Le must du salon professionnel en réalité augmentée. Entretien avec Luna Vallée

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Participer à un salon professionnel sans avoir à se déplacer, c’est le concept proposé par MUST, une start-up hébergée par la pépinière WIPSE de Gif-sur-Yvette, qui l’a imaginé bien avant la crise sanitaire que nous connaissons. Sa jeune porte-parole (à droite sur la photo), que rien ne prédisposait à investir ce domaine, si ce n’est une volonté de participer à la transition écologique du monde d’après, nous en dit plus.

- Si vous deviez pour commencer par pitcher MUST ?

MUST se veut être aux entreprises ce que les réseaux sociaux sont aux particuliers : une plateforme numérique leur permettant d’interagir et d’approfondir leur écosystème en réduisant les coûts de transaction. Comme les réseaux sociaux, elle recourt aux ressources algorithmiques et du deep learning. Son offre comporte l’organisation de salons professionnels en réalité augmentée. Comparée aux autres propositions de ce type, la nôtre permet de réelles interactions, aussi bien entre les visiteurs qu’entre eux et les exposants. Les premiers, en effet, peuvent, s’ils le souhaitent, être vus des autres et ainsi participer à des tchat-rooms avec une ou plusieurs personnes. Naturellement, ils peuvent aussi entrer en contact avec les différentes entreprises, qui disposent de stands comme dans un salon professionnel normal, en ayant la possibilité de découvrir leurs produits sous différents angles : visualiser un démo, télécharger une documentation, demander des échantillons ou des informations complémentaires. Notre plateforme permet également l’accès à différents espaces dédiés : à la tenue d’événements en live (la cérémonie d’ouverture ou une remise de prix, par exemple) ; à la presse ou encore à des conférences enregistrées. Les organisateurs de l’événement pourront capitaliser les données collectées à l’occasion du salon et les traiter par de l’intelligence artificielle, de façon à faciliter la mise en relation entre les visiteurs et les entreprises ayant participé au salon et ce, bien sûr dans le respect des règles fixées par le RGPD.

- C’est peu dire que votre solution arrive à point nommé dans le contexte de crise sanitaire que nous connaissons. Est-ce un concours de circonstances ?

Oui, c’est un pur concours de circonstances. Hanène Maupas, la CEO et fondatrice de MUST, s’est lancée dans la création de la plateforme dès le début 2019 ; la société a été créée juridiquement début 2020. Nous avons commencé à aménager dans les locaux de la pépinière WIPSE de Gif-sur-Yvette, une semaine à peine avant le début du confinement… Je ne cache pas que nous nous sommes posé la question de savoir si nous devions attendre le retour à la normal ou, au contraire, développer aussi vite que possible la plateforme pour répondre à des besoins qui ne manqueraient pas de se manifester. Vous devinez la suite…

- Justement, la demande s’est-elle déjà manifestée ? Avez-vous déjà permis l’organisation de salons virtuels…

La plateforme vient juste d’être mise au point. Nous organisons nous même un premier salon les 7-9 juillet 2020, suite à quoi nous comptons mettre à disposition la plateforme aux entreprises qui le souhaitent. Nous avons plusieurs grandes marques High-Tech qui ont annoncé la participation à ce salon : STMicroelectronics, Renesas, Truphone, Cogito Instruments et bien d’autres …

- Que dites-vous à ceux, qui comme moi, considèrent que les interactions en coprésence restent propices à des échanges de meilleure qualité ?

Ma réponse, c’est qu’il ne s’agit pas d’opposer les deux. Les salons professionnels classiques, où visiteurs et exposants se rencontrent en chair et en os, ont encore un avenir et c’est très bien ainsi. La solution MUST se veut complémentaire. Reconnaissons aussi que des salons professionnels ne nécessitent pas toujours une rencontre physique, même en dehors d’une période de confinement. Rappelons que l’organisation d’un salon professionnel, cela coûte cher en argent et en temps, sans compter son empreinte écologique (des salons professionnels drainent du monde, qui se déplace en avion et/ou en voiture). Notre solution ne prétend pas se substituer à un salon, mais offre le choix de s’y rendre ou d’y participer à distance, dans des conditions optimales. C’est aussi une contribution à la réflexion plus générale que la crise sanitaire a engagée quant aux nouvelles conditions de travail à imaginer.

- Qu’est-ce qui vous a prédisposée à participer à cette aventure ?

Je viens tout juste de finir ma licence, que j’ai faite à l’Institut catholique de Paris. Une licence en sciences sociales, économiques et politiques…

- Nous sommes loin du domaine de MUST…

Et de ce pour quoi j’ai été recrutée : la communication et les relations avec les médias, même si je dispose d’un bon niveau en langues et suis d’un naturel ouvert. Mais je suis surtout animée d’une forte volonté de participer à la transition écologique. Et justement, j’ai trouvé que MUST y contribuait à travers sa solution, qui, comme je l’indiquais, permet de réduire l’empreinte écologique de salons professionnels, tout en apportant aussi de nouveaux outils, utiles au nécessaire changement des conditions de travail qu’a appelé la crise sanitaire.

- Comment conciliez-vous vos motivations écologiques avec le fait que le monde numérique que vous investissez est lui aussi coûteux au plan énergétique et en termes d’émissions de GES ?

C’est vrai, et j’en ai pleinement conscience au point de m’être informée sur le cloud auquel MUST avait recours, pour voir comment en optimiser l’usage. Cela étant dit, reconnaissons que le coût d’un salon virtuel reste moindre que celui d’un salon classique. Notre premier salon va permettre d’interagir avec jusqu’à une centaine de stands, pour de l’ordre de 100 000 visiteurs. Cela vous donne une idée du volume de GES évité pendant, avant et après. Et même dans l’hypothèse où une personne assisterait durant deux/trois heures à un salon virtuel, visionnerait entre dix et vingt vidéos et visiterait une vingtaine de stands. Elle émettrait toujours moins de GES que si elle s’était déplacée en voiture, a fortiori en avion.

- Comment la mise en relation s’est-elle faite entre vous et MUST ? Par réalité augmentée ?

(Sourire) Il se trouve que ma mère est consultante en communication, et qu’elle a accompagné Hanène dans ses précédentes vies professionnelles. Malgré mon jeune âge et l’absence de vraie expérience professionnelle, celle-ci m’a donné ma chance.
Cela étant dit, concernant d’autres collègues, vous ne croyez pas si bien dire ! Au moment où la période de confinement a débuté, Hanène disposait déjà de toute une équipe. Mais pour les besoins de nouveaux recrutements, elle a dû procéder par vidéoconférence, sans pouvoir rencontrer les personnes en chair et en os. Moi-même, je n’ai encore pu rencontrer l’équipe dans son intégralité.
On m’aurait dit que je commencerais ma carrière professionnelle dans ces conditions, je ne l’aurais pas cru. Et pourtant, ça marche, à voir la manière dont le travail se déroule et dont nous nous entendons. Il y a beaucoup de respect et même de l’amitié les uns envers les autres. Cela nous conforte dans l’idée que le concept de salon virtuel de MUST est viable : s’il est possible de travailler ensemble, dans la durée, sans s’être jamais vus en vrai, nous pouvons considérer qu’il est possible interagir efficacement et en toute confiance, le temps d’un salon professionnel virtuel.

- Vous n’en restez pas moins, comme on le devine, impatiente de rencontrer vos collègues…

Oui, bien sûr. Etant entendu cependant qu’il y en a plusieurs que je n’aurai pas l’opportunité de rencontrer de sitôt car ils résident à l’étranger (en Chine, en Amérique latine).

- Un mot sur WIPSE de Gif-sur-Yvette. Qu’est-ce qui a motivé le choix d’une pépinière d’entreprises ?

Quand bien même nous sommes motivés et que nous croyons en notre projet, nous n’en avons pas moins besoin d’être accompagnés. Pour cela, une pépinière comme WIPSE est parfaitement adaptée : elle ne fait pas que mettre des locaux à disposition, elle propose des services en plus de nous permettre de grandir au milieu d’autres entrepreneurs, dont les compétences peuvent nous intéresser. Eux-mêmes peuvent l’être par les nôtres ou par les sujets de nos salons.

- Rappelons que la pépinière de Gif-sur-Yvette participe, comme les autres du réseau WIPSE, de l’écosystème de Paris-Saclay. Celui-ci fait-il sens pour vous ? En quoi est-il favorable au développement de MUST ?

Bien sûr, l’écosystème Paris-Saclay fait sens pour moi, même si je n’y réside pas. En revanche, Hanène y vit – ses enfants y ont été scolarisés et y ont poursuivi leurs études. Elle y a créé MUST en connaissance de cause du dynamisme du territoire et de ses potentialités. En plus d’être, avec ses établissements d’enseignement supérieur, un vivier d’emplois et de compétences utiles au développement de la société, c’est un marché prometteur : nous pouvons notamment imaginer d’y organiser des journées portes ouvertes virtuelles interactives où tous les acteurs de Paris-Saclay aient des stands virtuels interactifs via notre plateforme pour que le monde entier, et pas seulement les personnes présentes sur place, découvre le potentiel de Paris-Saclay, ses opportunités de collaborations et d’investissements.

Pour accéder

… au site internet de MUST, cliquer ici.

… à une présentation vidéo YouTube, cliquer ici.

… à un démo de la VE en français, cliquer ici.

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