Le plateau de Saclay du point de vue de ses résidents. Entretien avec Lucile Magnaldo

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Quelles sont les trajectoires résidentielles des habitants de la vallée de l’Yvette et du plateau de Saclay ? Quelles ont été leurs motivations à y résider ? Comment perçoivent-ils le projet d’aménagement ? Telles sont quelques-unes des questions abordées par cette élève de l’ENS Paris-Saclay dans le cadre d’un mémoire de master, et qui se trouve avoir fait également un stage au sein de l’EPA Paris-Saclay.

- Pouvez-vous, pour commencer, rappeler l’enjeu de votre mémoire de 2e année de master* ?

Initialement, il s’agissait de m’intéresser au pôle scientifique et technologique en cours de construction sur le plateau de Saclay, du point de vue des habitants qui résident dans la vallée, en portant une attention particulière à leurs dynamiques résidentielles, à ce qui les avait motivés à s’y installer, aux rapports qu’ils entretiennent aujourd’hui avec le plateau. Ce faisant, il s’agissait de caractériser des types d’espaces qui n’avaient pas encore fait l’objet d’enquête de terrain, et d’identifier ce qui pouvait les rapprocher ou les distinguer d’idéaux-types bien décrits dans la littérature (les quartiers gentrifiés, les quartiers bourgeois, les quartiers de refondation, les espaces de sécession périurbains…). Autrement dit, de se demander si le contexte particulier de l’aménagement du plateau de Saclay avait fait émerger un nouveau type de quartier et, avec lui, un rapport spécifique des habitants à leur espace de vie. Il s’agissait donc aussi de tenir compte du contexte tout à la fois géographique et historique, de la forme urbaine, de la composition démographique et socio-économique de la population résidente…

- Votre sujet a-t-il évolué au fil de votre recherche ?

Oui, tout naturellement. Il a évolué dès l’instant où j’ai commencé à me documenter puis à faire du terrain. Dès qu’on se confronte à la réalité de celui de Paris-Saclay, force est de constater que le contexte est beaucoup plus complexe que ce que ce qu’on peut imaginer de prime abord. J’ai ainsi dû revenir sur de premières intuitions qui m’avaient amenée à m’intéresser à lui. Au début, je pensais circonscrire mon étude aux habitants résidant dans la vallée de l’Yvette. Très vite, je me suis rendu compte que les dynamiques de peuplement ne pouvaient pas se résumer à cet espace-là, qu’elles étaient liées à ce qui se passait aussi sur le plateau, en l’occurrence, la construction d’un campus urbain. A l’évidence, vallée et plateau faisaient partie d’un même système au plan résidentiel comme en bien d’autres. Il me fallait donc les mettre en regard.

IconopourL.MagnaldoPaysage2- Il reste que ce sont des espaces particulièrement étendus…

En effet, c’est pourquoi j’ai ensuite focalisé mon attention sur deux quartiers en particulier. L’un situé dans la vallée : le quartier de Lozère, à Palaiseau. L’autre sur le plateau : le quartier de Moulon, à Gif-sur-Yvette [photo ci-dessus]. Le premier offre l’intérêt de marquer le début d’un continuum qui se déploie le long de la vallée de l’Yvette, et d’être ainsi contigu à plusieurs quartiers plus ou moins favorisés. L’autre, situé sur le campus urbain, est plus récent et directement associé au projet de Paris-Saclay. Il permet de comprendre les motivations de tout nouveaux résidents. Mais, pour cette raison même, il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, concernant notamment les phénomènes de ségrégation, qui s’y manifestent – étant entendu que ceux-ci n’en seront pas moins probablement limités du fait du taux élevé de logements sociaux imposé par le législateur.

- Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à ce territoire et à ses habitants ? Y aviez-vous des attaches ?

Non, hormis peut-être le fait d’être une élève de l’ENS Paris-Saclay. Encore que, puisque j’ai poursuivi l’essentiel de mes études sur l’ancien campus de Cachan. Mais, justement, en tant qu’élève de cette école, dont le campus a été depuis transféré dans le quartier de Moulon, j’avais beaucoup entendu parler du territoire. La première chose qui m’a donc inclinée à m’y intéresser, c’est la curiosité. Le projet d’y concentrer des établissements d’enseignement supérieur et de recherche m’intriguait. Je voulais comprendre de quoi il retournait précisément.
Quant au choix de mettre la focale sur les logiques résidentielles des habitants, il tient à mon intérêt ancien pour cette thématique de recherche. Avant ce mémoire, j’avais eu l’occasion d’en faire un sur les phénomènes de ségrégation à l’œuvre au détriment de populations défavorisées. Suite à ce mémoire, j’ai voulu savoir si de tels phénomènes de ségrégation pouvaient être à l’œuvre par le haut, en somme, c’est-à-dire au profit de populations plus favorisées.

- Pourquoi vous être restreinte aux résidents et ne pas vous être intéressée aux usagers (salariés, étudiants…), qui, à leur façon, habitent aussi le territoire ?

J’entends d’autant plus volontiers votre question que je me la suis posée. Disons que d’un strict point de vue méthodologique, je me devais au préalable de définir aussi précisément que possible la population que je comptais étudier. C’est ainsi que j’ai fait le choix de m’intéresser prioritairement aux habitants qui ont fait celui de résider sur le territoire, pour essayer de comprendre leurs logiques résidentielles, leurs motivations à vivre ici plutôt qu’ailleurs, et une fois qu’ils y étaient installés, leur rapport au reste du territoire, à commencer par le plateau. Dans quelle mesure leurs choix et modes de résidence sont-ils liés au contexte de Paris-Saclay ou en sont-ils indépendants ? Telle est la question dont je voulais traiter en focalisant par conséquent sur les résidents. Certes, les usagers pèsent aussi sur les dynamiques à l’œuvre, à commencer par les étudiants qui constituent une population importante numériquement parlant. Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier les relations qu’ils nouent avec les autres résidents, au travers de la location de chambres ou des interactions qu’ils peuvent avoir au quotidien avec eux, notamment dans le quartier de Moulon, qui concentre plusieurs établissements d’’enseignement supérieur, à commencer par l’ENS Paris-Saclay et CentraleSupélec, dans le cadre de ce qui est d’ailleurs présenté comme un « campus urbain ». Cela étant dit, j’ai aussi réalisé des entretiens avec des acteurs locaux divers : représentants de collectivités ou d’associations, un agent immobilier, le directeur d’une maison de quartier, etc.

- Pour en rester donc aux résidents, qu’en est-il de la valorisation de leur bien immobilier (quand ils sont propriétaires), induite par l’attractivité de l’écosystème Paris-Saclay ? Cela affleure-t-il dans les témoignages que vous avez recueillis ?

L’argument économique n’est pas forcément celui que les enquêtés mettent le plus en avant. Ils insistent d’abord sur la qualité du cadre de vie et leur souhait de le voir préservé. Cela étant dit, quand ils abordent la dimension économique de leur logique résidentielle, ceux qui viennent d’arriver justifient leur choix par la sécurisation de leur investissement : ils disent être assurés de pouvoir revendre leur bien immobilier sans difficulté, sans faire pour autant état de l’intention de réaliser à terme une plus-value immobilière.

- Qu’en est-il de l’opportunité de louer tout ou partie de leur logement à des étudiants ?

Les enquêtés ne m’ont pas évoqué cette perspective. S’ils ont fait le choix d’acquérir un bien immobilier, c’est d’abord pour en profiter pleinement. En revanche, certains mettent en avant l’attrait du quartier de Moulon, du fait de sa mixité – la présence d’étudiants au milieu de salariés. Par exemple, un couple nouvellement installé m’a fait part de son envie de nouer des liens avec des étudiants, en imaginant même d’en inviter à dîner, de les aider…

- Ce que vous dites-là me remet en mémoire une association, « En bas des marches », créée en vue de faciliter l’intégration des élèves étrangers de Polytechnique. Cela étant dit, la prise en compte des dynamiques résidentielles ne permettrait-elle pas de poser en termes nouveaux la question du logement étudiant que l’on a tendance à vouloir résoudre par la construction de résidences supplémentaires ? Ne pourrait-on pas valoriser le tissu pavillonnaire pour compléter l’offre ? Certes, cela se fait déjà (des étudiants trouvent à se loger chez des habitants), mais il ne me semble pas que ces pratiques soient suffisamment visibilisées et soutenues, hormis par des structures comme Science Accueil ?

Ne surestimons pas non plus le potentiel en la matière. La demande de logements est déjà forte de la part de ménages familiaux (non étudiants) alors que l’offre est limitée. Compte tenu de ces contraintes, il me paraît compliqué de considérer le tissu pavillonnaire comme une réelle solution ou « réserve » de logements même si, effectivement, on peut observer des pratiques de location d’une partie ou de l’ensemble d’un logement à des étudiants. Par ailleurs, l’augmentation du nombre d’étudiants sur le plateau est telle qu’elle suppose forcément la construction de nouvelles résidences étudiantes. Cela étant dit, il pourrait effectivement être intéressant de plus valoriser des pratiques de location chez l’habitant, surtout que cela permettrait de favoriser des échanges intergénérationnels, alors même que certains habitants déplorent le peu de contact avec les étudiants du plateau.

- Etant entendu que ces résidents peuvent être aussi des chercheurs, entrepreneurs, enseignants et étudiants, directement intéressés, donc, par le projet en cours de construction sur le plateau. De là l’ambivalence dont vous parlez vous-même à propos de leur attitude face à ce projet…

En effet, une ambivalence manifeste et dont certains habitants ont d’ailleurs conscience. Elle témoigne du fait que leur propre identité n’est pas une, mais multiple. D’un côté, beaucoup sont effectivement des scientifiques, des ingénieurs-chercheurs, des enseignants ayant, donc, une appétence pour les sciences. Eux bénéficient directement de la dynamique d’aménagement du territoire et ont intérêt à sa réussite. D’un autre côté, ce sont aussi des habitants avec une fibre écologique peut-être plus prononcée qu’ailleurs, qui aspirent à un cadre de vie de qualité. Or, de ce point de vue, ce même projet comporte des risques non seulement de nuisances supplémentaires, mais encore de dégradations au plan paysager, parce que synonyme de plus de densification – de « bétonisation », comme ils disent. De là, la tonalité critique que peut avoir aussi leur discours vis-à-vis du pôle scientifique et technologique.

- Ce que vous dites là fait cette fois écho à des témoignages que j’ai pu recueillir au fil du temps, à commencer par celui de cette inspectrice de l’Education nationale, qui s’est installée avec son mari, à Palaiseau, au début des années 1970. Ensemble, ils ont participé au reboisement d’une parcelle acquise pour contrarier la réalisation du Schéma d’aménagement de Delouvrier**, qui prévoyait la création d’une ville nouvelle sur le plateau de Saclay. Vis-à-vis du projet de Paris-Saclay, son discours était plus ambivalent, comme vous dites, car entre-temps, ils eurent un fils qui très tôt manifesta l’envie d’intégrer la grande école située sur le plateau (en l’occurrence Polytechnique), ce qu’il réussit au point de faire admettre à ses parents que ce projet de Paris-Saclay pouvait aussi avoir du bon… [pour accéder à ce témoignage, cliquer ici]…

Votre anecdote fait écho à plusieurs entretiens que j’ai réalisés. Cette fascination pour l’École polytechnique est revenue très souvent, avec l’idée, plutôt portée par les parents que par l’enfant, que « quand on s’installe à Palaiseau, on peut y faire toute sa scolarité, de la maternelle à l’École Polytechnique ! ». Dit souvent sur le ton d’une blague, qui n’en est pas tellement une, cela révèle en fait un certain rapport à l’élitisme, qui se traduit en conséquence par la mise en place de stratégies scolaires adaptées.

- Qu’en est-il du rapport à Paris-Saclay au regard de son ambition d’être aussi un lieu propice à l’innovation ?

Cette distinction entre science et innovation est une question que je me suis posée et qu’il faudrait creuser, notamment au regard de l’arrivée d’une nouvelle population liée au déménagement de centre de R&D de grandes entreprises. A ce stade, je ferai l’hypothèse que les habitant qui résident de longue date dans la vallée ont probablement plus d’appétence pour la science (au sens noble du terme) que pour l’innovation, cette dernière étant plus directement associée au projet Paris-Saclay et, par extension, au monde du privé et des grandes entreprises qu’aux laboratoires universitaires implantés historiquement dans la vallée ou sur le plateau.

- Un mot sur la méthode que vous avez adoptée, à la fois quantitative et
qualitative…

En effet. Mon mémoire de recherche s’inscrivant dans les sciences sociales, j’ai effectivement procédé à une démarche à la fois quantitative et qualitative.
Concernant le volet quantitatif, je dois cependant admettre que j’ai été confrontée à un certain nombre de difficultés pour recueillir les données statistiques dont j’avais besoin, en l’occurrence des données de l’INSEE, à l’échelle de l’IRIS (Îlots Regroupés pour l’Information Statistique), soit la plus petite unité spatiale statistique, infra-communale, qui permet de caractériser aussi finement que possible la population de quartiers étudiés. Malheureusement, je n’ai pu accéder à ces données. J’ai donc élaboré un questionnaire standard tout en y introduisant des questions spécifiques pour tenir compte des particularités du contexte.
Cela étant dit, je me suis avant tout appuyée sur un matériau qualitatif, constitué d’entretiens. Lequel m’a permis ensuite de m’inscrire dans une approche plus compréhensive des dynamiques résidentielles des enquêtés. Les résultats ainsi obtenus permettent de donner à voir une réalité plus complexe que ce qui peut ressortir de questionnaires dans lesquels il est plus compliqué de faire ressortir les motivations et les représentations des individus. Pour autant, il ne s’agit pas d’opposer ces volets quantitatif et qualitatif – les deux sont complémentaires et utiles à toute approche sociologique.

- Comment avez-vous constitué votre panel ?

Pour les besoins des entretiens, je me suis employée à constituer un panel représentatif de la population des deux quartiers, en m’appuyant pour commencer sur les données statistiques du dernier recensement. Ensuite, pour identifier des personnes résidant dans le quartier de Lozère, j’ai recouru au bouche à oreille, à partir d’une première personne qui a été en quelque sorte ma porte d’entrée – ce dont je lui suis reconnaissante.
En revanche, pour le panel de résidents du quartier de Moulon, je ne disposais pas du moindre contact. Je suis donc allée à la rencontre des gens, en saisissant l’opportunité d’inaugurations de nouveaux équipements ou encore en sollicitant des parents à la sortie d’écoles. Je me suis également servi des contacts communiqués par certains répondants à la fin du questionnaire que j’avais mis en ligne, ce qui m’a aussi permis de diversifier les profils des enquêtés.
Naturellement, faute de temps et de moyens, je n’ai pu démultiplier les entretiens. Mais ceux réalisés se sont révélés suffisamment riches pour tirer de premiers enseignements sur les motivations et les trajectoires de résidents, la manière dont ils vivent leur espace résidentiel.

- Venons-en maintenant au stage de cinq mois que vous avez fait à l’EPA Paris-Saclay. Etait-ce pour nourrir votre travail de recherche, aborder les enjeux résidentiels du point de vue de l’aménageur ?

Non, pas exactement. Ma demande de stage au sein de l’EPA n’était pas directement liée à mon travail de recherche. Elle correspondait à un désir de ne pas m’enfermer dans un travail purement théorique, de m’investir dans une activité plus opérationnelle. Le faire au sein de l’EPA me permettrait certes de rester dans une certaine cohérence avec mon terrain d’étude, mais ce ne n’était pas la finalité première. De fait, les problématiques que j’ai traitées au cours de mon stage étaient différentes de celles de mon mémoire.

- Il reste que vous avez fait votre stage au sein de la direction la plus concernée par vos problématiques, puisqu’il s’agit de la direction de l’aménagement. Au final, votre stage a-t-il fait évoluer votre vision du territoire et de ses problématiques résidentielles ?

Il est clair que le fait de voir les choses de l’intérieur, de pénétrer la boîte noire de l’aménagement du territoire, a été plus qu’instructif. J’ai pu mesurer la complexité du projet, l’imbrication des enjeux, des procédures. J’ai pu voir aussi à quel point les personnes en charge de porter le projet d’aménagement sont confrontées à de multiples contraintes. Je peux témoigner du fait que l’équipe de direction d’aménagement est sensible aux enjeux de l’environnement, qu’elle essaie de faire du mieux qu’elle peut. En réalité, tout dépend de l’échelle à laquelle on envisage le projet. Autant les habitants peuvent défendre des enjeux locaux, autant l’EPA Paris-Saclay est enclin, par sa vocation même, à se projeter à une échelle sinon métropolitaine, nationale et même internationale.

- Ajoutons que l’EPA Paris-Saclay a fait bénéficier de son ingénierie, tout en bénéficiant du savoir et de l’expertise d’associations locales, dans une logique de coconstruction, notamment sur les thématiques relatives à l’eau, à la biodiversité ou encore aux productions alimentaires locales…

Au cours de mon stage, je n’ai pas été en contact direct avec les associations locales avec lesquelles l’EPA Paris-Saclay est effectivement amené à interagir, dans le cadre des dispositifs de concertation ou des projets menés avec telle ou telle de ces associations. Maintenant, parmi mes enquêtés, certains ont fait état de la manière dont ils avaient pu intervenir auprès de l’EPA Paris-Saclay au travers d’associations – parmi les plus directement impliquées sur les enjeux de logements, je pense notamment à Polvi ou encore à Science Accueil.

- C’est précisément l’intérêt du sociologue que de donner à voir les interactions formelles ou informelles entre des acteurs engagés dans un projet d’aménagement ou d’une autre nature…

En effet, il n’y a jamais étanchéité complète entre des mondes, y compris quand tout semble les séparer. Le propre du sociologue est de mettre en évidence les jeux d’acteurs, de sortir d’une vision par trop binaire ou manichéenne. Ce que j’ai déjà essayé de suggérer en pointant l’ambivalence des résidents eux-mêmes, qu’ils soient organisés en association ou pas. A Paris-Saclay, le système d’acteurs ne se résume pas aux interactions entre l’EPA et les résidents. Bien d’autres acteurs pèsent, à commencer par les collectivités (les intercommunalités, les départements et la région Ile-de-France) et les services déconcentrés de l’Etat. Toute la complexité, j’y reviens aussi, tient à la diversité des échelles dans lesquelles ces acteurs se déploient, interviennent.

- Rappelons que votre mémoire s’inscrit dans le master d’une école et non des moindres, implantée sur le plateau : l’ENS Paris-Saclay. Quel est votre point de vue de normalienne sur les dynamiques en cours ?

Je dois préciser que mes rapports à cette école sont avant tout administratifs. Le Département de sciences sociales de l’ENS Paris-Saclay dont je relève n’offre pas d’enseignements en interne dans ces disciplines. J’ai donc dû me tourner vers d’autres institutions – la Sorbonne puis l’EHESS. Ces années de scolarité se sont effectuées quand l’ENS n’avait pas encore déménagé sur le plateau. L’occasion d’étudier dans le nouveau bâtiment ne m’a été donnée que pour cette année 2020-2021, même si, de nouveau, je suis étudiante en parallèle dans une autre institution – SciencesPo en l’occurrence.

- Ce que vous regrettez ?

Si j’ai un regret, ce serait plutôt celui que l’ENS se soit éloignée de mon lieu de vie car cela réduit de fait mes échanges avec son milieu associatif.

- Pourriez-vous néanmoins aspirer à résider dans le quartier de Moulon ?

De ce que j’ai vu du projet, je ne doute pas qu’il offrira un environnement très attractif aux étudiants, qu’il permettra de nouer des liens avec les différents établissements, que tout cela sera propice au développement des associations. Pour l’heure, il est encore en construction. Reconnaissons donc que, d’un point de vue pratique, il ne soit pas encore totalement agréable à vivre !

- Voulez-vous évoquer par là les problématiques d’accessibilité ? D’ailleurs dans quelle mesure celles-ci ont-elles été évoquées par les enquêtés ?

Bon nombre de résidents vivent à proximité de leur lieu de travail, ce qui ajoute à la spécificité du territoire périurbain (il n’est pas excentré par rapport au bassin d’emploi) et à son intérêt à leurs yeux. Les contraintes de mobilité s’en trouvent donc limitées. Je m’empresse cependant de préciser que ce n’est bien évidemment pas le cas de tous les résidents. Au sein d’un même ménage, un/e conjoint/e peut se retrouver à travailler à Paris ou loin de son domicile. Mais, dans ce cas, il/elle dispose de transports en commun (la ligne B du RER dessert la vallée). En revanche, les problématiques de mobilité se posent avec plus d’acuité pour ceux qui résident sur le plateau, dans le quartier de Moulon.

- Fondent-ils leur espoir sur l’arrivée de la ligne 18 du Grand Paris Express ?

Au risque de vous surprendre, les ménages que j’ai rencontrés, quoique plus concernés, ne me l’ont pas évoquée d’eux-mêmes.

- Comment l’expliquez-vous ?

Par le fait qu’ils viennent d’arriver et qu’il est encore trop tôt pour eux de se projeter à l’horizon 2026 (année d’arrivée de la ligne). Autre hypothèse : ils résident eux aussi à proximité de leur lieu de travail. Toujours est-il qu’ils ont aménagé en connaissance de cause de l’état de l’offre en transports en commun. Ils n’y sont pas depuis assez longtemps pour prendre la mesure de l’impact de cette ligne au plan environnemental. Les détracteurs se recrutent à l’évidence plutôt chez ceux qui résident dans la vallée.
D’ailleurs, si je devais retenir un enseignement de mon travail, ce serait la différence de perception du projet de Paris-Saclay selon qu’on vient d’arriver sur le territoire ou qu’on y est un ancien habitant, témoin des transformations profondes qu’il a connues et ce, bien avant le lancement du projet de Paris-Saclay.

Notes

* « Quartiers des sciences : pratiques résidentielles et rapport à l’espace de vie sur le territoire du projet de Paris-Saclay », master 2 – Mention « Territoires, espaces, Société », EHESS, sous la direction de Marie-Vic Ozouf-Marignier.
** Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris », défini en 1965.

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