Le Plateau de Saclay côté Versailles Saint-Quentin. Rencontre Jean-Luc Vayssière (1)

Crédit UVSQ
UVSQPaysage
Professeur en biologie cellulaire, Jean-Luc Vayssière préside depuis près d’un an aux destinées de l’Université de Versailles-Saint-Quentin. Il témoigne de son engagement en faveur de l’Université Paris-Saclay dont l’UVSQ est partie prenante.

- Si vous deviez caractériser votre université, quelles caractéristiques mettriez-vous en avant ?

En premier lieu, je rappellerai qu’il s’agit d’une jeune université : elle a été créée ex-nihilo, en 1991, dans le cadre du Plan université 2000, en même temps que d’autres universités de villes nouvelles (Cergy-Pontoise, Evry, Marne-la-Vallée). Comme celles-ci, l’UVSQ a bénéficié d’un soutien des collectivités locales concernées (en ce qui nous concerne : la Communauté d’agglomération de Saint-Quentin, le département des Yvelines et la Région d’Ile-de-France) qui ont assumé une partie des coûts de construction des bâtiments. Aujourd’hui encore, nous bénéficions de leur soutien financier : la nouvelle bibliothèque universitaire des sciences qui sera inaugurée en mai 2013, a été financée par la Région qui financera par ailleurs une Maison des étudiants à Saint-Quentin-en-Yvelines. Le nouveau bâtiment dédié aux sciences de la santé et inauguré en décembre dernier, a, lui, été cofinancé, en plus de l’Etat, par la Région et la Communauté d’agglomération.

Un spécialiste de biologie cellulaire

Enseignant-chercheur en biologie, ses travaux ont porté sur les aspects cellulaires et moléculaires du cancer. Jusqu’en 2012, il enseignait en première année de médecine tout en poursuivant ses recherches au laboratoire de l’UFR des sciences, installé alors à Versailles. Avant son élection à la présidence, il a assumé plusieurs responsabilités au sein de l’Université : vice-président en charge du conseil d’administration, il a participé à la mise en place du programme LMD au sein de l’UVSQ aux côtés de Sylvie Faucheux.

Précisons que ce bâtiment abrite l’UFR Simone Veil des sciences de santé, qui regoupe des domaines variés, allant de la médecine générale et la pharmacie au sport, en passant par la maïeutique, la psychothérapie, l’ergothérapie, la kinésithérapie, les soins infirmiers, etc. Une quinzaine de laboratoires y sont rattachés. Ce regroupement est une opération doublement intéressante : il permet d’atteindre une masse critique et ainsi de se doter de plateformes technologiques. Ensuite, il favorise les interactions entre étudiants et chercheurs de différents champs disciplinaires. Nous sommes ainsi bien en phase avec l’esprit de l’Université Paris-Saclay.

Pour en revenir au soutien des collectivités locales, il porte aussi sur le financement des programmes de bourses et de tutorat en bibliothèque. Il explique une autre caractéristique de l’UVSQ, à savoir son fort ancrage territorial.

L’Université a ainsi pu disposer des moyens d’évoluer. Sa création, en 1991, avait répondu au besoin de désengorger la Capitale, en accueillant des étudiants jusqu’en licence. Ceux qui poursuivaient des études pouvaient alors rejoindre une université parisienne, dont Paris-Sud qui existait déjà. Rapidement, l’UVSQ a évolué au point d’acquérir un statut universitaire classique : il est possible d’y poursuivre un master et de faire de la recherche, à travers un doctorat.

- Sur le plan disciplinaire, justement, comment se caractérise-t-elle ?

Selon la nomenclature ministérielle, l’UVSQ est une université pluridisciplinaire avec une composante santé. Le spectre des disciplines qui y sont proposées va ainsi des sciences dites dures ou exactes aux sciences sociales et humaines, en passant par les sciences de l’environnement sans oublier les sciences de la santé.

D’un point de vue géographique, les cours et les laboratoires se situent pour l’essentiel à Versailles (pour la biologie, la physique, les mathématiques,…) et à Saint-Quentin-en-Yveline (pour les sciences de la santé, le droit, les sciences sociales et les lettres, sans oublier l’univers dont le laboratoire est impliqué dans le programme de recherche autour du robot Curiosity). A quoi s’ajoutent des laboratoires à Saclay (en sciences de l’environnement et du climat) ; deux IUT à Mantes et à Vélizy et son antenne de Rambouillet ; une école d’ingénieurs interne implantée à Mantes (pour la filière en mécatronique) et à Vélizy (pour la filière informatique). L’UVSQ est ainsi une université répartie sur un vaste territoire, avec néanmoins un important pôle à Saint-Quentin-en-Yvelines.

- Quels sont vos rapports avec le monde économique ?

L’ancrage territorial que j’évoquais tout à l’heure se manifeste aussi à travers les liens étroits que nous entretenons depuis toujours avec le tissu socioéconomique (que ce soit les acteurs institutionnels comme la Chambre de commerce et d’industrie ou les entreprises elles-mêmes). Au fil du temps, l’UVSQ a enrichi son offre en formations professionnelles et en apprentissage (DUT, licences et masters professionnels, sans oublier notre filière d’ingénieur également en apprentissage).

Au niveau de la recherche, il y a eu un renforcement constant des partenariats à travers des contrats de recherche & développement, les chaires industrielles et les fondations partenariales. Outre notre implication dans 6 Pôles de compétitivité, nous sommes activement engagés dans le projet d’IEED VeDeCom, encore en cours de finalisation avec le Commissariat général de l’investissement malgré sa labellisation.

- Venons-en au Plateau de Saclay. A titre personnel, quel rapport entretenez-vous avec ce territoire ? Dans quelle mesure le connaissiez-vous avant votre élection à la présidence de l’UVSQ ?

D’abord, j’ai vécu une quinzaine d’années aux Ulis avant de m’installer, voici sept ans, à Guyancourt. Je connais donc bien le Plateau de Saclay, même si c’est plus d’un côté de la N118 que de l’autre. Compte tenu des problématiques de transports, que je vis comme tout un chacun, je me déplace principalement en voiture.

Ensuite, j’ai fréquenté plusieurs lieux de recherche situés sur le Plateau. Avant de rejoindre le laboratoire de l’UFR des sciences de Versailles (qui, depuis, a intégré le bâtiment des sciences de la santé que je viens d’évoquer), j’ai été quelques mois à Orsay puis au Centre de Génétique moléculaire de Gif-sur-Yvette. Sur le plan de l’enseignement, notre université a mis en place des unités d’enseignement partagés avec la Faculté des sciences d’Orsay.

- Où en êtes-vous dans le projet d’Université Paris-Saclay ? Vous souligniez votre ancrage territorial. Comment envisagez-vous votre participation dans une entité qui recouvre un territoire plus large et d’autres collectivités territoriales ?

Pour répondre à cette question, je rappellerai qu’il existe une institution en charge justement de mettre en musique les différents acteurs de l’aménagement : l’EPPS ! Même si le Paris-Saclay mentionné dans l’intitulé entretient l’ambiguïté, le périmètre de OIN dont il a la charge, intègre bien la Communauté d’agglomération de Saint-Quentin et une grande partie des Yvelines. Les élus de ces territoires ont très bien compris l’intérêt que représente pour eux l’Université Paris-Saclay au point de s’être mobilisés en faveur de la ligne verte. Ils s’accordent tous pour rappeler que l’UVSQ et ses territoires d’implantation sont parties prenantes dans le double projet de l’OIN porté par l’EPPS et de l’Université Paris-Saclay.

- Comment appréhendez-vous l’avenir d’une université aussi jeune que la vôtre au sein d’une entité aussi vaste ?

Telle que vous formulez votre question, on pourrait craindre un risque de dissolution de l’UVSQ. Ce n’est pas ainsi que nous abordons ce projet. Et quand je dis nous, je parle des chercheurs et des enseignants, aussi bien des disciplines scientifiques que des humanités, qui, dans leur grande majorité, le soutiennent, mais encore s’y impliquent à travers les nombreux groupes de travail mis en place. L’UVSQ en pilote directement certains, dont ceux relatifs au droit et aux humanités. Le projet est certes complexe, mais, et nous en sommes convaincus, il ne peut qu’offrir des perspectives nouvelles à nos programmes de recherche. Ce qui, en définitive importe le plus pour un enseignant-chercheur. Pour ce dernier, en effet, la question n’est pas tant de savoir où il le poursuivra, mais s’il pourra le développer avec plus de moyens. Et justement l’Université Paris-Saclay permettra de développer avec d’autres de nouveaux programmes qu’il ne peut pas ou plus poursuivre avec sa seule équipe.

- Et les étudiants ? Que dites-vous à ceux qui craignent d’être « aspirés » par cette entité plus vaste, d’être moins entendus que les élèves des grandes écoles ?

La question pourra peut-être se poser, mais, pour l’heure, ce n’est pas encore le cas. Et pour cause : beaucoup d’étudiants auront terminé leurs études avant que l’Université Paris-Saclay ne soit opérationnelle. Ils ne se sentent donc pas directement concernés. Cela étant dit, le projet a précisément pour finalité de rapprocher les étudiants et les élèves, de réduire cette césure qui caractérise notre système d’enseignement supérieur entre les universités et les grandes écoles. Autant le reconnaître, ce n’est pas simple ! Il faut donc être pragmatique en gardant de surcroît à l’esprit qu’on ne part pas de rien. Des étudiants ont déjà la possibilité d’intégrer de grandes écoles par voie d’admission parallèle. Inversement, des diplômés de grandes écoles s’engagent dans des mastères et des doctorats. Je pense en particulier à cette Polytechnicienne et Normalienne d’origine chilienne qui poursuit actuellement une thèse chez nous. La question n’est donc pas de savoir s’il est possible de réaliser ces transferts croisés, mais dans quelle mesure on peut les amplifier. Cela passe par le renforcement des passerelles. Nul doute que la coexistence sur un même territoire d’étudiants et d’élèves de grandes écoles ne pourra que favoriser le croisement des cursus. Quant à la crainte de se retrouver dans un grand ensemble de plusieurs dizaines de milliers d’étudiants/élèves, il nous revient de la dissiper en convaincant les nôtres de l’intérêt de faire ses études dans une université visible sur le plan international.

- En disant cela, signifiez-vous que votre propre motivation est dictée par le classement de Shanghai qui a mis en évidence la moindre visibilité de nos établissements d’enseignement supérieur sur le plan international ?

Tout en prenant acte de l’existence de ce classement, je ne pense pas qu’il faille se laisser déterminer par lui. Après tout, il repose sur des critères dont on peut questionner la pertinence (le nombre de Prix Nobel ou de publications scientifiques, ce qui ne dit rien de la qualité de l’enseignement et de la formation). Au final, il tend à valoriser les universités anciennes, tournées vers les recherches en sciences et technologies. L’USVQ y a figuré à deux reprises. Pour une université jeune comme la nôtre, ce n’est pas si mal. Je doute cependant qu’elle puisse y revenir durablement. Comme je l’ai rappelé, il s’agit d’une université pluridisciplinaire, ce qui signifie, en contrepartie, des équipes de recherche de plus petite taille que dans les universités spécialisées (hormis les sciences de l’environnement qui ont atteint une masse critique). Quand bien même la recherche menée y est de qualité, elle est trop faible en volume pour être visible au plan international. Il serait intéressant de voir ce que donnerait le classement de Shanghai s’il était établi sur la base de production par unité de recherche. Un gros laboratoire produit forcément plus qu’un plus petit, mais sans que cela préjuge de la qualité de sa production.

Classement de Shanghai ou pas, il importe d’avoir une plus grande visibilité sur le plan international car, de plus en plus d’étudiants l’intégrent au moment où ils font leur choix d’inscription.

- Et la logique de cluster, qui consiste à favoriser le rapprochement entre la recherche académique, l’enseignement supérieur et l’entreprise ? Que vous inspire-t-elle ?

J’ai souligné le soutien des collectivités locales dont bénéficie notre université. Mais il est clair que le rapprochement avec l’entreprise est tout aussi indispensable. L’UVSQ n’a pas vocation à ne faire que de la recherche fondamentale et à se reproduire en formant des chercheurs et des enseignants. Elle se doit encore une fois de former des compétences humaines, des cadres intermédiaires aussi bien pour la fonction publique que pour l’entreprise. Car la compétitivité ne se résume pas au coût. La formation en est un ingrédient important. Et il est clair que face au coût de la main d’œuvre dans les pays émergents, nous n’avons pas d’autres choix que d’investir dans la formation. Mais aussi dans l’innovation en élargissant celle-ci aux process de travail. Car la compétitivité de nos entreprises en dépend aussi.

Propos recueillis par Sylvain Allemand et Shauna Grew

Pour accéder à la suite, cliquer ici.

 

2 commentaires à cet article
  1. Ping : Une plateforme numérique d’échanges à l’Université Versailles-Saint-Quentin. Rencontre avec Jean-Luc Vayssière (2) | Paris-Saclay

  2. Ping : L’Université Versailles Saint-Quentin parmi les meilleures universités françaises | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>