« Mais où sont donc les boutiques ? » Entretien avec Eve Chegaray

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Suite et fin de nos échos à la 6e édition de Paris-Saclay Invest avec le témoignage d’Eve Chegaray, chroniqueuse de BMF Académie sur BFM Business, qui assure l’animation du rendez-vous avec toujours le même enthousiasme et sens de l’humour. Malgré sa déploration de l’absence de ces boutiques et autres troquets qui font qu’un campus est un campus !

- Quel sentiment éprouvez-vous au terme de cette nouvelle édition ?

D’abord un sentiment de satisfaction : avec cette 6e édition, Paris-Saclay Invest témoigne qu’il s’inscrit dans la durée et s’ancre toujours un peu plus dans le paysage de Paris-Saclay. Manifestement, et même si nous avons enregistré moins d’affluence, Paris-Saclay Invest répond à l’attente de différentes catégories d’acteurs, que ce soit les investisseurs et les entrepreneurs ou encore toutes ces institutions et structures qui accompagnent l’innovation. Ces acteurs trouvent-là l’opportunité de se connecter ou de se retrouver et de faire plus ample connaissance. Car même à l’heure – surtout à l’heure ! – du numérique, les gens ont besoin de se rencontrer, a fortiori quand c’est des entrepreneurs et des investisseurs. Et puis tout le monde est dans son rôle. Je le perçois à la fluidité avec laquelle l’événement s’organise et se déroule. Nous n’avons plus d’effort à faire en termes de pédagogie : nos interlocuteurs ont bien saisi le concept. Paris-Saclay Invest est de l’ordre de l’évidence.

Un sentiment de satisfaction, donc, mais aussi de fierté : une jeune femme, junior dans un fonds d’investissement, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, m’a dit qu’elle voyait dans Paris-Saclay Invest un vrai vivier de start-up, comparé à d’autres événements auxquels elle est amenée à participer. Certes, cela reste encore une gageure de venir sur le Plateau de Saclay. Mais l’effort est récompensé. Pour la Parisienne que je suis, il y a toujours plaisir à me retrouver au milieu de cette verdure. Pouvoir arrêter la clim’ de son auto et rouler la fenêtre ouverte, c’est quand même mieux…

- Sauf que, comme vous n’avez pas manqué de le souligner de nouveau, le Plateau de Saclay manque de boutiques et de troquets !

Oui, en effet, je n’ai pu résister à le redire. Personnellement, je ne demanderais qu’à m’attarder sur le Plateau de Saclay, avant de regagner Paris. Mais il y a si peu à y faire, passé une certaine heure. Pour autant, je ne désespère pas. A force de le répéter, nous finirons bien par obtenir satisfaction ! Et puis, nul doute que l’arrivée de nouveaux établissements d’enseignement supérieur et de recherche va susciter l’ouverture de nouveaux commerces. Ce n’est certainement pas Paris-Saclay qui me fera perdre mon naturel optimiste !

- Bruno Duval, président-fondateur de Finance & Technologie s’est fait l’écho de votre réclamation…

Oui, et j’en ai été très contente. Qu’un monsieur aussi occupé réclame de pouvoir boire un pot dans un troquet est quand même significatif. C’est bien la preuve que même pour ces acteurs de l’innovation, il importe de pouvoir échanger de manière informelle ailleurs que dans un laboratoire ou un incubateur. Paris-Saclay peut se targuer de concentrer 15% de la recherche publique et privée française, et d’avoir une vraie ambition en matière d’innovation. Raison de plus pour soigner le cadre de vie. Réclamons-donc des boutiques et des troquets ! D’autant plus que l’écosystème est appelé à drainer des dizaines de milliers d’étudiants. Je n’imagine pas qu’on puisse faire un campus attractif sans un minimum de lieux animés.

- Vous qui y venez désormais au moins deux fois l’an, y voyez-vous cependant des évolutions notables ?

Oui, bien sûr, cela bouge à l’évidence. Il suffit de voir le nombre de grues. De beaux bâtiments sont en train de sortir de terre. Je constate aussi que les trottoirs sont plus praticables. Des progrès ont été faits jusque dans la signalétique. Les premières fois que je suis venue ici, peu de bâtiments affichaient leur logo, hormis l’IOGS. Comme si on était censé connaître leur vocation. Même une grande école comme Polytechnique était difficile à identifier, sauf à croiser un bicorne ! Depuis, des progrès ont été faits. Mais ce n’est pas encore gagné. On sent encore qu’on ne demande qu’à nous accueillir à l’occasion d’événements comme celui-ci, mais on a aussi parfois l’impression qu’on veut rester entre soi, entre gens intelligents. Il faut savoir ce qu’on veut : participer à un campus visible au plan mondial ou non ? Si tel est le cas, il faut se donner les moyens de son ambition !

- Et les candidats, qu’en avez-vous pensé ? Ont-ils constitué un bon millésime ?

Oui, et même un excellent. Comment s’en étonner, d’ailleurs. Les candidats ne peuvent qu’être bons. Ils ont fait l’objet d’une première sélection. De quelque discipline qu’ils viennent et quelle que soit leur expérience professionnelle, la plupart savent déjà pitcher. Voyez Brigitte Onteniente, de Phenocell : elle le faisait pour la première fois devant des investisseurs. C’est dire aussi au passage l’utilité de Paris-Saclay Invest qui fait bénéficier les candidats d’un coaching (c’est d’ailleurs moi qui l’assure). J’ai été aussi frappée par la diversité des champs investis par nos startuppers. Il y en a pour tous les goûts.

- A condition cependant de savoir s’associer à d’autres compétences…

Oui, et c’est une autre qualité dont savent manifestement faire preuve les candidats : ceux qui viennent de la recherche ont su s’associer à des spécialistes du marketing, du design, etc. Inversement, les plus commerciaux ont su s’associer à des geeks. De la fertilisation croisée, en somme.

- Encore un mot sur David Zhang, le cofondateur de Prynt (prix du public, lors de la 4e édition) qui a fait le déplacement…

Il avait mille raisons de refuser tant son agenda est contraint. Et bien non ! J’ai même eu le sentiment qu’il y avait chez lui du plaisir et même – soyons fous ! – une forme de gratitude de sa part. Il est vrai aussi qu’il a fait ses études à Polytechnique. Cela crée forcément un attachement au Plateau de Saclay. On peut d’autant plus regretter qu’il soit parti faire prospérer sa start-up si loin de notre écosystème. En même temps, c’est la vie. Souhaitons lui donc tout le succès qu’il mérite.

- «  Notre » écosystème, avez-vous dit ?

Quoi de plus normal ? Depuis le temps ! Et puis, je parle toujours d’où je suis !

A lire aussi les témoignages des lauréats du prix du jury – Pierrick Boissel et Joseph Léopold (Gamping) – et du public – Brigitte Onteniente (Phenocell) -, de Fabien Keller (Birdycent) et de Bruno Duval (président-fondateur de Finance & Technologie). Pour y accéder, cliquer ici.

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