quotidien. Pour être particulièrement consommatrice en temps et en énergie, sur un territoire comme Paris-Saclay, elle n’en reste pas moins passionnante, dans la mesure où elle est propice à la rencontre avec des associations, qui ont réfléchi à des questions similaires aux miennes, fût-ce sous d’autres angles. Personnellement, je me suis dès le début attaché à faire des réunions de concertation, autre chose qu’un passage obligé, imposé par la loi, mais bien une opportunité de repérer parmi les personnes qui y assistent, celles qui pourraient nous faire profiter de leur expertise sinon jouer un rôle moteur. J’y ai vu aussi un moyen de provoquer la venue d’autres personnes concernées, susceptibles de nous être utiles, mais qui ne seraient pas venues d’elles-mêmes.

- Un exemple de ces acteurs dont vous avez pu apprécier l’expertise ?

Il y en a bien évidemment beaucoup que je ne pourrais citer dans leur totalité. En guise d’illustration, je citerai l’ADER et son président Gérard Delattre, quelqu’un qui connaît particulièrement bien ses dossiers, en plus d’être réellement passionné par les sujets qu’il porte, à commencer par la préservation des rigoles et des étangs de Paris-Saclay. Mes échanges avec lui ont été particulièrement enrichissants et le fait de m’être moi-même intéressé aux problématiques de gestion de l’eau n’est probablement pas étranger à l’intérêt qu’il a eu à échanger avec moi. Plus globalement, et pour rester sur le sujet de l’eau, je pense à ces personnes qui ont été victimes des inondations de la Mérantaise, en 2007, et qui ont acquis une vraie expertise sur cette problématique, en se montrant légitimement vigilantes par rapport aux choix que l’EPA pouvait faire en matière d’aménagement.
Naturellement, je pense aussi aux agriculteurs avec lesquels il a fallu construire une relation de confiance. Je ne cache pas que j’ai pu être un peu surpris des intentions que certains ont pu nous prêter, du temps de l’EPPS. L’important est de ne surtout pas faire de leur contestation une question personnelle, de garder à l’esprit qu’on représente à leurs yeux l’Etat et qu’à ce titre on se doit de donner des réponses, prendre des engagements et s’y tenir. Durant mes années passées à l’EPPS puis l’EPA Paris-Saclay, j’ai compris combien il était important d’aller ainsi à la rencontre des acteurs du territoire, de m’appuyer sur leur expertise, de prendre au sérieux leurs attentes, dès lors qu’elles étaient fondées. J’y étais disposé naturellement, mais disons que, depuis, j’en ai fait une règle de conduite.

- Quel regard cette expérience vous a-t-elle amené à poser en retour sur l’Etat ?

Durant mon passage au ministère de l’Ecologie et du Développement durable comme durant mes années à l’EPPS puis l’EPA Paris-Saclay, j’ai pu mesurer combien il est indispensable que l’Etat s’interroge continuellement sur la finalité des mesures, des règlementations qu’il met en place, au risque sinon de paraître strict et, parfois, en décalage avec les réalités de terrain. Mais il sait aussi faire preuve de pragmatisme. La politique de gestion de l’eau, du bassin versant à la parcelle, l’illustre : l’Etat, à travers ses administrations centrales et décentralisées, a pris le temps d’étudier des retours d’expérience, d’identifier les bonnes instances de concertation.

- Quels ont été les projets les plus problématiques portés par votre direction du développement durable ?

En matière de mobilité, le projet phare est Move In Saclay, auquel nous participons aux côtés de nombreux acteurs, à commencer par Nokia, qui en assure l’ingénierie. En matière énergétique, je citerai bien évidemment le réseau de chaleur et de froid, inauguré le 24 juin dernier, et qui participe par ailleurs à un programme européen visant à en faire un démonstrateur de réseau de 5e génération. A ce propos, je tiens à saluer le travail de mes deux collègues, Nicolas Eyraud et Simon-Pierre Kuzar.
Autant de projets qui s’inscrivent dans une stratégie d’ensemble visant à faire, comme je l’indiquais, de Paris-Saclay un « éco-territoire » à la fois sobre, local (au sens où il valorise les ressources du territoire) et smart (en mettant le numérique et les innovations dans ce domaine au service de nos opérations d’aménagement).
Naturellement, cette stratégie a largement contribué à rapprocher l’EPPS puis l’EPA Paris-Saclay du monde de la recherche et de l’innovation, et à l’inciter à prendre des initiatives en matière de promotion de l’entrepreneuriat innovant.
Notre ambition en matière de développement durable, nous avons voulu l’assumer pleinement, en ne nous bornant pas à des mots d’ordre et des effets d’annonce, mais en nous fixant des objectifs et en nous y tenant. Concrètement, nous avons mis en place des services urbains (à l’image du réseau de chaleur et de froid, par exemple), en en assumant la paternité. Naturellement, il ne s’agit pas d’agir seul, sans le consentement des acteurs du territoire, à commencer par les élus. Mais, quand même, il s’agissait de prendre nos responsabilités, car il est clair que si nous n’allions pas vers la conception de nouveaux services, si nous ne donnions pas l’exemple, personne n’irait, tant du côté des collectivités que des entreprises. Si, donc, nous prenons nos responsabilités, ce n’est certainement pas au sens où nous n’en ferions qu’à notre tête et chercherions à nous attribuer tout le mérite d’un éventuel succès, mais bien au sens où nous impulsons une dynamique collective, avec les collectivités et autres parties prenantes de Paris-Saclay, charges à elles ensuite de prendre le relais, pour en assurer la pérennité.

- Qu’est-ce qui a justifié le passage à une nouvelle direction, de la stratégie et de l’innovation ?

A travers notre stratégie de développement, nous souhaitions mettre en avant le potentiel du territoire. Or, s’il en est un qui le caractérise le mieux, du fait même de sa vocation à être un cluster, c’est l’innovation. Aussi banal que soit devenu le terme, nous nous devions donc de l’afficher non sans du même coup manifester une autre particularité de notre établissement, comparé à d’autres EPA. Après avoir été rebaptisée un temps « direction de la stratégie, de la performance et des nouveaux services », ma direction adopta ainsi, en juillet 2015 (suite à l’arrivée du nouveau DG), son intitulé actuel. Non sans avoir vu dans le même temps son périmètre étendu au développement économique, qui jusqu’alors constituait une direction à part au sein de l’EPPS, sans réelle connexion avec les potentialités de renforcement de l’attractivité du territoire, notamment au travers de démonstrateurs. Pour le dire autrement, pas plus qu’on ne pouvait concevoir faire du développement durable sans sa dimension économique, il n’y avait de sens à continuer à faire du développement économique de manière classique, sans chercher à être innovant. Nous avions pour nous des compétences métier et une compréhension d’ensemble du territoire. Autant la mettre à profit !

- Le renoncement à l’affichage de la notion de développement durable n’en traduisait-elle pas moins un moindre intérêt de la nouvelle direction pour cet enjeu ?

Non, bien au contraire. Philippe Van de Maele, qui a succédé à Pierre Veltz, suite au changement de gouvernance, est arrivé avec des ambitions très fortes en matière de ville durable, fort de ses expériences acquises à l’Anru et à l’Ademe, qu’il a dirigées. Il a voulu faire de Paris-Saclay un lieu d’innovation et de démonstration des savoir-faire en la matière. C’est dire si nous avons été en phase. D’autant qu’il a alloué d’importants moyens à ma direction. Il faut savoir que tous les opérations de l’EPA Paris-Saclay financent l’innovation – nous veillons à ce que chacun des services que nous mettons en place trouve son modèle économique, mais en lui faisant bénéficier d’un effet de levier au travers des opérations d’aménagement. C’est le cas, par exemple, pour les bornes de recharge des véhicules électriques ou du réseau de chaleur et de froid.

- Cette composante développement économique et innovation est-elle spécifique à votre établissement public d’aménagement ? Si oui, dans quelle mesure doit-elle au contexte même de Paris-Saclay ?

Cette implication dans le développement économique et l’innovation est une pente naturelle de tout établissement public d’aménagement. Pour autant, tous sont loin d’avoir su ou pu franchir le pas. Il est vrai qu’on touche-là à un enjeu politique pour les élus locaux. Ces derniers, et on peut le comprendre, sont réticents à l’idée d’être dépossédés de leur levier de développement économique. Au demeurant, ce n’est pas le propos. Il ne s’agit en rien de les en déposséder. Mais l’ambiguïté de la situation est propice aux malentendus sinon aux craintes. Toujours est-il que deux compétences spécifiques ont été reconnues à notre EPA par le législateur, qui souhaitait qu’il aille au-delà de simples objectifs en termes de surfaces à construire. La première est l’animation du développement économique et l’attractivité, en particulier à l’international. La seconde est de fournir des services aux acteurs économiques et académiques du territoire.
Forts de ces deux compétences reconnues, nous étions habilités à être bien plus qu’un simple aménageur au sens traditionnel du terme. Notre rôle est de favoriser la synergie entre les acteurs au travers, donc, de services et d’une politique d’attractivité reconnue comme telle. Bien plus : en participant à la construction d’une vision globale et partagée du territoire. A cet égard, le conseil d’administration joue un rôle majeur puisque c’est en son sein que s’élabore cette vision.

- Quels rapports entretenez-vous avec les collectivités ?

Rappelons que, jusqu’en 2012, l’Etat était seul aux manettes de l’EPPS – ce que des communes ont contesté en boycottant – il n’y a pas d’autres mots – les réunions de travail avec nos équipes… Il faut imaginer la situation : un schéma d’aménagement avait été élaboré par Michel Desvigne et ses équipes, que nous avions commencé à discuter avec les collectivités, justement, mais sans les services de la communauté d’agglomération la plus directement concernée (l’ex-CAPS). Il en fut ainsi jusqu’au début de l’année 2012. De même que pour les discussions que nous avions engagées sur le périmètre de la ZPNAF.
Avant même la création de l’EPA Paris-Saclay, une deuxième étape devait cependant contribuer à débloquer la situation et à instaurer des relations de confiance sinon de coopération : l’élaboration du Contrat de développement territorial (CDT). C’est le moment où des enjeux partagés sont définis, où on décide des grands projets d’infrastructure (le réaménagement du Christ de Saclay, par exemple).
Le changement de statut de l’EPPS est désormais aligné sur celui des autres établissements d’aménagement : le PDG nommé par l’Etat fait place à un DG, tandis que le conseil d’administration est présidé par un élu, en l’occurrence Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France. Il coïncide avec un renouvellement, suite aux élections municipales de 2014, des maires dans plusieurs communes. Le principe du cluster, dont on peut déjà mesurer les effets sur l’emploi et la création d’entreprises, dont des start-up, ne fait plus controverse.
A ce stade de notre discussion, je souhaite rendre hommage à l’implication des élus, à la qualité des échanges que nous avons pu avoir avec eux pour mener à bien les divers projets que j’ai évoqués. Le fait de matérialiser notre ambition dans des projets qui faisaient sens a achevé de les convaincre de prendre part à la dynamique et bien mieux, de se l’approprier.

- Comment êtes-vous parvenu à maintenir cette dynamique malgré les incertitudes autour de la ligne 18 du Grand Paris-Express, qui ont pu faire douter nombre d’acteurs de la réussite du projet même de Paris-Saclay ? Comment avez-vous dû gérer leur impatience ?

Le fait que des acteurs aient continué à y croire est bien la preuve que Paris-Saclay est un projet global qui ne saurait se réduire à une de ses composantes, aussi essentielle soit-elle. Paris-Saclay, c’est tout à la fois un projet de pôles académiques, de territoire durable, de mixité des fonctions, c’est encore des pôles suffisamment denses au plan urbain pour favoriser les synergies et, donc, l’innovation. Rappelons d’où nous partions : des établissements et des sites disséminés sur un territoire où ils se sont installés à partir de l’après Seconde Guerre mondiale, en réponse à des problématiques foncières, mais sans être toujours parvenus à tisser des liens entre eux…

- A vous entendre, vous-même, par la manière dont vous insistez sur les autres composantes du projet et le fait qu’elles deviennent réalité, ne suggérez-vous pas que Paris-Saclay puisse réussir même sans cette ligne 18 ?

Non, c’est tout le contraire ! Il est évident que la ligne est une condition nécessaire à la réussite durable de Paris-Saclay.
Certes, le projet fait déjà la démonstration de sa pertinence. De plus en plus de start-up s’y créent (l’écosystème a été récemment labellisé « Communauté French Tech – Paris Saclay »), des multinationales y installent leur R&D, les établissements d’enseignement supérieur qui ont prévu de rejoindre le Plateau de Saclay n’y ont pas renoncé ; plusieurs l’ont d’ores et déjà fait : CentraleSupélec, l’ENS Paris-Saclay…
Mais il faut aller au bout de la logique, car si toutes ces acteurs croient à Paris-Saclay, c’est aussi parce qu’ils ont intégré la promesse de la ligne 18. Beaucoup comptent sur elles pour faciliter le recrutement des personnels dont ils auront besoin. D’ailleurs, si on peut avoir un regret à propos de cette ligne 18, c’est que les études capacitaires ont reposé, sans que ceux qui les ont réalisées en aient toujours conscience, sur les hypothèses implicites d’un renoncement des établissements censés s’installer sur le Plateau de Saclay… faute de ligne 18 construite dans les temps. De la prophétie auto-réalisatrice en somme…
Pour l’heure, l’écosystème est riche d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche, de centres de R&D, d’entreprises innovantes. Il lui manque encore une composante essentielle : de l’immobilier tertiaire qui permet à des entreprises d’y naître et d’y grandir. Or, il est clair que les investisseurs ne prendront le risque d’investir dans cet immobilier que si le territoire est correctement desservi par des transports en commun.

- Insistons cependant sur le fait qu’une « communauté » Paris-Saclay existe déjà, comme en témoigne l’affluence des événements qui s’y déroulent (Paris-Saclay SPRING, pour ne citer que le plus récent), sans compter la labellisation de l’écosystème « Communauté French Tech – Paris Saclay » que vous évoquiez…

Des événements dont l’EPA Paris-Saclay est d’ailleurs parfois à l’initiative – je pense au Paris-Saclay SPRING. Si nous avons apporté une attention particulière à cette dimension événementielle, c’est que nous avons conscience qu’il ne suffit pas de construire des bâtiments et des équipements pour faire communauté, que l’émergence de celle-ci prend nécessairement du temps. Le fait de se rassembler dans des lieux urbains agréables, à proximité de la nature et à intervalles réguliers, y contribue. C’est l’occasion de donner à voir ce qu’on est déjà, le chemin parcouru et ce qu’on va être.

- Vous êtes un acteur reconnu de l’écosystème et on peut témoigner de votre implication dans son développement au travers des fonctions exercées au sein de l’EPA Paris-Saclay. Pourquoi donc le quitter ? Qu’est-ce qui motive votre départ ?

On ne quitte pas une telle aventure de gaîté de cœur ! Mon attachement à ce territoire n’a cessé de se renforcer au fil du temps. Si, donc, j’ai décidé de tourner une nouvelle page, c’est parce que j’ai aussi la conviction que, dans le domaine qui est le mien – l’accompagnement de territoires dans leur transformation en éco-territoires innovants – il faut savoir relever d’autres défis, se remettre devant des pages blanches, se confronter à des problématiques nouvelles… A fortiori quand une belle opportunité se présente…

- En l’occurrence ?

Je vais rejoindre la Société de livraison des ouvrages olympiques (SOLIDEO), un établissement public en charge de coordonner l’aménagement des sites olympiques de 2024. Il a l’ambition de préfigurer la ville de 2030 en portant une attention particulière à l’enjeu de la réversibilité des projets urbains : les « villages » seront transformés en quartiers d’affaire et d’habitat.
Cette seule ambition, en résonance avec ce à quoi j’ai œuvré près de dix ans durant sur le territoire de Paris-Saclay, m’a donné envie de dire « chiche ! ». Naturellement, j’entends bien faire profiter de ma propre expérience de la durabilité, bien au-delà des bâtiments, en la concevant à une échelle plus grande, celle de la ville. Rappelons que ces JO se dérouleront pour l’essentiel en Seine-Saint-Denis. Il ne s’agira donc pas de construire des îlots de bien-être en forme d’éco-quartiers, isolés du reste, mais bien des équipements à même d’avoir un effet d’entrainement sur l’ensemble du territoire.

- Je crois savoir que vous résidez du côté de la Vallée de Chevreuse. Comment envisagez-vous les conditions de transport ?

Je réside en effet dans la Vallée de Chevreuse, et mon futur bureau sera installé du côté de la gare Saint-Lazare… [Il soupire] Disons que je vais plus que jamais goûter aux charmes de la ligne B du RER… Cela étant dit, je ne peux que sourire en songeant que Saint-Rémy-lès-Chevreuse n’est autre que le fief historique de la famille des Fredy de Courbertin, celle-là même dont le célèbre comte inventeur des JO est un descendant. J’ai envie d’y voir un signe du destin !

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