L’Essonne, laboratoire d’innovation de l’insertion par l’économique. Rencontre avec Elsa Duval

ActESSONNEPaysage2
Suite de nos échos de la 1re Journée de l’Achat Responsable organisée le 3 décembre dernier à l’initiative d’Atout Plie Nord-Ouest 91, cette fois avec le témoignage d’Elsa Duval, coordinatrice d’Act’ESSonne, un réseau de structures engagées dans l’insertion par l’économique.

- Si vous deviez présenter en quelques mots Act’ESSonne ?

C’est une jeune association – elle a vu le jour en septembre 2014 – qui a vocation à animer le réseau des structures engagées dans l’insertion par l’économique sur le territoire de l’Essonne. Précisons que sa création effective a été précédée, il y a plus d’un an, par une étude de faisabilité : nous voulions nous assurer de la pertinence d’un tel réseau car il en existe déjà de nombreux au sein de l’économie sociale et solidaire. Il fallait vérifier qu’il corresponde à un vrai besoin et qu’il ne complique pas la lisibilité du paysage. Nous avons donc pris le temps d’aller à la rencontre des acteurs de terrain et de bâtir un projet collectif. Autrement dit, il y a une gestation qui témoigne d’un intérêt ancien.

- Manifestement, il y avait une vraie demande…

Oui. L’insertion par l’activité économique en Essonne, c’est 37 employeurs essonniens (dont 8 associations intermédiaires, 17 structures porteuses d’Ateliers et Chantiers d’insertion, 10 Entreprises d’insertion et 2 entreprises de Travail Temporaire d’Insertion), qui accompagnent, chaque année, plus de 3 000 salariés en parcours d’insertion, pour un chiffre d’affaires total de plus de 38 millions d’euros. C’est dire si son poids économique et social est tout sauf négligeable. L’inscription dans un réseau comme le nôtre permet à ses membres de mieux se connaître et, dans un second temps, d’apprendre à mutualiser leurs moyens.

- Revenons à la journée du jeudi 4 décembre sur l’achat responsable à laquelle vous avez participé dans le cadre d’un atelier. A quel besoin répondait-elle pour vous ?

Pour nous, il est très important de ne pas rester cantonner au monde de l’économie sociale et solidaire (ESS) et d’aller à la rencontre des entreprises classiques avec lesquelles nous pouvons travailler en complémentarité, dans des partenariats gagnant/gagnant. D’où l’intérêt de ce type de rencontres qui, d’ailleurs, débouchent souvent sur de nouveaux partenariats mais aussi des confrontations de point de vue qui aident à dépasser les idées reçues du monde de l’insertion par l’économique sur celui de l’entreprise privée, et vice versa. A cet égard, l’atelier auquel j’ai été convié a été un bel exemple d’échanges constructifs avec des représentants du monde de l’entreprise classique.

- A vous entendre, au cours de votre intervention, l’économie sociale et solidaire est un secteur aussi professionnel que l’économie conventionnelle…

Oui, et c’est important de le rappeler. L’ESS n’est pas qu’une affaire de bénévolat. Des structures y compris associatives, relevant de ce secteur, comptent des dizaines voire des centaines de salariés. Elles se gèrent en conséquence comme des PME. Globalement, l’ESS pèse 10% de l’emploi salarié en France. En plus de compétences dans la gestion de l’entreprise, elle en requiert dans celle des relations publiques, le montage de dossiers de subventions, etc.

- Et vous-même, d’où venez-vous ?

Je suis diplômée de Télécom Ecole de management d’Evry, une école du territoire essonnien, donc, où j’ai été interpellée par les problématiques de mixité sociale et de rénovation urbaine. La question du vivre ensemble et donc de l’intégration économique et sociale, me préoccupe particulièrement. Tant et si bien qu’après l’obtention de mon diplôme, j’ai décidé de me réorienter pour acquérir une double compétence dans le management et l’ingénierie de projets de Développement Social Urbain à la faculté d’Evry. Quand j’ai pris connaissance de la création d’Act’ESSonne, j’ai naturellement postulé.

- Paris-Saclay a vocation à être un cluster technologique : qu’est-ce que l’insertion par l’économique a à voir là-dedans ?

Notre département est particulièrement contrasté avec, d’un côté, des pôles à la pointe de l’innovation et de la technologie (outre Paris-Saclay, il compte le Genoscope et le Genopole d’Evry), dynamiques au plan économique, avec un taux de chômage inférieur à la moyenne nationale ; de l’autre, des quartiers en voie de relégation, confrontés à un chômage massif et de longue durée. De notre point de vue, Paris-Saclay avec ses nombreux établissements d’enseignement supérieur et de recherche, offre l’opportunité de sensibiliser leurs élèves et leurs étudiants aux enjeux de l’ESS en général et de l’insertion par l’économique en particulier. C’est important, car c’est parmi eux que se recruteront les cadres d’entreprises de demain. C’est aussi l’opportunité pour nous d’amener ces élèves et étudiants à se rapprocher des jeunes qui habitent le territoire pour leur faire profiter de leurs savoirs, ne serait-ce que dans le cadre de soutiens scolaires et les aider dans leur orientation future. J’ajoute que nos structures d’insertion ne demandent qu’à les accueillir dans le cadre de stages. Leurs compétences nous sont précieuses, que ce soit en informatique, en comptabilité ou en gestion de budget. En retour, cela leur assure une expérience différente que celle qu’ils vivraient dans une entreprise classique et qu’ils peuvent ensuite valoriser dans leur parcours, a fortiori s’ils veulent un jour créer leur propre entreprise.

- D’ailleurs, parmi vos membres, figurent les Fleurs de Cocagne et Jardin de Cocagne dont l’inspirateur, Jean-Guy Henckel s’inscrit dans une démarche d’entrepreneuriat social…

Oui, et cette démarche d’entrepreneuriat social est partagée par bien d’autres structures de l’insertion par l’économique sinon de l’ESS : je pense en particulier au commerce équitable ou au microcrédit. Contrairement à une idée reçue, les subventions ne représentent qu’une fraction de leur budget (de l’ordre de 30% pour les entreprises d’insertion). L’essentiel de leurs ressources provient d’activités marchandes.

- Revenons à Act’ESSonne. Quels sont vos projets à venir ?

J’en citerai trois pour l’année 2015. D’abord, une exposition photos qui se propose de donner à voir le secteur de l’insertion par l’économique dans sa diversité, sur le territoire de l’Essonne, du maraîchage bio, dans le sud du département, aux services d’aides à la personne en passant par des contributions aux opérations de rénovation urbaine. Financée en Crowdfunding, cette exposition sera inaugurée en septembre 2015 en Essonne. Deuxième projet : la mise en place d’un comité d’œuvres sociales pour des salariés en insertion, destiné à leur permettre de bénéficier d’une offre de loisirs, de sport, de culture. Ce comité s’adressera à l’ensemble des quelque 3 000 salariés accompagnés par nos structures. Enfin, un projet pour lequel nous avons été primé fin novembre lors du prix de l’innovation sociale du Conseil général : un service de santé au travail, dédié à ces mêmes salariés.

Légende photo : réunion du Comité de Directeurs des SIAE de l’Essonne, en novembre dernier (Elsa Duval est la 3e personne en partant de la droite, au second plan : ayant le sens du collectif, elle a tenu à privilégier cette photo sur un portrait en bonne et due forme).

1 commentaire à cet article
  1. Ping : Echos de la 1re journée de l’Achat Responsable | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>