L’École polytechnique à l’heure du fundraising

A l'image d'autres grandes écoles, l'École polytechnique s'est lancée dans le fundraising
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Ce jeudi 30 mai, la fondation de l’École polytechnique célébrait la clôture de sa première campagne de collectes de fonds auprès de particuliers. Des résultats plus qu’encourageants, qui ont permis de financer de nombreuses actions en faveur de la recherche et de l’ouverture à l’international. Un modèle pour la future Université Paris-Saclay ?

[Légende de la photo : Olivier Mitterrand ]

On n’aura jamais entendu prononcer autant le mot « merci » et sur tous les tons, qu’au cours de cette soirée organisée par l’École polytechnique, ce jeudi 30 mai, à la Manufacture des Gobelins. Et pour cause, cette soirée marquait la clôture de la campagne de collecte de fonds lancée cinq ans plus tôt.

Depuis sa création en 1987, la Fondation de l’X sollicite la générosité d’entreprises et des Anciens (Alumni, dans la terminologie polytechnicienne) à travers un Fonds annuel (pour des montants de l’ordre d’un 1 M€/an). Mais, en 2008, elle a entrepris de changer d’échelle en se dotant d’une équipe de professionnels du fundraising, pour répondre à un Business Plan défini par l’Ecole, et d’une méthodologie pour une approche individualisée auprès de Grands donateurs.

Des évolutions qui incitent au fundraising

Une évolution à laquelle elle a été incitée par plusieurs changements ayant modifié le contexte dans lequelle elle est appelée à évoluer. D’abord, les réformes intervenues au cours des années 2000 : la « loi Aillagon » d’août 2003 qui a rendu attractive la fiscalité du mécénat et des fondations ; la « loi relative aux libertés et responsabilités » (LRU) d’août 2007, qui encourage les établissements publics d’enseignement supérieur à se doter de fondations (sans compter le dispositif mis en place en juin 2007 déduisant de 75% sur l’ISF les dons faits à des fondations reconnues d’utilité publique). Ensuite, le précédent contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (2007-2011) signé avec l’Etat, et qui fixait à 20% le montant des ressources extérieures aux financements publics.

A quoi s’ajoute le contexte de compétition internationale. Dès la fin des années 1990, de grandes écoles s’étaient lancées dans la pratique du fundraising sur le modèle des ONG. En France : l’Insead (1995-2000), l’Université Catholique de Lille (même période), l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (2001-2005) et l’Essec (2002-2007). A la différence cependant des universités américaines, ces établissements ont pris le parti de ne solliciter que des entreprises.

En se lançant à son tour dans le fundraising, l’École polytechnique a opté pour le « modèle américain », en se tournant vers les particuliers (les Alumni, donc, mais aussi les parents d’élèves et les « amis »), et en se dotant d’une gouvernance particulière : un « comité de campagne », présidé par Claude Bébéar et doté de directions supports ainsi que de structures exécutives annexes à la Fondation pour recueillir les dons des amis d’outre-Atlantique (« Friends of Ecole Polytechnique ») ou d’outre-Manche (Ecole Polytechnique Charitable Trust).

Des résultats supérieurs aux objectifs

Les résultats ont largement dépassé le montant escompté initialement. Dès 2009, l’objectif initial (25 millions d’euros) était rehaussé à 35 millions. Certes, on est loin des « scores » réalisés par les Harvard et autres Oxford. Mais l’École polytechnique part de loin. Et pas plus qu’ils n’intègrent les dons d’entreprises, ces résultats ne prennent en compte les fruits de la taxe d’apprentissage. Qui plus est, une gestion rigoureuse de la collecte a permis d’en minimiser les coûts (à peine plus de 8% des 35 millions d’euros, contre près de 20% pour d’autres établissements).

Au fil de la campagne, de nombreuses initiatives ont pu ainsi être financées. Citons notamment :

- le recrutement de pas moins de 7 enseignants-chercheurs de renommée internationale, français (le physicien Alain Aspect ; le spécialiste des lasers Gérard Mourou ; le mathématicien Vincent Bansaye) et étrangers (l’Italien Luca Perfetti, spécialiste de la physique de la matière condensée ; le Grec Nick Triantafyllidis, spécialiste, lui, de la mécanique des solides ; l’Allemande Julia Wolf, mathématicienne ; l’Américain Abdul Barakat, spécialiste d’hydrodynamique) ;

 - la création en 2008, du « Prix de l’innovation » ;

- le financement de bourses de thèse et de programmes de mobilité internationale pour les doctorants ;

- la participation au financement de nouveaux laboratoires ;

- la remise de bouses X-Post-Bac à des élèves du programme « Une Grande Ecole Pourquoi Pas Moi ? »

Sous l’apparence de liste à la Prévert, les initiatives participent à quatre domaines prioritaires visant à renforcer la recherche ; l’attractivité de la future graduate school ; l’ouverture à l’international ; enfin, l’égalité des chances (à travers l’accompagnement d’élèves de milieux défavorisés).

Passation de présidence

De l’avis de Claude Bébéar, un chemin reste cependant encore à parcourir. Près de 84% des dons ont été récoltés auprès de quelque 198 Grands Donateurs. Pour mémoire, on compte 22 000 Alumni… Parmi eux, seuls 12,1 % auront contribué à la campagne. Signe encourageant : les plus jeunes ne sont pas forcément les moins généreux (chaque année, la Kès – le bureau des élèves de l’X – a versé plus de 200 000 euros chaque année).

La soirée du 30 mai était aussi l’occasion d’une passation de présidence. Car malgré l’intégration de l’École polytechnique au sein de l’Université Paris-Saclay, il y aura bien une seconde campagne. Le nouveau président en sera Olivier Mitterrand (promotion 1962), fondateur de la société Les Nouveaux Constructeurs. En plus d’avoir pris une part active à la première campagne, il a une expérience des fondations : il est président fondateur de la Fondation d’entreprise Les Nouveaux Constructeurs et préside, depuis 2012, la Fondation IFRAP (un think tank dédié à l’évaluation des administrations publiques et à l’invention des services publics de demain).

La seconde campagne devrait être officiellement inaugurée au cours du second semestre 2014. A défaut de préciser des objectifs chiffres, Olivier Mitterrand a manifesté son intention d’approfondir l’internationalisation des initiatives financées et d’élargir le cercle des donateurs à des employeurs ayant recruté des Polytechniciens et, sur le plan géographique, à l’Asie du Sud-Est. Quant à la poursuite de la campagne au profit d’une École polytechnique intégrée au sein de Paris-Saclay, il s’est dit confiant. « Nous trouverons les arguments pour la justifier ». Parmi eux, le fait que même au sein des grandes universités anglo-saxonnes, les collèges qui les constituent ne se privent pas de maintenir un lien étroit avec leurs « anciens » respectifs par des levées de fonds spécifiques. Après tout, si cela peut encourager l’émulation entre les établissements constitutifs de Paris-Saclay… Preuve d’ailleurs que les démarches ne s’opposent pas, le lancement de la précédente campagne en Californie, en mars 2010, avait été l’occasion de présenter les projets de campus Paris-Saclay devant une soixantaine d’Alumni expatriés.

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