L’énergie de demain, à Paris-Saclay. Rencontre avec Julien Sorreau (2e partie)

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Suite de notre rencontre avec Julien Sorreau. Où il est question de voyages à travers le monde, d'un blog dédié aux questions énergétiques et, last but not least, du réseau de chaleur et de froid projeté sur le Plateau de Saclay.

Pour accéder à la première partie du portrait de Julien Sorreau, cliquer ici.

Un contexte favorable : le Grenelle de l’Environnement

Le contexte dans lequel Julien entame sa carrière est cependant favorable au changement de mentalités et aux décloisonnements disciplinaires aussi bien que professionnels. Nous sommes en plein Grenelle de l’Environnement qui débouche sur une nouvelle RT2012, laquelle incite à envisager les bâtiments au regard de leur environnement (non sans valoriser les qualités bioclimatiques du bâtiment), les Plans Climat Energie Territoriaux (PCET), sans oublier les Agendas 21 locaux. D’ailleurs, en marge de la gestion du parc de chaufferies, Julien participe à l’élaboration du PCET mené à l’échelle de l’agglomération. « L’intérêt de ce genre d’outil, juge-t-il, est d’inciter à mieux prendre en compte l’ensemble des flux générant des émissions de GES : les flux liés aux mobilités des personnes mais aussi des biens et services. Il ne suffit donc pas de se préoccuper de la performance énergétique de tel ou tel équipement, mais de prendre en considération les émissions engendrées tout au long de son cycle de vie, de sa conception à son recyclage en passant par la fabrication et l’importation des pièces entrant dans sa composition, etc. » Autre intérêt du PCET : « il incite à appréhender l’énergie dans sa dimension territoriale. »

Une alternative s’offrait possiblement à lui : « Soit j’évoluais au niveau territorial correspondant au PCET avec une approche transversale – mais les postes étaient déjà occupés ; soit j’allais voir vers d’autres horizons ».

Des voyages pour apprendre des autres

Il opte d’autant plus pour cette seconde option que le plaisir de voyager ne l’avait pas quitté. Pas plus que son désir de sortir d’une vision franco-française des choses. « Au cours de mes premières années expériences, j’avais pu constater à quel point, en France, on aime les concepts et en débattre. Moi le premier ! Mais j’étais aussi curieux de voir comment d’autres territoires appréhendaient les problématiques du réchauffement climatique et les solutions concrètes qu’ils mettaient en œuvre. Ont-ils l’équivalent de nos PCET ? Leurs démarches sont-elles organisées ? Qui fait quoi ? Autant de questions que je me proposais d’éclaircir. »

Il n’ignore pas que le PCET comporte un dispositif d’animation territoriale consistant à faire participer la population. « Il me semblait intéressant d’en profiter pour donner à voir, découvrir ce qui se faisait ailleurs, à l’étranger pour éviter une vision locale et franco-française. Non que toutes les expériences soient transposables mais elles pouvaient donner lieu à tout le moins à des échanges. » En 2009, il propose à la ville d’Angers un package d’animation à base notamment vidéos sur des expériences de terrain menées dans des pays comme support à des conférences-débat. Banco. La ville lui commande deux vidéos.

Le projet Econergy Tour

C’est ainsi que prend forme le projet de l’Econergy Tour. « J’avais défini une méthodologie d’évaluation des démarches, en cartographiant qui faisait quoi (entre les décisionnaires, les techniciens, etc.), dans quel contexte (centralisé ou décentralisé), en mettant en œuvre quelles compétences, etc. » Une mine d’informations qu’il se propose de restituer ensuite à la manière d’un « ingénieur-reporter », selon sa propre formule, à travers des textes et des vidéos mis à disposition sur un site web (toujours activé à défaut d’être alimenté car, depuis, Julien, a intégré l’EPPS).

Pour ses premières destinations, il met le cap sur des villes d’Amérique du Nord : Montréal puis Boston, Salt Lake City, San Francisco, puis d’Amérique latine et centrale : Querétaro (Mexique), Quetzaltenango (Guatemala)… Un constat s’impose : « Autant mes interlocuteurs d’Amérique du Nord ne se montraient pas toujours disponibles – le temps y est clairement de l’argent ! – autant, dans ceux du Sud, ils se montraient intéressés par ma démarche, mais aussi l’expertise accumulée au fil du temps. » C’est ainsi qu’il en vient à donner des conférences. « En me gardant d’être un donneur de leçon » insiste-t-il.

L’aventure qui était censée ne durer qu’un an et demi se prolonge bien au-delà. Dans chacune agglomération dont il étudie la politique énergétique, Julien reste de deux à trois mois. « Cela peut paraître beaucoup. En réalité, j’avais le sentiment que cela ne me donnait pas la légitimité pour raconter quoi que ce soit. Juste le temps de m’imprégner du contexte et d’identifier les bons interlocuteurs. » A l’approche de la 3e année, le doute le saisit. « Il me fallait bien vivre et donc retrouver un emploi. » S’il avait bénéficié de subventions, il avait aussi puisé dans ses économies pour financer ces séjours prolongés…

Retour en France

Fin 2012, il décide de mettre entre parenthèse son Econergy Tour. Rentré en France, il répond à des annonces émanant de collectivités territoriales tout en lorgnant du côté des entreprises publiques locales. « Contrairement à ce qu’on peut croire, mon expérience n’avait pas valeur de sésame… » C’est que, dans la France du XXIe siècle, on continue à recruter en fonction du diplôme et des expériences professionnelles… pour occuper des postes classiques. « Quelqu’un qui part plusieurs années à l’étranger peut donner l’impression de ne pas savoir ce qu’il veut ! A fortiori s’il avait déjà un emploi. Dans d’autres pays, c’est au contraire perçu comme un plus. »

Comme il le reconnaît lui-même, on cherche toujours à mettre rétrospectivement de la cohérence dans le récit de son parcours. Le fait est, le sien n’en manque pas et témoigne d’un élargissement par cercles concentriques de ses centres d’intérêt. « Mon premier emploi était à dominante technique. Puis, j’en suis venu ensuite à m’intéresser à la dimension territoriale de l’enjeu énergétique avec son jeu d’acteurs aussi bien privés que publics. C’est alors que j’ai pris la mesure du fait qu’aussi compétent soit-il, l’ingénieur, seul, ne peut rien, il doit composer avec le système d’organisation de l’action publique. De l’échelle d’une commune (Angers), je passais, à la faveur d’un PCET, à celle d’une agglomération (Angers Métropole) où les problématiques de gouvernance deviennent plus complexes. Dès lors, j’ai eu la tentation de voir comment d’autres territoires s’y prenaient. » CQFD.

Une inclination pour l’intérêt général

Le même : « J’aurais pu valoriser mon expérience dans le secteur privé, mais j’avais une préférence pour le public, considérant que c’est le meilleur moyen de servir l’intérêt général, quelque chose d’important pour moi. » Bien lui en a pris : « C’est en consultant le site de la fédération des EPL [ Entreprises Publiques Locales ], que je suis tombé sur une offre émanant d’un cabinet de recrutement. » Ladite offre était cependant déjà ancienne et Julien n’en prend connaissance que le lendemain d’un jour férié de novembre. « Immanquablement, le personnel devait faire le pont. » Il tente néanmoins sa chance en appelant. On décroche : son interlocuteur lui annonce que deux offres ont été retenues, mais au vu du récit que Julien fait, à sa demande, de son parcours, il l’invite à déposer sa candidature. Une semaine plus tard, il était recruté.

L’offre en question émanait de l’EPPS, en quête d’une personne à même de gérer les dossiers énergétiques à commencer par le projet de « réseau intelligent de chaleur et de froid ». Malgré sa relative proximité géographique avec Chartres, Julien n’avait jamais mis les pieds sur le Plateau de Saclay, mais perçoit très bien l’intérêt du projet, ambitieux et qui plus est original. « D’une part, il s’appuiera sur un système de distribution de calories alimenté par la nappe de l’Albien. Ensuite, il assurera la production de chaud mais aussi de froid, au moyen de pompes à chaleur, à partir d’une eau à 28°C. » Une particularité liée au contexte : « Sur le Plateau de Saclay, des laboratoires ont besoin d’être alimentés en froid. N’offrir que du chaud, comme le font la plupart des réseaux, les contraindrait à procéder à un refroidissement, avec toute la déperdition d’énergie que cela suppose. » Ce n’est pas tout : « Le réseau pourra se passer de l’apport d’énergies complémentaires en valorisant celles, résiduelles, de certains process ou activités de recherche, en récupérant notamment la chaleur fatale des data centers. »

On l’aura compris, le maître mot est la « mutualisation ». Pour y parvenir, et c’est une autre des originalités du réseau, soulignée par Julien Sorreau, il sera associé à un « smart grid électrique » pour former le Smart Energy Paris-Saclay. C’est dire si le réseau de chaleur et de froid constitue un vecteur de mobilisation de plusieurs de ces acteurs à commencer par les industriels de l’énergie et des réseaux réunis au sein de l’Institut pour la Transition Energétique Paris-Saclay Efficacité Energétique (PS2E), l’Institut Photovoltaïque d’Ile-de-France ou encore le Pôle de compétitivité Systematic Paris-Région. C’est dire aussi si en plus d’une traduction concrète des principes de l’écologie industrielle et de l’économie circulaire, il est une contribution du territoire à la transition énergétique. De là à ce que Julien Sorreau réactive son Econergy Tour et reprenne son bâton de pèlerin pour faire connaître ce projet au reste du monde…

Légendes photos : visite d’une décharge à Queretaro – Mexique, mai 2011 (photo illustrant cet article) ;  interview à l’émission « Vida Practica » – Guatemala, octobre 2011 (photo en Une, petit format) ; à la conférence sur le changement climatique à Cancun – Mexique, en décembre 2010 (en Une, grand format).

Pour aller plus loin :

- sur le réseau de chaleur et de froid : télécharger la plaquette conçue par l’EPPS (cliquer ici) ;

- sur les séjours à l’étranger de Julien Sorreau : outre son site Econergy Tour, deux résumés en forme de vidéos sont disponibles sur YouTube, sur les séjours aux Etats-Unis (cliquer ici) et en Amérique Latine (cliquer ici).

5 commentaires à cet article
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  5. SORREAU

    je suis à la recherche des articles concernant la transition energétique. merci de m’indiquer comment me procurer ses articles
    nicole sorreau

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