Le design face au défi du réchauffement climatique. Entretien avec Vincent Créance

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Le 14 septembre dernier, c’est avec un plaisir non dissimulé que nous reprenions le chemin du Design Spot pour une présentation en « présentiel » et « en distanciel » de l’édition 2021 du Prix Design & Science. Laquelle aura pour thème « Chaud ! » en référence au réchauffement climatique… L’occasion d’y entendre Valérie Masson-Delmotte, invitée à expliciter l’apport du design dans la lutte contre ce réchauffement (intervention dont nous proposerons une retranscription) et de prendre des nouvelles du Design Spot, auprès de son directeur, à travers l’entretien qui suit.

- Un mot d’abord sur l’enjeu de cette séance organisée ce lundi 14 septembre…

Il s’agissait de marquer le lancement de l’édition 2021 du Prix Design & Science. La première rencontre entre les équipes d’étudiants se tiendra le jeudi 8 octobre prochain. Nous avons donc voulu saisir l’opportunité de la French Design Week pour le faire. Après tout, le Prix Design & Science est aussi un outil de promotion du design.

- Dans quelle mesure le contexte de la pandémie a-t-il pesé sur l’organisation de votre événement ?

Il est clair que nous avons dû faire face à de fortes contraintes : les mesures de sécurité ne nous permettaient pas d’accueillir 70 personnes comme notre espace nous permet d’ordinaire de le faire. Or, nous savions que la présence de Valérie Masson-Delmotte, invitée à dresser un état des lieux des défis du réchauffement climatique et de l’apport du design, était susceptible de drainer un large public. Et nous trouvions dommage de priver beaucoup de personnes de la possibilité de l’entendre. C’est donc tout naturellement que nous avons pris la décision de permettre une participation en présentiel ou en distanciel. Je dis bien « tout naturellement » car c’est quelque chose à laquelle nous nous sommes en réalité habitués depuis le mois de mars et le début du confinement. En plus d’être devenu un réflexe, c’est une opportunité pour faire connaître le Design Spot bien au-delà du périmètre de l’écosystème de Paris-Saclay car, bien évidemment, en distanciel, on touche un plus large public. Ce qui est heureux quand on a la chance d’avoir une intervenante comme Valérie Masson-Delmotte dont on aura pu une nouvelle fois apprécier le talent de pédagogue et la force des messages. L’événement ayant été capté, nous pourrons de surcroît en faire profiter ceux qui n’ont pas pu être devant leur poste d’ordinateur ou leur smartphone à partir de 17 h 30, ce lundi 14 septembre.

- Cette intervention a été d’autant plus remarquable que Valérie Masson-Delmotte a su faire le lien entre les enjeux climatiques et le design…

En effet. Valérie Masson-Delmotte incarne parfaitement cette génération de scientifiques capables d’adopter un point de vue pluridisciplinaire, au-delà de leur spécialité, et à traiter des enjeux contemporains comme la lutte contre le réchauffement climatique, dans une vision systémique. Certes, depuis longtemps, des scientifiques invoquent la pluridisciplinarité, mais souvent il s’agit plus d’une incantation. Valérie Masson-Delmotte a su, elle, embrasser un large spectre d’effets du réchauffement climatique au plan environnemental, mais aussi économique, social et politique.

- « Tout naturellement » avez-vous dit à propos de la manière dont vous en êtes venu au distanciel. Est-ce à dire que le designer y est prédisposé, qu’il peut apporter des réponses à la manière de rendre les conférences à distance plus agréables à vivre depuis un écran ?

Autant le dire : si nous autres designers avons engagé une réflexion sur le sujet, nous sommes encore loin d’être en mesure d’apporter une réponse à même de satisfaire le plus grand nombre. Nous sommes comme tout le monde : encore en recherche de solutions pour améliorer les échanges à distance par écran interposé entre des intervenants et le public. La seule chose dont on peut être sûr, à ce stade, c’est que la crise sanitaire liée à la Covid-19 aura eu pour effet, par l’obligation où elle place chacun à intervenir en distanciel plus que d’ordinaire, de mettre finalement tout le monde sur un pied d’égalité. Chacun en est réduit à tâtonner. Ici même sur le campus de Paris-Saclay, tout le monde s’interroge sur la manière d’améliorer l’efficacité du distanciel, nous comme les autres. Nous n’aurons pas la prétention d’y arriver seuls. Certes, les designers peuvent faire profiter de leur expertise et de leur méthode de travail, mais croire qu’ils pourront concevoir seuls une solution, non !

- Un mot sur le thème de cette nouvelle édition du Prix Science & Design : pourquoi « Chaud ! » ?

« Chaud ! » parce que cela renvoie bien sûr à l’élévation du niveau des températures que nous enregistrons à l’échelle mondiale. Mais « chaud ! » aussi, au sens de « chaud devant » car, faut-il le rappeler, il y a urgence. Bref, c’est un intitulé qui a le mérite de signifier deux choses à la fois : la planète va avoir de plus en plus chaud et il nous faut agir de toute urgence. Ce sera « Chaud ! » au sens littéral comme au sens figuré du terme.

- Je ne peux cependant m’empêcher d’y voir aussi une pointe d’humour. Est-ce pour éviter de sombrer dans un catastrophisme qui risquerait d’inhiber la créativité ?

C’est tout à fait cela, vous avez tout bien décodé (rire) ! Il nous fallait en effet à la fois une formule mémorisable, descriptive de la situation présente et à venir, et mobilisatrice, sans produire pour autant d’effet repoussoir.
Au-delà de l’intitulé, cette édition 2021 du Prix Design & Science est une manière de poursuivre la réflexion engagée lors de la précédente, qui, souvenez-vous, avait pour thème « Agriculture & mégapoles », non sans contribuer à faire évoluer l’esprit du prix, sa finalité, quant à la manière dont on doit aborder la question de l’innovation. On ne peut en effet mettre la démarche design au service d’une innovation qui serait exclusivement technologique et tournée vers la satisfaction des besoins de consommateurs. Il s’agit aussi d’inscrire le design dans une démarche plus large, plus responsable à l’égard de l’environnement, mais également sociale. Une tendance que j’avais au demeurant déjà perçue lors d’éditions antérieures – je pense notamment à celle consacrée à l’IA. Les différentes équipes en présence avaient manifesté des préoccupations d’ordre plus sociétal que strictement environnemental. Je pense en particulier à ce fabuleux projet d’application destinée à lutter contre les fake news. Une belle illustration de la manière dont le design peut aborder des sujets qui touchent jusqu’aux enjeux de la démocratie.

- Je ne résiste pas à l’envie d’évoquer le classement de Shanghai. Comment avez-vous accueilli la 14e place de l’Université Paris-Saclay ? Qu’est-ce que cela vous fait d’être le centre de Design d’une telle université ?

Je ne fais pas la fine bouche ! C’est d’abord une bonne et même une très bonne nouvelle. Et ce, quelles que soient les réserves que certains pourraient avoir sur la méthodologie de ce classement. Etre à la 14e au niveau mondial, cela signifie ni plus ni moins que nous faisons partie de l’élite ! La visibilité que cela donne nous permet d’espérer pouvoir attirer encore plus de talents, tant du côté des étudiants que des enseignants-chercheurs. Pour nous en particulier, c’est la possibilité de faire profiter de notre savoir-faire dans le design, mais aussi la perspective d’accueillir de nouveaux talents, à commencer par les jeunes, qui aspirent à préparer le monde de demain. Donc, oui, cette 14e place est une très bonne nouvelle en soi. Elle donne du cœur à l’ouvrage !

Pour accéder à la captation vidéo, cliquer ici.

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