Le Plateau vu du Potager du Roi. Rencontre avec Vincent Piveteau

Vincent Piveteau, directeur de l'ENSPV
Des racines familiales dans l’Essonne, des études à Versailles : Vincent Piveteau connaît bien le Plateau de Saclay. Il livre son point de vue de directeur de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles, mais aussi de spécialiste de l’aménagement du territoire.

- Quel regard posez-vous sur le Plateau de Saclay ?

En tant qu’ancien de la Datar, intéressé aux questions d’aménagement du territoire, l’opération Paris Saclay apparaît a priori comme une aventure conceptuelle. D’abord, parce que c’est un territoire sans centre. Se pose alors la question : faut-il construire une centralité ? Ou plusieurs centralités ? Ensuite, c’est une combinaison d’espaces monofonctionnels, avec ces zones dédiées à l’habitat, d’autres à la recherche et à l’enseignement supérieur, ou à l’agriculture, etc. Comment les imbriquer ? De surcroît dans une perspective de développement durable ? Voilà un beau défi qui retient nécessairement l’attention sur ce qui est en train de se passer sur ce Plateau.

Pour faire transition avec mes fonctions de directeur de l’ENSP, j’ajouterai que, dans ce contexte, le paysage apparaît l’entrée la plus pertinente. C’est d’ailleurs le choix qui a été fait par l’EPPS. L’organisation des formes doit en effet précéder l’intervention des urbanistes (définir un plan) comme des architectes (poser des objets architecturaux). L’entrée par le paysage permet de saisir l’espace dans ses différentes échelles.

Loin de moi l’idée que le paysage serait uniforme au prétexte que nous serions sur un plateau. Celui de Saclay se caractérise par sa diversité. Une diversité tant dans les formes que dans la manière dont les acteurs qui s’y trouvent, se sont approprié le territoire. Car le Plateau est un lieu approprié, qui a une longue histoire, dont les traces sont parfois ténues mais dignes d’intérêt.

- Comment votre école se positionne-t-elle par rapport à ce territoire ?

Etant installé à Versailles, nous nous trouvons dans une position des plus intéressantes : à la fois sur un centre et sur une frontière.

Le centre, c’est bien sûr Versailles, un lieu fondateur du paysage : c’est ici que Le Nôtre a réalisé sa plus grande œuvre. Nous sommes par ailleurs dans le berceau historique de l’enseignement supérieur agronomique. Dès 1680, La Quintinie avait fait du potager du Roi un lieu d’innovation et d’expérimentations. C’est ici, qu’à la Révolution, l’Ecole centrale d’agriculture est créée à partir de ce potager. C’est encore à Versailles qu’a été fondé en 1848, l’Institut national agronomique. Le potager du roi devient alors une sorte de grand équipement scientifique où l’on innove, sous la houlette notamment de Hardy.

La IIIe République en fera également le foyer de l’horticulture, avec la création en 1873 d’une école, dédiée à cette discipline, puis à l’enseignement du paysage. Dès la fin du XIXe siècle en effet, tous les concepteurs et dessinateurs des parcs et jardins sont formés ici. Edouard André, le successeur de Jean-Charles Alphand, y enseigna. Naturellement, lorsqu’en 1945, le gouvernement provisoire du général de Gaulle, décide de créer une section du paysage pour accompagner les opérations urbaines de reconstruction, c’est à Versailles qu’elle voit le jour. Les paysagistes ne se limitent plus aux seuls jardins d’agréments, ils accompagnent les opérations urbaines lancées dans le cadre de la reconstruction. C’est à Versailles que seront formées des générations de paysagistes français. Parmi eux des personnalités marquantes y ont enseigné (Michel Corajoud, Alexandre Chemetov, Bernard Lassus,…) ou y enseignent (Gilles Clément, Gilles Vexlard,…). Michel Desvigne, dont l’agence intervient sur le Plateau, en préside même le conseil d’administration !

Nous sommes enfin au cœur d’un territoire, celui de Versailles Grand Parc, véritable « ville fertile », et qui porte le cluster sur le vivant et la ville.

- Et une position frontalière, dites-vous…

En effet. L’ENSP se trouve à la lisière du périmètre de l’OIN. Cette position est tout sauf problématique. Comme j’aime à le dire, elle est même normale quand on travaille sur le paysage. Ce qui est intéressant pour un paysagiste, c’est en effet de travailler sur les frontières, les zones de contacts. C’est dire si le Plateau de Saclay nous intéresse. On travaille sur un territoire qui est en contact voire en tension avec d’autres territoires.

Comment gérer la lisière, deux mondes en contact, en l’occurrence ceux de l’urbain et du rural, du lotissement et des champs agricoles ? Pour reprendre les mots de Michel Desvigne l’enjeu est précisément de redonner du sens, de l’épaisseur à cette frontière. Pour l’heure, elle se résume le plus souvent à des grillages délimitant les propriétés privées par rapport aux espaces agricoles ou naturels. Convenons que nous sommes-là au degré zéro du langage paysagiste. Comment mieux traiter les questions d’interface entre l’agriculture et la ville ? Cette question est de longue date au cœur des réflexions menées à l’école, par André Fleury ou Pierre Donadieu, par exemple.

A la frontière, nous le sommes aussi et par voie de conséquence, au plan disciplinaire : le paysage est au carrefour de l’art, des techniques, des sciences du vivant, sans oublier les sciences sociales. Car le paysage est aussi un construit social.

A l’ENSP, la pédagogie de la formation de nos paysagistes concepteurs s’appuie sur la mise en situation de chaque étudiant dans un acte de création qui combine les différentes dimensions du paysage : théorique, technique, culturelle, esthétique…

- Vous avez fait le choix de participer au PRES Grand Ouest…

En effet, nous en sommes membre associé depuis sa constitution, à travers un Institut de la création qui regroupe outre l’ENSP, l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles et l’Ecole nationale supérieure d’art de Paris-Cergy. Un pôle sans équivalent au plan national, qui est porteur d’une dimension essentielle pour des écoles de conception : la recherche par le projet, « research by design » comme disent les Anglo-saxons. L’Ecole cultive cependant des liens avec d’autres établissements. Nous avons, par exemple, une convention de partenariat avec Agro Paris-Tech, qui devrait s’implanter sur le Plateau de Saclay.

- Quelle place occupe le Plateau dans vos enseignements et la formation ?

Pour nos élèves, le Plateau a tout pour être un terrain d’expérimentation privilégié. Par exemple, dans le cadre de la 3e année (la formation dure 4 ans), un atelier piloté par Gilles Vexlard, Grand Prix National du Paysage et professeur à l’école, a pour terrain le Grand Parc, qui englobe le Plateau de Satory. J’ajoute que l’ENSP a développé une certaine compétence autour de la question de l’agriculture urbaine ou périurbaine, qui nous incline naturellement vers le Plateau. (Voir par exemple la thèse de Moez Bouraoui.

- Vous considérez-vous comme un acteur du territoire ? Si oui, en quel sens ?

A travers ses enseignements, ses enseignants et ses élèves, les savoir-faire qu’elle mobilise et produit en lien avec ce territoire, l’ENSP peut légitimement se considérer comme un acteur du Plateau de Saclay. Un acteur modeste certes, à certains égards latent, mais qui peut apporter aussi des services.

- Lesquels ?

Je pense par exemple aux fruits d’un certain nombre de travaux de conception, réalisés par les étudiants. Notamment ce que nous appelons les « ateliers pédagogiques régionaux », véritables mises en situation professionnelle, confiées à des équipes d’étudiants en dernière année (niveau post-master). Mais également aux fruits de travaux de recherche. Nous conduisons actuellement, pour le compte du PUCA (Plan urbanisme construction) un travail d’analyse et d’inventaire sur les liens entre le paysage, les campus existants, et les grands territoires urbains dans lesquels ils s’insèrent. Mais il y a bien d’autres champs à explorer !

 

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