« L’Europe dans tous ses Etats : un impératif de réussite ! » Rencontre avec Béatrice Couairon

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Tel est le thème de la prochaine édition des Entretiens Enseignants-Entreprises (EEE), l’université d’été du monde de l’enseignement et de l’entreprise, organisée par l’Institut de l’entreprise, les 25 et 26 août sur le campus de Polytechnique. Béatrice Couairon, responsable de ces entretiens, nous en dit plus sur le choix de ce thème, le programme et les changements intervenus par rapport à la précédente édition.

 - Pourquoi avoir choisi de traiter de l’Europe ?

Tout simplement parce que c’est dans l’esprit même des Entretiens Enseignants-Entreprises que de traiter d’un thème inscrit dans les programmes scolaires. C’est bien le cas de l’Europe, qui est abordée aussi bien dans les enseignements de sciences économiques et sociales, d’histoire et géographie, d’économie et gestion. Cette année, les bacheliers de la filière ES ont d’ailleurs eu, entre autres choix, à plancher sur la difficulté à coordonner des politiques conjoncturelles au sein de l’Union monétaire. Il était donc naturel de consacrer au projet européen une université d’été, toujours dans cette idée d’apporter aux enseignants des ressources de première main, à même d’enrichir leurs cours, à travers notamment les interventions d’académiques et de professionnels du monde de l’entreprise.

- Un sujet on ne peut plus d’actualité, quand on songe au Brexit…

(Sourire) Oui, en effet. Comme vous l’imaginez, le choix avait été arrêté bien avant la consultation organisée au Royaume-Uni, mais le moins qu’on puisse dire est que nous avons été servis par l’actualité, qui rappelle l’urgence de poursuivre le travail pédagogique autour de l’Europe. Les entretiens y contribuent à leur façon, en croisant les regards de personnes aux profils très variés : en dehors de représentants du monde de l’enseignement et de l’entreprise, nous comptons aussi parmi nos intervenants des experts de diverses institutions ainsi que des élus.

- Aviez-vous perçu une demande des enseignants eux-mêmes pour plus d’éclairage sur ce thème de l’Europe ?

Oui, et je peux en témoigner en tant qu’enseignante : il y a une demande manifeste de mes collègues. L’Europe a beau être l’objet de nombreuses publications, on peut se sentir un peu démuni sur la manière de l’aborder et d’en rendre compte à ses élèves. Il y a un décalage entre ce qu’on peut en saisir à travers les textes fondateurs et les règlements produits par les institutions européennes et sa réalité au quotidien. Encore une fois, le fait de croiser les regards permet d’aller au-delà d’une vision institutionnelle, de mieux saisir l’Europe dans ses dimensions tout à la fois économique, sociale, politique mais aussi culturelle.

- Dans quelle mesure l’entreprise, représentée à travers plusieurs intervenants, est-elle une bonne porte d’entrée ?

Le point de vue des entreprises, petites ou grandes, permet de décrypter des enjeux sur le terrain. L’atelier n°6, par exemple, consacré à la culture européenne, en apportera une illustration concrète en traitant de la gestion des ressources humaines. Il nous a été inspiré par un des membres de notre comité stratégique, François Abrial, par ailleurs DRH d’Air Liquide. Il a fait le constat qu’aujourd’hui, encore, on ne manage pas de la même façon selon qu’on est en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne ou tout autre pays européen. Une réalité qui tient à des différences proprement culturelles, que l’entreprise est amenée à prendre en considération. Dès lors se pose, y compris pour les entreprises, la question, de savoir quel est le bon niveau d’appartenance à l’Europe : celle des territoires ou celle du marché unique ? Elle fera l’objet d’un autre atelier (le n°7) auquel participeront d’autres représentants d’entreprises.

- Mais comment élabore-t-on un programme aussi riche ?

Comme vous l’imaginez, cela exige de s’y prendre longtemps à l’avance. Nous capitalisons sur l’expérience acquise au fil du temps (c’est la 5e édition que j’organise pour ma part en tant que Directrice du Programme Enseignants-Entreprise de l’Institut de l’entreprise) et en nous appuyant sur notre réseau de partenaires avec, néanmoins, toujours le souci de faire évoluer la formule. Nous sommes aidés en cela par notre comité stratégique, présidé par Patrick Artus, qui, en plus du choix du thème, suggère des intervenants potentiels. Nous bénéficions aussi du précieux concours d’enseignants dont plusieurs prennent en charge l’animation des ateliers.

Mais, et pourquoi s’en cacher ? Le programme s’enrichit aussi au fil de rencontres fortuites. Souvenez-vous de notre brainstorming improvisé dans le RER [Pour en savoir plus, cliquer ici]. Vous aviez évoqué l’intérêt d’ouvrir sur la perspective méditerranéenne. La suggestion a été entendue, comme en témoigne la présence de Jean-Louis Guigou, délégué général de l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen (IPEMed). Autre anecdote, tout aussi significative de la manière dont les choses se font : alors que nous nous rendions à une réunion de travail, avec Philippe Aghion, nous croisâmes dans la rue un de ses amis. Ce n’était autre que Pierre Lévy, directeur de l’Union européenne au Ministère des Affaires étrangères et du Développement international. Vous devinez la suite : il a accepté de participer à la conférence sur la place de l’Union européenne dans l’économie mondiale.

- Un bel exemple de « synchronicité » comme dirait Assya Van Gysel, de TEDx Saclay ! Quels sont les changements majeurs de cette édition par rapport aux éditions précédentes ?

J’en citerai deux. Le premier porte sur l’aménagement d’un vrai temps de rencontre entre enseignants et intervenants. Nous avons voulu que les Entretiens soient de vrais moments d’échanges, y compris informels. De nos jours, on a tendance à échanger beaucoup à distance, de manière virtuelle. Si notre université d’été a un intérêt, c’est bien celui de permettre aux représentants du monde de l’enseignement et de l’entreprise de se rencontrer en direct. Les participants disposeront ainsi d’un temps libre pour passer d’un espace à un autre du campus de Polytechnique, à commencer par son pôle dédié à l’entrepreneuriat innovant. Ils pourront aussi échanger directement avec les responsables des ressources humaines de neuf entreprises autour des outils d’insertion professionnelle des jeunes.

- N’est-ce pas aussi l’occasion de montrer que les participants, qu’ils soient enseignants ou de l’entreprise, peuvent se retrouver sur des notions communes, à commencer par l’innovation. Car, après tout, le monde de l’enseignement innove aussi, ne serait-ce que sur le plan des méthodes pédagogiques…

Oui, le monde de l’enseignement est beaucoup plus innovant qu’on ne le pense, quand on l’aborde de l’extérieur. De nombreuses initiatives voient le jour au sein d’établissements. Les enseignants se posent en permanence la question de savoir comment ils peuvent mieux faire passer leurs cours auprès de leurs élèves. Ils sont de plus en plus nombreux à intégrer les outils numériques dans leur démarche pédagogique. De là l’importance des échanges plus informels que nous avons programmés. Ils permettront aux enseignants et professionnels de l’entreprise de se retrouver sur des centres d’intérêt communs, en dehors de l’Europe. Par exemple, IBM nous rendra compte d’une expérience menée avec plusieurs. professeurs d’économie-gestion.

- Quel est l’autre changement apporté par rapport à l’édition précédente ?

Compte tenu du nombre de conférences et d’ateliers programmés, il nous a paru utile d’introduire des formats courts : « Sur le fil », d’une part, et «  Sur le vif », d’autre part. Les premiers seront l’occasion d’entendre des personnalités très diverses, qui, chacune à sa façon, nous aidera à prendre un peu de recul, à remettre l’Europe dans une perspective philosophique ou historique : le philosophe Jean-Marc Ferry ; la députée Elisabeth Guigou, pour une rétrospective d’Erasmus ; enfin, l’économiste et homme politique Philippe Herzog, qui nous rappellera combien les fondements de l’identité européenne sont plus anciens qu’on ne le pense. Quant aux formats «  Sur le vif », ils consisteront à faire réagir au fil de la journée un économiste à ce qu’il aura entendu : Patrick Artus, au cours de la première journée, Jean-Marc Daniel, au cours de la seconde.

- C’est la 2e édition organisée à Polytechnique. Qu’est-ce qui vous a convaincue à reconduire l’expérience sur ce campus ?

D’abord, l’accueil que cette école nous a réservé, un accueil à la hauteur des défis à relever ! Comme vous l’imaginez, une telle manifestation qui, d’année en année, draine toujours plus de participants, exige pour son organisation des ressources humaines et des partenariats efficaces. C’est le cas avec Polytechnique, qui s’est montrée particulièrement mobilisée. J’ajoute qu’un groupe de la promotion X 15 s’est, cette année, engagé de façon très enthousiaste et efficace dans l’organisation des « Rencontres avec » et des pitchs de startuppers. Qu’ils en soient remerciés. A propos de l’implication d’élèves, qu’il me soit permis de rappeler aussi l’implication de plusieurs de mes propres élèves du Lycée de Melun (ils participeront à l’orientation du public).

Cette année, nous avons pu pousser encore un peu plus loin l’ancrage territorial des EEE, avec la visite de La Fibre Entrepreneur, en présence de Matthieu Somekh, son responsable. Nous prendrons également le temps d’entendre des pitchs de startuppers car il nous paraît intéressant de rappeler que l’entreprise naît d’un processus complexe, inscrit dans la durée et casser ainsi un peu la représentation dominante qu’on en a spontanément, celle de la grande entreprise, en l’occurrence. Nous avons également noué un partenariat avec l’ENSTA ParisTech (l’école met à disposition des logements). Comme l’an passé, des visites de l’écosystème de Paris-Saclay sont proposées, avec le concours de l’EPA Paris-Saclay. Naturellement, nous nous sommes rapprochés de l’Université Paris-Saclay. De belles perspectives s’offrent à nous. Quand bien même notre vocation est nationale, si notre université d’été permettait aux acteurs de Paris-Saclay d’approfondir les échanges entre eux, nous en serions très heureux. Il faudra juste, pour notre part, veiller à préserver l’ADN de cet événement qui a d’abord vocation à favoriser le dialogue entre le monde de l’enseignement et celui de l’entreprise.

Pour en savoir plus sur les Entretiens Enseignants-Entreprises 2016, cliquer ici.

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