Le do it yourself appliqué à l’audiovisuel. Entretien avec Hugo Noulin

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Une machine roulante qui permet, selon les besoins, de faire de la captation vidéo ou de la retransmission en direct, et suffisamment petite pour être transportée facilement… Les professionnels de l’audiovisuel et de l’événementiel apprécieront l’intérêt du concept. Retour sur sa genèse au travers de cet entretien avec son co-concepteur, que nous nous avons de nouveau croisé au PROTO204 à l’occasion de l’atelier du WAWlab sur la « stratégie du Caméléon »*.

- Pouvez-vous nous décrire la machine qui est devant nous et nous en expliquer l’utilité ?

Il s’agit d’une roulante vidéo polyvalente, que nous avons conçue pour différents usages : du traitement vidéo sur un plateau ou de la retransmission en direct d’événements – elle est équipée pour cela d’un mélangeur multi-caméra et d’un serveur de diffusion. Bien que roulante, on peut aussi en faire un usage sédentaire, pour du montage, de l’étalonnage ou encore de l’encodage de DCP [des fichiers de diffusion cinéma numérique].

ActionCréation1- Quand vous dites « nous », c’est qui ?

Outre moi-même, c’est Yanna Javaudin, qui participe au collectif Action Création [pour en savoir plus, voir le précédent entretien que Hugo Noulin nous a accordé – pour y accéder, cliquer ici]. Nous avons conçu la machine à partir des expériences que nous avons chacun dans des domaines différents – Yanna comme assistante caméra, et moi à travers des prestations plus événementielles. Au début, nous avions commencé par un projet plus modeste avant d’en venir à la conclusion que ce dont nous avions besoin, c’était d’une roulante à même d’intégrer un maximum d’appareillages, mais suffisamment petite pour pouvoir être transportée dans une voiture, sans avoir, donc, à louer un utilitaire. Nous avions aussi besoin qu’elle puisse disposer d’un serveur suffisamment puissant. Tel a été le cahier des charges auxquels nous étions parvenus.

- Vous omettez de préciser quelqu’un chose d’important du point de vue de Paris-Saclay Le Média, à savoir le fait que cette machine y a été conçue, au sein du PROTO204 pour être précis…

C’est vrai, c’est ici, au PROTO204, qu’elle a été conçue de A à Z. Nous avons passé de longs mois à réfléchir autour de la table de coworking bien connue des habitués. Naturellement, nous nous sommes inspirés de choses existantes mais en prenant surtout exemple sur des projets qui avaient été menés ici. Si nous avons passé commande de composantes, les pièces dont nous avions besoin ont entièrement été usinées et assemblées ici, en utilisant les différents outils mis à disposition dans la FabLab : la fraiseuse numérique, l’imprimante 3D et tout un tas d’autres outils auxquels on pense moins souvent parce qu’ils sont plus classiques, mais qui n’en sont pas moins utiles – je veux parler de l’atelier d’électronique et des machines de découpes ordinaires.

ActionCreation2RoulanteDePandore- Qu’est-ce qui vous a prédisposés à aller jusqu’à fabriquer vos propres pièces ?

J’y suis venu naturellement, à force d’observer des projets qui se montaient ici, au PROTO204, ou dans d’autres lieux emblématiques, dans la logique du « do it yourself ». Ils ont fini par me convaincre qu’il n’y avait pas nécessité d’acheter systématiquement les pièces dont on a besoin, qu’il est possible de les fabriquer soi-même. Bien sûr, nous n’y serions pas arrivés sans le précieux accompagnement du Fabmanager, Brice Poirier. Ses compétences nous ont été particulièrement précieuses en particulier pour le découpage des pièces dont nous avions besoin. Je profite de cet entretien pour l’en remercier encore !

- Comment avez-vous financé votre projet ?

Nous n’avons disposé ni de subventions ni de fonds propres. Nous l’avons financé grâce aux prestations que nous avons été invités à faire, à la demande de start-up, de l’Université Paris-Saclay ou d’écoles présentes sur le Plateau ou d’ailleurs (l’ENSIAME, une école d’ingénieur de Valenciennes, par exemple). Bref, c’est un projet que nous avons autofinancé.

- Quelle est la suite ? Envisagez-vous une « industrialisation » de votre roulante ?

Yanna et moi, nous nous posons la question, car nous sommes régulièrement sollicités en ce sens. Lors du dernier Paris-Saclay Got Talent auquel nous avons participé pour les besoins d’une prestation, on nous a demandé où nous l’avions achetée ! Tous ces marques
d’intérêt nous confortent au moins dans l’idée qu’il y a une vraie demande. De là à y répondre en fabriquant notre machine en petite série, pour commencer… Notre roulante, nous l’avons d’abord conçue pour répondre à nos propres besoins, dans une logique, qui est avant tout de service et non industrielle ou commerciale. Mais bon, si des opportunités se présentent…

ActionCration3_ParisSaclaysGotTalent2019_EDFLab_HugoNoulin- Dans quelle mesure l’environnement de Paris-Saclay a favorisé l’’éclosion de ce projet ? Est-ce à force de croiser des entrepreneurs innovants que vous avez eu envie à votre tour de vous engager dans de l’innovation technique ?

Sans doute ! En cela, notre roulante incarne bien l’esprit de ce territoire, qui ne se résume pas à ses dimension technologique et scientifique, même si, bien évidemment, elles sont dominantes (moi-même y ai fait des études en informatique). Ici, la créativité s’exprime aussi sur bien d’autres plans, y compris artistique. J’ajoute que nous sommes dans un territoire favorable au plan économique. On peut y mener des projets en les finançant autrement qu’avec des subventions. Encore une fois, le nôtre a pu être autofinancé, grâce à un marché de la captation vidéo et de l’événementiel particulièrement dynamique.

* Pour accéder à un précédent écho à cet atelier du WAWlab, cliquer ici.

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