Lieux collaboratifs pour communautés créatives

ProtoLoubetPaysage
On ne compte presque plus les Coworkspaces, Makerspaces et autres Fab Labs, ces lieux qui renouvellent les modalités de l’innovation tout en concourant à la convergence entre amateurs et professionnels. Eclairage sur ce phénomène par Nicolas Loubet, à l’occasion de sa conférence donnée le 24 février dernier, dans le cadre du cycle Masters & Mentors, organisé au PROTO204.

Pour sa 5e et avant dernière séance du cycle Masters & Mentors, c’est donc Nicolas Loubet qu’accueillait le PROTO204, le 24 février dernier. Ceux qui fréquentent ce lieu ont déjà eu l’occasion de l’y croiser. Il a notamment participé à l’organisation de ses workshops de préfiguration. Pour mémoire, il est le co-fondateur de Bluenod (une application de data viz pour le marketing digital), de Knowtex (un média social sur les « communautés créatives et innovantes ») et de Umaps (une agence de communication pour la recherche & l’innovation). Au menu de sa conférence : une exploration des communautés créatives et de leurs drôles d’espaces collaboratifs. Des MeetUps (des formats de rencontres non dirigées) aux accélérateurs (Le Camping, par exemple, créé en 2011 par l’Association Silicon Sentier, à laquelle on doit aussi La Cantine) en passant par les Coworkspaces et autres Makerspaces et Fab Labs sans oublier des concepts tout aussi originaux (comme l’AntiCafé où on ne paie pas de boissons, mais le temps qu’on y passe à échanger avec des entrepreneurs), les exemples ne manquent pas. La dynamique communautaire du Web se vit de manière incarnée et visible. Mieux : l’offre existante est en mesure de satisfaire les attentes très diverses, de personnes de tous âges et de toutes générations. Et Nicolas Loubet de faire partager son ébahissement devant le succès de ces structures qui «poussent comme des champignons» à travers le monde. Un phénomène auquel la France n’échappe bien évidemment pas. Au-delà de ces espaces en forme de « collisionneurs » – selon une autre heureuse formule de Nicolas Loubet dont on ignore s’il l’utilisait en connaissance de cause de la présence toute proche du Laboratoire de l’Accélérateur Linéaire (LAL), qui accueillit en 1962 l’expérience devant déboucher sur la construction des premiers collisionneurs électrons-positrons -, il faut ajouter les nombreux événements et autres lieux « connecteurs » qui permettent aussi aux Web communities de se compter.

Une nébuleuse de lieux en croissance constante

A défaut de statistiques officielles, des chiffres ou recensements attestent d’une nébuleuse en croissance. Ainsi de TechOnMap, la carte des acteurs numériques d’Ile-de-France, qui permet de géolocaliser aujourd’hui plus de 1 900 lieux où s’inventent des alternatives dans le processus d’innovation : des tiers lieux, des incubateurs, mais aussi des acteurs publics, des investisseurs, etc. D’après un répertoire «officiel» des Fab Labs, on compterait près d’un demi-millier de ces structures-ci (475 exactement) à travers le monde, un chiffre en progression rapide et constante.
Judicieusement, le même observe comment, face à la complexité du monde, le mode start-up imprègne jusqu’à nos comportements. Ce qui se traduit concrètement par une propension à se confronter à des communautés aussi diverses que possibles. Dans un monde incertain, qui bouge, rien n’est plus préjudiciable que de s’ancrer dans une seule et même communauté, nous dit encore Nicolas Loubet. C’est en entretenant un esprit d’ouverture qu’on trouve d’ailleurs les ressources pour transformer les éventuels échecs en opportunités et ainsi rebondir. Un point de vue qui manifestement ne se borne pas à de belles paroles, mais qu’il applique à la lettre. A le voir vibrionner, répondre aux questions de la salle, on ne doute pas d’avoir affaire à quelqu’un de curieux, aimant autant partager son expérience que d’apprendre de celle des autres.
Son exploration n’a d’ailleurs pas manqué de susciter des réactions du public, aussi bien des questions que des témoignages personnels. Ainsi de cette cadre d’Alcatel-Lucent qui s’est interrogée sur l’aptitude des Pôles de compétitivité à susciter des espaces collaboratifs, à même de renouveler les modalités de la R&D. A défaut d’un cas concret, l’exemple de la Cité de l’Innovation avec son Garage n’a pas manqué de revenir dans les esprits, comme une illustration du fait qu’en matière d’innovation, les mondes de l’entrepreneuriat et celui de la grande entreprise ne sont pas si étanches l’un à l’autre. D’ailleurs, plusieurs d’entre elles promeuvent l’idée de l’intrapreneuriat. On pourrait aussi citer les exemples de rapprochement avec l’univers des start-up et de l’incubation. Bref, les grandes entreprises ne sont pas insensibles aux lieux de convergence entre amateurs et professionnels, que sont les Fab Labs et autres « tiers lieux ».
Reste que la floraison des lieux explorés par Nicolas Loubet apparaît plutôt paradoxale quand on songe que le Web est censé favoriser les échanges à distance. Mais le paradoxe n’est qu’apparent : est-il encore besoin de le (re)dire ? Contrairement à ce qu’une littérature a pu laisser accroire, les gens éprouvent d’autant plus le besoin de se rencontrer qu’ils échangent sur le net et les réseaux sociaux.

Ne pas oublier le territoire

Mais être incarné dans un lieu physique est une chose, être connecté à travers lui à un territoire, ses ressources et ses diverses parties prenantes, en est une autre et, selon Nicolas Loubet, le vrai défi pour les lieux de sociabilité de l’innovation est de tenir compte du contexte géographique, social, économique, dans lequel ils sont insérés. Et le même de faire sienne la notion de Fab City développée à la manière d’un cahier des charges par Thomas Diez (fondateur d’un Fab Lab à Barcelone), qui revient à insister sur l’importance des infrastructures, des relations avec les établissements d’enseignement supérieur et de la recherche, des interactions avec les industries locales. Loin donc de verser dans une sorte de localisme, cette Fab City entend créer les conditions d’une vraie articulation des échelles, locale et mondiale.
S’il est un lieu qui administre la preuve de l’intérêt et de la possibilité de cette articulation entre les échelles, c’est bien le PROTO204 comme il n’a pas manqué de le souligner, un brin flatteur (mais au vu de sa fréquentation régulière du lieu à la préfiguration duquel, rappelons-le, il a contribué, on prendra au pied de la lettre ses louanges). Même si ce soir-là, le PROTO204 apportait aussi la démonstration qu’il pouvait basculer dans la virtualité : parmi ceux qui suivaient la conférence de Nicolas Loubet, plus d’une dizaine d’internautes (d’après Ronan James), le faisaient à distance depuis une plateforme numérique. Ceux qui étaient physiquement présents ce soir-là pouvaient cependant poursuivre, selon une formule bien rodée, l’échange de manière informelle autour d’un fort agréable apéritif.

Conseils de lecture

Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la réflexion, on ne saurait trop recommander la lecture d’ouvrages, à commencer par Open Models. Les Business Models de l’économie ouverte, coordonné par Louis-David Benyayer (un exemplaire est disponible au PROTO204) et L’Age du Faire, du sociologue Michel Lallement (Seuil, 2015), une exploration dans l’univers des Hackerspaces et Makerspaces californien (que nous chroniquerons prochainement).

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  1. Ping : PROTO204, 1re bougie | Paris-Saclay

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